Une longue interview du président lyonnais Jean-Michel Aulas, parue ce matin sur le site internet du journal espagnol AS. Le grand stade, les objectifs, les tranferts...

Comment avez vous fait pour que l'OL passe de la seconde division à l'une des meilleures équipes d'Europe ?

Ne pas trop intervenir principalement... J'ai fait mon travail, qui est limité aux aspects économiques et stratégiques. J'applique le sens commun. À Lyon chacun veille à son jardin.

N'intervenez vous jamais dans le travail des techniciens ?

Jamais. Si aujourd'hui on m'offrait Maradona avec 25 ans de moins je demanderais d'abord à l'entraîneur et à Lacombe . S'ils le déconseillaient, parce qu'il n'est pas fait pour jouer à Lyon, je ne l'engagerais pas. Il faut avoir confiance en ses techniciens.

Mais vous jugez quand même les joueurs que vous achetez...

Je me limite à respecter certains critères. Au plus je donne mon avis, mais presque toujours basé sur des comparaisons. Par exemple, quand j'ai vu à Diarra j'ai pensé qu'il était comme Tigana mais avec dix centimètres et dix kilos plus. Plus grand et plus fort. Et j'ai aimé. Cris m'a rappelée à Mozer, mais chauve... et ainsi de suite.

Votre modéle de développement ressemble à la première étape à Madrid de Pérez Florentin. Vous le pensez ?

Peut-être dans le secteur économique, pour ce qui est du sportif pas vraiment. Madrid achetait des stars, nos joueurs deviennent des stars en venant ici. En outre, il y a septs joueurs à Lyon ici du centre de formation. Je ne vois pas beaucoup de ressemblances en fait... Mais j'ai eu de bonnes relations avec Pérez. Quand il a abandonné Madrid je lui ai écrit une lettre et a répondu avec courtoisie.

Pouvez-vous expliquer votre modèle économique ? Comment pouvez vous acheter à 8 et revendre à 80 ?

Nous sommes les seuls à gagner des titres et de l'argent. Je suis tellement fier d'avoir gagné 12 titres durant six années comme d'avoir les comptes assainis. Le secret pour gagner de l'argent est d'acheter bon marché. Pour cela il faut avoir de bons techniciens et croire en ces derniers. Ensuite ces joueurs deviennent célèbres et il y a toujours quelqu'un pour venir payer le prix.

Pensez vous que Madrid soit satisfait du prix payé pour Diarra ?

Je crois que Madrid a payé pour Diarra un prix juste, ce que vaut le joueur sur le marché.

Lacombe m'a dit que le Lyon l'avait acheté pour une assiette de lentille (sic.)..

Lyon l'a vendu à Madrid au prix juste. Si nous avons pu l'avoir auparavant à un meilleur prix, c'est notre mérite. Bernard Lacombe l'a vu jouer dans une Coupe en Afrique et l'a ramené avec lui. Nous l'avons apprécié, et acheté.

Abramovich fonctionne ainsi ?

Le système de transferts à Lyon est différent de celui de Chelsea, mais chacun essaie de faire venir chez lui les joueurs qu'il désir.

Les seules choses qui manquent à Lyon par rapport à Madrid sont le palmarés et Bernabéu ?

Aujourd'hui oui. Les deux clubs sont de grandes équipes, mais Madrid a le meilleur palmarès du monde qu'il a obtenu en plusieurs décénnies. Le grand stade nous l'aurons dans quatre ans. Il aura une capacité de 60.000 spectateurs et il sera couvert. C'est mon plus grand objectif.

Un autre plus à Madrid ?

Oui, un jeune joueur intéressant. Peut-être le prochain transfert de Lyon ...

Vous avez un nom ?

Lacombe est celui qui a la vidéo et les rapports. Il faudrait lui demander mais il donne rarement les bonnes pistes..

Pensez vous que Joaquin regrette d'avoir choisit Valence plutôt que Lyon ?

Je lui souhaite de réussir à Valence, c'est une bonne équipe. Mais je crois qu'avec nous il aurait été heureux. J'ai été triste qu'il ne vienne pas. J'aurais aimé avoir un joueur espagnol à Lyon.

Quel joueur provoque chez vous une sentiment spéciale ?

Ronaldinho et Etoo, ensemble et séparément, donnent du spectacle. J'ai aussi voulu faire signer Etoo quand il était dans la Majorque, mais ça n'a pas été possible. C'est un garçon très sympathique pour lequel j'ai une grande considération. J'espère qu'il va récupérer très vite parce que le voir jouer c'est un plaisir.

On dit que quand vous êtes arrivé à Lyon, et en dépit d'être en seconde division, la première chose que vous ayez dîtes c'est : un jour nous aurons notre propre chaîne de télévision.

Oui, mais cela est déjà dépassé. Mes objectifs comme président sont le nouveau stade, dont je vous ai déjà parlé, et la rentrée de Lyon à la Bourse. Dans six mois j'espère que le club sera coté. Cela supposera d'augmenter nos recettes annuelles de 150 millions d'euros. Avec cet argent on pourra engager de bons joueurs qui feront carrière. Ce sera un saut qualitatif.

En parlant de grands joueurs, Drogba est un rêve ?

J'aimerais qu'il soit à Lyon, mais il joue à Chelsea. Nous avons à Fred, qui sera meilleur que Drogba.

Le rêve c'est aussi de gagner la coupe d'Europe ?

Oui, ça c'est un rêve. Et je crois que nous l'obtiendrons, et peut-être que ce jour n'est pas tellement éloigné.

Pensez vous que Lyon soit encore loin d'équipes comme Madrid, le Barça ou Chelsea, qui sont les grands favoris pour le titre européen ?

Je ne le crois pas, mais la vérité est que nous ne sommes pas encore parvenus à dépasser quarts de finale. Eliminé presqu'à chaque fois par des ex champions d'Europe, mais j'espère que cette saison ce sera différent. Si nous récupérons nos blessés il y a des raisons d'être optimiste.

Le joueur madrilène que vous avez évoqué auparavant ne serait-il pas votre plan pour remplacer Juninho Pernambucano ?

Juninho a déjà 31 ans et nous devons penser à son remplacement. Il lui reste quelques bonnes années, mais il est certain que nous avons déjà tracé un plan pour lui trouver un remplacant dans un délai de deux ou trois saisons. Mais quel faut-il pour remplacer pour Juninho Pernambucano ?

Vous n'avez pas d'idée donc?

Peut-être Juninho Pernambucano lui-même. Il sera celui qui nous aidera à chercher à ce joueur. Juninho est un porte-drapeau pour Lyon et il restera avec nous quand il sera à la retraite.

Quels joueurs français auriez-vous aimé avoir ?

Nous avons déjà certains des meilleurs joueurs de France. Peut-être m'aimerais-je avoir Gourcouff, mais il a préféré aller à Milan. Ça a été une peine. Le même genre de sensation qu'avec Joaquin : il aurait fait carrière ici.

Vaut-il mieux gagner des titres ou gagner de l'argent ?

Les deux choses sont possibles. Nous avons gagné 5 fois la Ligue 1 et avec des résultats économiques positifs. Le secret est l'équilibre entre ce qui est sportif et le secteur économique. D'autres ont essayé la même chose mais sans succès.

Vous n'avez pas manqué de réussite non plus ? Bien que je ne crois pas beaucoup à la chance. Je crois que pour avoir de la chance il faut savoir la provoquer.

Quelle est votre plus grande joie de votre présidence lyonnaise ?

Voir comme les gens se rapprocher de leur équipe. La transformation du public de Lyon a été tellement spectaculaire, à l'image de l'équipe.

C'est normal. Ils ont seulement perdu un match sur les 22 derniers.

C'est une bonne raison. Il est vital de gagner.

Et quel est le secret pour ça ?

Il faut respecter les choses qui tournent bien. Ce qui fonctionne, il ne faut pas les changer.

Interview originale ici