Jérémy Clément (Photo by MARTIN BUREAU / AFP)

Jérémy Clément : "Je n’ai pas suffisamment profité de mes moments à l’OL"

Formé à l'Olympique lyonnais, Jérémy Clément est également passé par les Glasgow Rangers, le Paris-Saint-Germain, l’AS Saint-Etienne et l’AS Nancy Lorraine. Désormais entraîneur du FC Bourgoin-Jallieu, l'ancien footballeur professionnel évoque pour Olympique-et-lyonnais, sa formation à L'OL, l'actualité du club lyonnais ainsi que sa vie post carrière.

Olympique-et-lyonnais : Jérémy, vous êtes natif de Béziers dans l’Hérault, pourtant vous débutez le football à Rives, en plein milieu de l’Isère, c’est un peu cocasse non ?

Jérémy Clément : L’histoire est finalement assez limpide. Ma mère est originaire de Béziers et elle a souhaité accoucher proche de sa famille. Mais mes parents habitaient en Isère donc naturellement, nous avons continué de vivre là-bas. Quand je me suis mis à pratiquer le football, je me suis orienté vers le club local, le Rives Sport Football.

Rives étant situé davantage du côté de Grenoble, comment est-ce que l’Olympique Lyonnais vous repère ?

Cela s’est fait en plusieurs temps. Déjà, j’ai fait deux années de suite le stage estival d’Hauteville Lompnes dans l’Ain où j’ai eu la distinction de meilleur joueur. A cette époque-là, j’évoluais déjà au poste de milieu de terrain. Par ailleurs, avec mon club, nous avions disputé un tournoi à Gerland où je m’étais fait remarquer. J’ai donc été convoqué pour un match de détection et je suis rentré au centre de formation de l’OL à 13 ans. Je me souviens avoir été repéré par Alain Thiry et Louis Perelle.

Peut-on dire qu’intégrer le plus grand club de la région était une fierté pour vous ?

Oui forcément, c’était quelque chose de grand. Après, à cette époque, l’OL n’avait ni l’aura, ni la popularité qu’il a eu ensuite dans le début des années 2000. A Rives, les gens étaient davantage supporteurs de Marseille qui était un peu le club du moment avec des joueurs comme Papin ou Waddle. On ne va pas se mentir, plus une équipe gagne plus elle a de supporteurs et plus les jeunes s’identifient à ce club donc quand j’intègre l’OL, je n’étais pas forcément supporteur. Mais je le suis devenu assez rapidement. Je ne ratais aucun match de l’équipe première dès lors que je suis rentré au centre de formation.

Quand on est un jeune de 13 ans, comment vit-on une intégration en centre de formation, loin de sa famille et de ses proches ?

Je pense que seules les personnes ayant vécu cette situation peuvent comprendre la difficulté que cela représente. Je me souviens avoir intégré l’internat de Saint Louis Saint Bruno à la Croix Rousse puis j’allais parfois chez mon oncle, domicilié à Oullins. Après, mes débuts ont été assez compliqués. Je suis passé du statut de meilleur joueur de Rives à un joueur quelconque de l’Olympique lyonnais. La transition n’est pas aisée car on perçoit rapidement le fait que l’on a moins d’importance au sein du collectif. Pour être totalement transparent, il y avait des gars qui étaient bien meilleurs que moi. Puis, malheureusement, j’avais un physique assez peu avancé pour mon âge donc chaque année, j’avais cette peur de ne pas être gardé surtout que je n’étais pas une valeur sûre. Mais je me suis accroché. Cette période m’a vraiment forgé un vrai mental puis j’ai vraiment passé un cap à 16 ans, sous la houlette d’Armand Garrido.

Armand Garrido est souvent cité comme l’un des meilleurs formateurs de l’histoire du club. Que vous a-t-il apporté ?

De la confiance tout simplement ! Dans le football, la confiance est quelque chose de primordial. A 16 ans, il a fait le choix de me surclasser pour que je joue avec son équipe des 17 ans. Alors certes, j’avais grandi et je m’étais étoffé physiquement mais je n’avais jamais été surclassé auparavant. A ce moment, j’ai senti que le regard des autres avait un peu changé me concernant. Je commençais à avoir une certaine importance. J’ai vraiment eu la chance d’avoir de très bons formateurs à l’OL, que ce soit Armand Garrido mais aussi Alain Olio et Robert Valette. Maintenant, le mental joue beaucoup. De ma génération 1984 seuls Renaud Cohade et moi sommes passés professionnels et je peux vous dire que nous n’étions sans doute pas les deux meilleurs. Il y a des joueurs qui, très jeunes, sont conditionnés à passer professionnel comme Hatem Ben Arfa puis il y a des joueurs qui ont des facilités mais qui s’appuient dessus et restent dans une certaine suffisance. Dans ce cas, il y a deux écoles, soit le joueur ne passe jamais pro, soit même s’il signe un contrat professionnel, il aura du mal à atteindre son potentiel car il n’aura pas été habitué, jeune à travailler d’arrache-pied. A l’inverse, il y a des jeunes, comme moi, qui à force de travail et d’abnégation arrivent à atteindre un objectif auquel, ils n’étaient pas forcément destinés au préalable.


« Sans Paul Le Guen, je n’aurais peut-être jamais fait carrière »


Il se murmure que les formateurs lyonnais inculquent très rapidement la culture du derby face à l’AS Saint-Etienne. Est-ce vraiment le cas ?

Oh oui (Rires). On nous a appris à détester les Verts. Je me souviens même d’un formateur qui nous interdisait de porter du vert. Je pense qu’il disait cela sous le ton de la plaisanterie même si, au fond, il y avait une part de vérité (Rires). Mais cela fait partie du folklore et je suis le premier à souhaiter que ce derby garde ses coutumes et ses traditions.

A 16 ans, vous commencez à prendre une certaine importance au sein de votre équipe. Qu’est ce qu’il se passe dans votre tête à ce moment-là ? Vous vous dites que votre rêve se rapproche ou justement vous gardez les pieds sur tête en vous disant que le plus dur commence ?

Je suis une personne plutôt lucide et je sais très bien que le contrat professionnel est encore très loin. Puis à 16 ans, c’est un âge où l’on a diverses tentations avec les amis ou encore les filles. Il ne faut pas oublier que les mois de juillet et d’août quand tout le monde est en vacances, nous, on attaque la préparation physique. L’entourage familial à un vrai rôle à jouer pour permettre à un jeune de rester dans le droit chemin car on n’est un peu livré à nous-même et on ne peut pas forcément compter sur les autres. Nos coéquipiers sont aussi nos concurrents et c’est un constat assez terrible pour un jeune qui est encore un gamin. Franchement, si tout était à refaire, je ne suis pas certain de vouloir revivre tout ça.

L’OL a toujours eu la réputation d’être l’un des meilleurs centres de formation d’Europe voire du monde. Est-ce que vous aviez cette sensation également quand vous étiez en équipe de jeunes ?

Franchement non. On s’en rend compte plus tard je pense. Après, une chose est sûre, c’est que l’on nous apprend à gagner. A l’OL, on doit jouer les premiers rôles. Je me souviens d’avoir été champion de France à 15 ans. Mais gagner un titre n’est pas une fin en soi mais plutôt le début de quelque chose. Nous étions formatés pour ça.

En parlant de titre, vous être officiellement sacré champion de France de Ligue 1 pour la première fois grâce à votre entrée en jeu le 24 avril 2004 face à Rennes (3-0), vous remplacez alors Florent Malouda. Alors que vous n’avez que 19 ans, quelle est votre sensation ?

Une nouvelle fois, je dirais que c’est le début d’une aventure mais absolument pas un accomplissement. J’ai eu la chance de rentrer en cours de match mais comme le disait si bien Robert Valette, on ne peut se considérer comme footballeur professionnel que lorsque l’on a disputé au moins 100 matchs. Pour ma part, je suis arrivé sur la pointe des pieds. Je suis de nature discrète et je pense avoir une bonne mentalité donc mon intégration s’est très bien passée. J’étais assis à côté de Juninho dans le vestiaire et il m’a rapidement pris sous son aile en me divulguant bon nombre de conseils. Je m’entendais très bien avec Sidney Govou également.

Vous avez débuté en Ligue 1 sous les ordres de Paul Le Guen, un entraîneur réputé proche des jeunes. Quelle était votre relation avec lui ?

Nous avions une relation d’homme à homme mais je pense qu’il a détecté quelque chose chez moi. J’ai intégré l’équipe réserve de l’OL à 18 ans puis Paul Le Guen m’a intégré à certaines séances d’entrainement et petit à petit, j’ai intégré régulièrement ce groupe. Je ne peux pas dire que nous étions extrêmement proches mais on avait vraiment une relation très humaine. Puis étant milieu de terrain et gaucher comme lui, peut-être que cela a joué aussi (Rires). J’ai coutume de dire que ce sont les entraîneurs qui font la carrière d’un joueur. Je pense objectivement que sans lui, je n’aurais peut-être jamais fait carrière.


« Je n’avais pas le niveau de l’OL de mon époque »


Après deux bouts de matchs disputés lors de la saison 2004/2005, vous prenez davantage d’importance lors de l’exercice suivant avec 24 rencontres toutes compétitions confondues et la découverte de la Ligue des Champions. Mais le fait marquant de cette saison reste votre but inscrit en toute fin de rencontre contre Monaco. Est-ce votre meilleur souvenir sous le maillot de l’OL ?

Je pense que oui. Non seulement c’était ma première réalisation en Ligue 1 mais c’est un but qui s’est révélé être très important pour la conquête du titre cette année-là. J’ai eu le sentiment d’avoir rendu un peu la monnaie de la pièce à l’OL car sans ce club, je n’aurais jamais fait carrière. J’ai eu beaucoup de chance de jouer dans ce club et dans, peut-être, l’une des meilleures équipes de l’histoire du club. Je serais à jamais reconnaissant envers ce club. Mais si je dis cela maintenant, c’est aussi parce que j’ai la sensation de ne pas avoir assez apprécié et savouré ces moments-là. Je ne me rendais pas suffisamment compte de la difficulté d’être champion de France.

Compte tenu de l’écart entre l’OL et les autres équipes à cette période-là, peut-on considéré que les matchs les plus durs étaient les confrontations à l’entraînement ?

Non car rien ne remplace la compétition officielle. Mais même à l’entraînement, il y avait une telle envie de gagner que tout le monde était toujours à fond. Puis, le terme de plaisir était au centre des débats. On accordait beaucoup d’importance à cette notion. Et le plaisir, on ne le prend que dans la victoire. Je ne vois pas comment on peut prendre du plaisir dans la défaite.

Vous aviez un statut d’espoir au sein de club. Comment pouviez-vous gagner votre place au milieu de joueurs comme Juninho, Mahamadou Diarra ou Michael Essien ?

Forcément c’était très compliqué. A l’époque, nous étions l’une des meilleures équipes d’Europe et ma plus grande déception collective reste le fait de ne pas avoir gagné la Ligue des Champions avec l’OL. Mais avec un tel niveau et un tel statut, le club rhodanien ne devait d’avoir des internationaux à tous les postes. J’ai beaucoup progressé au contact de ces joueurs et j’ai vraiment gagné en expérience.

Après un troisième titre de champion de France obtenu lors de la saison 2005/2006, vous faites le choix de suivre Paul Le Guen aux Glasgow Rangers qui s’acquittent d’une somme de 2M€ pour s’attacher vos services. Avez-vous des regrets de ne pas vous êtes vraiment imposé à l’OL ?

Non car objectivement, je n’avais pas le niveau pour m’imposer dans cet OL là. J’estime avoir fait tout ce que je pouvais faire. Si je voulais jouer, je devais partir et c’est le choix que j’ai fini par faire. Puis lors de cette période, il était vraiment très compliqué de s’imposer à l’OL pour un jeune du club. Hormis Hatem Ben Arfa et Karim Benzema, je n’ai pas forcément beaucoup d’exemples de joueurs formés au club qui sont parvenus à jouer régulièrement. La concurrence était très forte. Puis j’ai aussi la sensation que l’on accorde davantage de crédits à un joueur venant de l’extérieur au détriment d’un joueur formé au club. Je suis donc parti aux Glasgow RangersPaul Le Guen venait d’être nommé entraîneur. Après, je pense qu’il aurait quand même préféré recruter Michael Essien que moi (Rires) mais j’avais le bon profil pour lui avec le budget qui était le sien à ce moment-là.

Quel est le meilleur derby ? Lyon/Saint Etienne ou Celtic/Rangers ?

Joker (Rires). Les deux sont vraiment exceptionnels et il est compliqué d’en mettre un au-dessus de l’autre. Mais si je devais faire un choix, je dirais Celtic/Rangers car ce match concerne une seule et même ville puis il touche à la religion. En effet, il oppose les catholiques (le Celtic, ndlr) aux protestants (les Rangers, ndlr). L’ambiance à Celtic Park était incroyable. Mais Lyon/Saint Etienne reste un match à part et un derby inégalable en France. J’ai joué des OM/PSG et ce n’était vraiment pas comparable.


« Je ne pourrais pas choisir entre l’OL et Saint Etienne »


A la suite de la blessure d’Alou Diarra, une rumeur fait état d’un possible retour de votre part à l’OL au cours du mercato d’hiver de la saison 2006/2007 ? Était-elle fondée ?

Oui j’étais proche de revenir à ce moment-là. Mais après réflexion, je n’étais qu’une solution à court terme et j’allais toujours être perçu comme le « petit », formé au club. Je me serais heurté aux mêmes problématiques que quand je suis parti six mois auparavant. Pour l’OL, c’était la solution de facilité puisque je n’aurais eu aucun problème d’intégration. Je cherchais un projet à long terme avec du temps de jeu. Par conséquent, j’ai décliné la proposition de l’OL et je me suis engagé au Paris-Saint-Germain.

Après quatre ans et demi à Paris, vous faites le choix de rejoindre l’AS Saint Etienne. Pourquoi une telle décision alors que vous avez été formé à l’OL ?

Il est évident que le fait d’avoir été formé à l’OL puis rejoindre Saint Etienne par la suite peut paraître un peu curieux mais quand je signe dans le Forez, j’ai quitté Lyon depuis cinq ans déjà donc cela est passé plus inaperçu que si j’étais passé d’un club à l’autre. J’ai fait ce choix pour me rapprocher de ma famille qui est toujours restée en Isère. De plus, en ayant porté les maillots de l’OL, des Rangers et du PSG, je voulais poursuivre dans un club avec une histoire et une ambiance. Finalement, les choses ne sont bien passés. Je n’ai jamais été un titulaire indiscutable et même si j’ai été formé dans le club rhodanien, je n’ai jamais été vraiment un joueur estampillé OL comme c’est le cas pour Sidney Govou notamment. Puis j’étais un joueur discret, qui n’a jamais fait de grosses déclarations contre un club rival. Dans le football, les choses vont bougent rapidement et quand vous respectez un club, son maillot et ses supporters, généralement il n’y a aucun problème. Partout où je suis passé, je n’ai jamais triché.

Après avoir connu le derby OL/ASSE sous le maillot lyonnais, vous le vivez désormais depuis le côté vert. Qu’est ce que cela change pour vous ?

Cela ne change pas grand-chose finalement car un derby est un match à part dans une saison. Le classement ne compte pas tant que ça car dans ce genre de matchs, on joue pour un club, pour une ville et pour un peuple. C’est la suprématie régionale qui prend le dessus sur tout le reste. Le but est, avant tout, de gagner pour donner du bonheur aux gens, plus que dans tout autre match. Forcément cela était un peu bizarre de revenir à Gerland sous le maillot stéphanois mais j’ai également ressenti ce sentiment étrange la première fois que je suis revenu à Lyon sous le maillot parisien.

Entre une formation réalisée à Lyon ainsi que trois titres de champion de France glanés avec l’Olympique lyonnais et 184 matchs en six saisons sous le maillot stéphanois, de quel côté balance votre cœur ?

Je pense que c’est l’une des questions qui m’a le plus été posée au cours de ma carrière et de mon après-carrière. Je ne cherche pas à faire le Suisse mais pourquoi choisir ? Sans l’OL, je n’aurais sans doute jamais eu de carrière professionnelle donc je serais éternellement reconnaissant envers ce club. Par ailleurs, j’ai, à n’en point douter, vécu mes meilleures années en tant que footballeur sous le maillot stéphanois. Je ne pourrais pas choisir entre ces deux clubs. Les supporteurs des deux camps ne le comprendront sûrement pas mais ce n’est pas parce que deux clubs sont rivaux qu’en tant qu’homme, on ne peut pas vivre des très bons moments dans les deux clubs. Il faut avoir du recul et être humain aussi.

Quel est votre regard sur le derby de vendredi dernier remporté par l’Olympique lyonnais (1-0) ?

C’était un petit derby entre deux équipes en mal de confiance tout simplement. Mais il symbolise un peu la saison des deux clubs. Je suis triste de voir un Lyon dans le ventre mou du championnat et un Saint-Etienne à la dernière place de cette Ligue 1. Mais quand on regarde cette rencontre, on a vraiment eu l’impression de voir un duel entre le 13e et le 20e, ni plus ni moins. Alors oui, comptablement et symboliquement, c’est une victoire qui fait énormément de bien à l’OL et qui enfonce l’ASSE mais au niveau du jeu et de l’engagement, je ne suis pas sûr qu’un des deux entraîneurs pourra s’appuyer ce match.


« Si l’OL termine dans le top 5, ce sera déjà une belle performance »


Comment expliquez-vous les difficultés actuelles du côté de l’Olympique lyonnais ?

J’ai un regard extérieur donc forcément, mon analyse ne sera pas totalement la bonne mais l’OL a eu la volonté de changer de coach, avec de nouveaux principes. Cela prend parfois davantage de temps que prévu pour trouver la bonne formule. Mais quand on est habitué à voir le club lyonnais en haut de l’affiche, forcément que c’est une anomalie d’avoir un Lyon dans la deuxième partie de classement. Puis dans le football, tout va très vite d’un côté comme de l’autre. L’OL a enchaîné quelques contre-performances et derrière les écarts se creusent. Mais il reste une deuxième partie de saison. Maintenant, il faut être lucide, il sera très dur, à mon sens, pour l’OL de terminer sur le podium. Après, je suis un très mauvais pronostiqueur (Rires). J’ai l’impression qu’il y a un déficit de talent par rapport aux années précédentes. Pour moi, si cet OL-là termine déjà dans le top 5, ce sera une très bonne performance.

Vous parliez un peu plus tôt de cette culture de la gagne qui était instaurée lors de votre formation. On n’a l’impression que c’est différent aujourd’hui et que l’OL arrive à se satisfaire de quelques matchs nuls contre des équipes supposées plus faibles. Est-ce votre ressenti également ?

L’OL a connu une fin d’année très difficile avec, en effet, quelques matchs nuls contre des formations comme Metz qui étaient mal classées. Mais, je ne pense pas qu’en rentrant aux vestiaires, les joueurs et les dirigeants étaient satisfaits d’un tel résultat. Cette culture est toujours présente. Maintenant, il ne faut pas oublier que le football est quelque chose de cyclique. On ne peut pas rester tout le temps en haut. Le succès ne dure qu’un temps et il faut aussi l’accepter et se remettre en question pour rebondir rapidement. Regardez des clubs comme Saint-Etienne ou Bordeaux qui jouaient les premiers rôles il y a 10 ans et qui se battent aujourd’hui pour se maintenir. A l’inverse, on voit un club comme Lens qui était en Ligue 2 il y a cinq ans et qui aujourd’hui renaît de ses cendres. Il faut accepter ces cycles même si, quand on est supporteur, c’est compliqué.

Tactiquement, l’OL et son coach Peter Bosz semblent se chercher également. Que pensez-vous de ce 3-5-2, devenu le nouveau système tactique à la mode ?

Je ne vais pas critiquer ce système car c’est celui que j’utilise actuellement (Rires). Ce que je constate avec Peter Bosz c’est simplement qu’il a dû s’habituer à son effectif et aux profils présents au sein de son groupe. Aujourd’hui, c’est un système qui offre davantage de garanties défensives avec trois défenseurs centraux et deux pistons qui, s’ils sont des latéraux pragmatiques, permettent de jouer à cinq défenseurs. En revanche, si ce sont des latéraux modernes, cela offre d’autres solutions offensives. Je ne suis pas tous les jours à l’entraînement avec eux mais s’il a opté pour ce système, c’est que c’était le plus adapté aux joueurs qu’il a, aujourd’hui, à disposition.

Le coaching fait désormais partie de votre quotidien puisque vous êtes l’entraîneur principal du FC Bourgoin-Jallieu (National 3). Quelles sont les ambitions du club dans une ville où l’on sait que le rugby occupe une place prépondérante ?

L’objectif reste la montée. Le Nord-Isère se doit d’avoir une équipe de haut niveau et nous avons le profil pour être cette équipe-là. Aujourd’hui, nous sommes le deuxième club du département derrière le Grenoble Foot 38, qui évolue en Ligue 2. Actuellement, nous occupons la quatrième place de notre championnat à cinq unités du leader Evian Thonon Grand Genève, équipe entrainée par Bryan Bergougnoux. Nous allons d’ailleurs les recevoir à Pierre Rajon dans dix jours désormais. Je garde un goût amer du match de samedi contre Velay, dernier du championnat. Nous menions 2-0 puis nous avons concédé l’égalisation sur un pénalty dans les arrêts de jeu donc deux points de perdu, ce qui nous aurait permis d’être encore plus près du premier. J’ai cogité tout le week-end par rapport à ce match que l’on aurait dû remporter tellement nous étions supérieurs à nos adversaires. Mais quand on ne tue pas le match, on s’expose à un retour de nos adversaires. C’est ce qui fait la magie du football.

Comment se comporte le coach Clément ? Est-ce que vous êtes à l’image du joueur que vous avez été ou est-ce que vous êtes un peu plus gueulard maintenant que vous êtes sur le banc ?

Je suis quelqu’un de nature assez calme donc je suis à l’image du joueur que j’étais. Même si je pousse quelques coups de gueule quand même (Rires). Mais, pour l’avoir vécu en tant que joueur, cela ne sert à rien d’hurler comme un fou au bord du terrain car les joueurs sont concentrés et n’écoutent même pas pour la plupart. Après, je suis un coach très humble mais très compétiteur. Je souhaite être proche de mes joueurs car je dois tous les faire progresser.


« Entraineur est un métier qui lessive »


Peut-on dire que le fait d’avoir été un ancien joueur professionnel avec près de 500 matchs au compteur est un avantage au niveau de la légitimité dans un vestiaire ?

Oui au début mais cela ne dure qu’un temps. Que vous soyez un ancien joueur professionnel ou pas, quand un joueur ne joue pas, il ne joue pas et il ne sera pas moins triste si vous avez un statut d’ancien joueur. On ne peut pas faire l’unanimité car on a des choix à faire. Quand un joueur n’est pas sur le terrain, il ne comprend pas et c’est là que le discours du coach devient déterminant afin de donner du sens et de maintenir la motivation de ces joueurs-là.

Quelle est votre ambition pour la suite de votre carrière d’entraîneur ?

Quand on a goûté au haut niveau, on a envie d’y retourner forcément. Mais aujourd’hui, je me sens bien dans ce club. Puis j’avais la volonté de stabiliser ma famille et d’être à proximité de mon entourage. Le FCBJ est un club avec des ambitions et qui cherche à grandir. Nous jouons désormais au stade Pierre Rajon donc cela symbolise aussi l’importance que prend le club au sein de la ville. Maintenant, je ferais le bilan en fin de saison. Vous savez même à ce niveau-là et même si certains joueurs ont un métier à côté, je peux vous dire que pour moi, c’est un métier à plein temps. Puis c’est un métier qui lessive.

En marge de votre casquette d’entraîneur, vous avez également lancé une marque d’huile d’olive AOP intitulée Roméo (prénom de son premier enfant, ndlr) et Juliette. Quelles sont vos véritables fonctions au sein de cette structure ?

Dans cette aventure, je suis associé avec Remo Simonetti, une sorte d’homme à tout faire qui gère tout le volet production, commercial et logistique. De mon côté, je m’occupe de la promotion de la marque. Je dirais que je joue un rôle d’ambassadeur. J’ai un vrai intérêt pour l’entreprenariat. Créer une entreprise est un challenge excitant mais avant de le faire, on n’a sans doute pas conscience de tous les tenants et les aboutissants. Du transport, aux conditions générales de vente en passant par le dépôt de la marque et la mise en place de moyens humais pour se développer, tout est à construire et cela demande du temps. Même si l’on a pris un peu de retard sur le développement, l’important était de bien poser la structure de notre entité.

Finalement, vous êtes aussi actif que sur un terrain…

(Rires) Oui puis j’ai aussi occupé le rôle de consultant pour Canal + et il m’arrive aussi de faire des interventions en entreprise. Puis, le 17 mars prochain sortira mon livre que j’écris depuis deux ans maintenant. Il s’articulera autour de deux thèmes majeurs : ma biographie et le développement personnel. Je l'ai intitulé : Pour le plaisir. Ecrire est vraiment une activité que j’ai pris plaisir à faire. J’espère que les lecteurs prendront autant de plaisir à lire ce livre.

2 commentaires
  1. westkanoute - mer 26 Jan 22 à 14 h 29

    superbe interview de jeremy clément.

    1. Jonathan Lopes - ven 28 Jan 22 à 10 h 32

      Merci 🙂

Les commentaires sont fermés

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