Propulsé sur le devant de la scène depuis une semaine, Pierre Sage prend la lumière bien malgré lui. Pourtant, cet intérim est l’occasion pour lui de mettre en pratique ce qu’il dispense depuis des années. Même avec la situation d’urgence qui règne à l’OL.
Les conférences de presse ont été assez souvent critiquées de ne pas parler assez de football pour ne pas voir en Pierre Sage une véritable bouffée d’oxygène. Intronisé depuis seulement une semaine, l’entraîneur intérimaire a déjà séduit par son discours, à défaut d’avoir ramené des points sur le terrain. L’exercice oral n’a pas vocation à déstabiliser celui qui avait plutôt l’habitude de rester dans l’ombre, mais pouvoir parler de tactique et tout simplement de football l’espace d’une demi-heure reste un véritable vent frais. Si certains le découvrent au grand jour, Pierre Sage n’est toutefois pas un inconnu, lui qui pouvait compter sur des adeptes avant même de poser ses valises entre Rhône et Saône en 2019 comme entraîneur des U16.
Avec sa page "Pierre Sage, la méthode globale" sur Facebook, l’actuel entraîneur intérimaire de l’OL a fédéré une communauté autour de lui, qui s'est fait entendre au moment de sa nomination, et créé des vocations. Jérémie Dussolier fait partie de ceux qui ont adhéré à cette philosophie, d’abord de loin en 2019. "Pierre a été le traducteur des courants espagnols et portugais, de ce qui peut se faire ailleurs. Seulement, il a réussi à l’expliquer de manière très pédagogique et ça a été pour beaucoup un déclic. On avait une figure française pour représenter ce courant." Il n'est pourtant pas question de parler de "Sagisme", lui qui n'a finalement fait que s'inspirer d'autres comme ceux qui le font avec lui désormais.
Imposer un cadre pour donner de la liberté à l'intérieur
Ayant croisé Pierre Sage lors d’une conférence dispensée par le principal intéressé à Lyon, Jérémie Dussolier va ensuite avoir la chance de côtoyer l’entraîneur au sein de l’Académie. L’actuel coach de l’OL était chargé des U16 tandis que le jeune "padawan" s’occupait des U15 féminines. Avant d’assurer un intérim de quelques semaines aux côtés de celui dont il partageait les convictions. Durant cette période, Dussolier a pu voir de l’intérieur la patte Sage dans le développement technique et personnel des jeunes joueurs.
Ce développement peut-il se traduire à l’étage du dessus avec des joueurs bien plus expérimentés ? L’actuel adjoint au pôle espoir féminin de Tours en est convaincu malgré la casquette de formateur qui peut coller à la peau de Pierre Sage. "On a mis derrière le terme entraîneur, celui d’ancien pro, un leader d’hommes. Il doit y avoir la place pour des Will Still, Julien Stéphan. Je pense que Pierre a travaillé beaucoup plus que les autres sur la connaissance du jeu et du joueur. Ce travail lui donne des prérequis pour être entraîneur au haut niveau. Il suit actuellement un Master de périodisation tactique au Portugal qu’a suivi Jardim, Mourinho. En n’étant pas un joueur pro, il s’est intéressé au joueur en lui-même, en étant proche, savoir comment il fonctionne pour optimiser sa performance."
"Il accepte de ne pas contrôler ce qu’il ne peut pas contrôler"
Dans son apprentissage du coaching, Pierre Sage s’est logiquement inspiré de Pep Guardiola ou encore Marcelo Bielsa. Deux entraîneurs qui ont apporté une vision plus globale au football et dont Sage a puisé une partie de sa philosophie. Quand le football français avait une vision analytique avec une séparation entre la technique, la tactique, le mental, le Lyonnais a importé le concept d’un geste technique qui s’inscrit dans un projet de jeu. Celui de 'je ne fais pas une passe pour faire une passe'. Dans l’état actuel des choses à l’OL, on est en droit de se dire que la formation lyonnaise n’a pas besoin d’un professeur ou de belles idées de jeu, mais plutôt de mettre le bus. "Un parti pris" pour Sage, comme il l’a concédé vendredi en conférence de presse.
Seulement, celui qui est très méthodique, très cartésien et que certains pourraient trouver rigide dans sa philosophie est finalement plus ouvert qu’il n’y paraît malgré une vraie volonté de contrôler ce qui est contrôlable. Il n’y a qu’à voir la mise en place minutieuse de l’entraînement vendredi pour comprendre que Pierre Sage souhaite identifier au maximum les besoins et faciliter l'accès à la performance par de petits détails qui n'ont l'air de rien au départ. "On joue comme on s'entraîne, mais on s'entraîne aussi comme on joue", a-t-il déclaré lors de sa conférence à Lyon en 2019. "Il veut créer une forme de cadre autour des joueurs pour pouvoir à l’intérieur les laisser créatifs. Un joueur va gagner en lisibilité parce qu’il va savoir ce qui est autorisé. Il interdit peu de choses. Il intervient très peu dans la séance, car il sait que ça va biaiser la prise d’informations. Mais il va utiliser beaucoup l’erreur qui est une variable d’ajustement."
Sur ce point-là, il rejoint Fabio Grosso qui estimait lui aussi que les joueurs devaient se tromper pour comprendre et s’adapter. Cette philosophie créée à l’Académie, Pierre Sage tente de l’importer chez les pros depuis son arrivée. Entendre Rayan Cherki ou Alexandre Lacazette dire après Lens qu’ils ont eu plus de liberté prouve que la doctrine peut s’adapter au haut niveau. Cependant, comme pour tout entraîneur, elle doit être suivie d’effets sur le long terme et de résultats. Car c’est avant tout là que l’OL est attendu. Peut-être plus que Pierre Sage qui ne sait pas de quoi demain sera fait et qui tente de poser les fondations d'un redressement avec ses principes.

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