Jean-Michel Raymond DR
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Jean-Michel Raymond : « A l’OL, Robert Herbin était un mercenaire »

Arrivé à l’Olympique lyonnais en 1982 en qualité de doublure de Slobodan Topalovic, Jean-Michel Raymond a connu trois saisons tumultueuses sous le maillot lyonnais. Entre une descente en Division 2 et deux années compliquées à cet échelon, il n’aura vécu guère de moments glorieux entre Rhône et Saône. Son aventure lyonnaise s’achève finalement au bout de trois ans et seulement 22 rencontres disputées. Avec sa franchise qui le caractérise, l’homme âgé aujourd’hui de 62 ans, nous compte ses souvenirs à l’OL.

Olympique-et-Lyonnais : Après avoir fait vos classes à l’INF Vichy puis à l’US Toulouse (aujourd’hui Toulouse FC, Ndlr) vous signez à l’Olympique lyonnais en 1982. Racontez-nous votre parcours avant d’arriver à Lyon. 

Jean-Michel Raymond : Effectivement, j’ai été formé à l’INF Vichy qui est l’ancêtre de l’INF Clairefontaine. J’estime avoir reçu une formation de grande qualité car l’INF ne formait que des joueurs mais avant tout des hommes. Je ne dirais pas que c’était l’armée mais pas loin. Non pas au niveau des activités mais au niveau des valeurs qui nous étaient inculquées. En sortant de l’INF, j’ai eu la possibilité de signer à l’US Toulouse. J’ai porté les couleurs de ce club durant deux saisons. J’officiais en qualité de doublure de Marc Weller la première saison et puis en tant que troisième gardien lorsque Stéphane d’Angelo est arrivé, l’année suivante. J’ai ressenti beaucoup de frustration d’être derrière Weller car il s’entraînait en touriste. Je n’avais vraiment pas l’impression d’être inférieur à lui. J’ai quitté Toulouse à l’issue de mon contrat pour rejoindre l’OL. Le tout avec beaucoup de joie.

Comment s’est déroulée votre arrivée du côté de l’Olympique lyonnais ?

A mon époque, il n’y avait pas d’agent donc trouver un club n’était pas forcément chose aisée. Surtout qu’à Toulouse, je n’avais pas de contrat professionnel et que je n’avais disputé que 13 rencontres en deux saisons. Autant dire qu’en tant que jeune gardien qui n’avait pas prouvé grand-chose, je n’étais pas des plus courtisés. Puis un jour, j’ai reçu un coup de téléphone de l’Olympique lyonnais. C’était vraiment une belle opportunité pour moi surtout que le club évoluait en première division soit un étage au-dessus de Toulouse. Je me souviens que j’ai signé mon premier contrat professionnel aux côtés de Fleury Di Nallo et Marino Faccioli. Après coup, j’ai su que c’était Pierre Mosca, qui avait été mon entraîneur à l’INF Vichy, qui avait glissé mon nom à Lyon. Il avait joué un peu le rôle d’agent (rires).

Quelles étaient vos ambitions à votre arrivée à l’OL sachant que le club possédait un gardien numéro 1 en la personne de Slobodan Topalovic ?

J’ai signé à Lyon en toute connaissance de cause par rapport à la présence de « Topa ». Mais j’avais 23 ans. Je voulais montrer ma valeur. Puis, je ne vais pas vous mentir, je n’attendais qu’une chose, c’était d’avoir ma chance. Quand on est gardien remplaçant, c’est plus compliqué que tout autre joueur car hormis une blessure, une suspension ou une méforme du portier titulaire, on est cantonné à rester derrière. Mais je suis arrivé avec beaucoup d’envie et d’ambition. Puis l’OL me proposait un premier contrat professionnel avec de belles conditions pour l’époque. J’étais vraiment ravi d’avoir rejoint ce club.

Comment définiriez-vous votre relation avec Slobodan Topalovic ?

Elle était spéciale car c’était une personne très peu sociable, un peu à l’image des Yougoslaves. Nous n’avions pas de problème mais nous partagions très peu de choses ensemble. Après, à l’inverse de ce que j’ai connu à Toulouse où je ne comprenais pas pourquoi Marc Weller jouait à mon détriment, je n’ai aucun mal à reconnaitre que « Topa » était un gardien de grande qualité. Il était très fiable et ne faisait pas beaucoup d’erreurs. Dans les premiers temps qui ont suivi mon arrivée, je me souviens d’un rendez-vous avec le coach de l’époque, Vladimir Kovacevic. Il m’avait dit : « Tu es un bon gardien mais Topalovic est très bon aussi. Puis il a un gros contrat. Il a pris tout l’argent.» (Rires). Au-delà de ses qualités, « Topa » avait, de par, son contrat, un statut important au club.


« La descente en deuxième division a été un drame absolu »


Sur le plan collectif, cet exercice 1982-1983 est un véritable supplice pour l’OL qui peine à être performant. Comment expliquez-vous vos contre-performances ?

C’était assez inexplicable justement. Sur le papier, je ne dis pas que l’on avait une équipe pour jouer le podium mais il y avait beaucoup de qualité. Des Serge Chiesa, des Jean-François Domergue, des Albert Emon, des Sima Nikolic, ce n’étaient pas n’importe qui ! Pourtant, sur le terrain, ça ne fonctionnait pas. On prenait torgnole sur torgnole. Comme dans tout collectif en difficulté, on faisait des réunions de crise. Mais cela ne changeait rien. Le club a donc décidé de débarquer Vladimir Kovacevic pour introniser Robert Herbin, tout juste limogé de Saint-Etienne. C’était assez particulier.

Avez-vous été surpris de la nomination de Robert Herbin ?

Oui c’était une réelle surprise. D’une part car Robert Herbin jouissait d’une excellente réputation au poste d’entraîneur après avoir mené Saint-Etienne en finale de la coupe d’Europe des Clubs Champions et d’autre part parce qu’il venait d’être limogé du rival stéphanois quelques jours auparavant. Après coup, je me demande s’il n’a pas rejoint l’OL par vengeance envers Saint-Etienne avec qui l’aventure ne s’était pas très bien terminée à cette époque. Sincèrement, je ne vois pas d’autre explication logique. Mais bon, quand on voit arriver un personnage comme Herbin alors que l’on est en très mauvaise posture, on ne pouvait être qu’optimiste. Maintenant, on a très vite compris que le Herbin de Lyon, ne serait pas le Herbin de Saint-Etienne.

C’est-à-dire ?

A l’OL, Robert Herbin n’était qu’un mercenaire ! Il m’a énormément déçu. Déjà sur un plan personnel car en deux ans et demi de collaboration, je n’ai pas le souvenir qu’il m’ait adressé une fois la parole. Puis sur le plan footballistique, c’est un entraineur qui n’a rien apporté au groupe. Les séances d’entraînement étaient toujours les mêmes. Je me souviens qu’il arrivait le matin avec son Audi 80 noire, accompagné de ses chiens. Une fois la séance terminée, il repartait aussitôt. Il n’était pas du tout investi à l’OL. Le vrai entraîneur était André Ferri. Ce n'est pas pour rien qu’il a été nommé entraîneur adjoint deux ans plus tard pour sauver le club d’une relégation en troisième division…


« Serge Chiesa était un exemple »


La relégation, c’est finalement l’issue qui attend l’OL en fin de saison 1982-1983. Comment cette descente a-t-elle été perçue au sein de l’effectif ?

C’était un drame absolu, surtout compte tenu des joueurs que l’on avait dans le collectif. C’était d’autant plus surprenant que l’ambiance n’était pas fondamentalement mauvaise entre nous. Malgré les mauvais résultats, nous n’étions pas accablés. Mais quand une spirale négative se met en place, c’est difficile de l’enrayer. Plus les défaites défilaient, plus le spectre de la relégation était présent. Alors certes, nous avons officiellement été relégués à la dernière journée après une ultime défaite à Auxerre. Mais nous avions compris déjà depuis quelques semaines auparavant que ce serait très compliqué de se maintenir.

Comment ont réagi les supporteurs après cet affront ?

Je n’ai pas le souvenir qu’il y ait eu beaucoup de véhémence de la part des supporteurs. Après, les groupes d’ultras tels qu’on les connait aujourd’hui n’existaient pas encore sinon je pense que ça aurait été différent (Rires). Maintenant, je me souviens que c’était compliqué pour moi de me balader en ville. Je pense que j’avais une forme de honte.

Cette descente en Division 2 marque également la fin de l’aventure de Serge Chiesa sous le maillot lyonnais. Quelle est votre vision de celui qui est encore aujourd’hui le recordman de matchs disputés sous le maillot lyonnais ?

Malgré le statut qu’il avait au club, c’était une personne très humble. J’en garde vraiment un bon souvenir. Je comprends totalement qu’il ait marqué le club de son empreinte. C’était un exemple. Même s’il fumait et qu’il avait les doigts jaunes à cause de ça, il était toujours premier sur les tests physiques. Je suis d’ailleurs surpris qu’il soit parti malgré la relégation. En effet, il avait vraiment le club dans la peau et je pense qu’il avait encore facilement deux saisons de haut niveau encore dans les jambes. Surtout qu’il est parti pour Orléans qui évoluait également en deuxième division.

Au niveau personnel, vous disputez seulement deux rencontres de championnat (face à Lens et à Monaco, ndlr) et deux matchs de coupe de France. Comment jugez-vous votre saison ?

Mon match face à Lens reste mon plus beau souvenir sous le maillot lyonnais. Déjà parce que c’était ma première rencontre en première division mais également parce que j’avais vraiment fait un bon match. On avait gagné 2-1 à Gerland si ma mémoire est bonne. J’ai enchaîné ensuite à Monaco car Topalovic était blessé. Le plus cocasse dans l’histoire c’est que ce match face aux Lensois coïncidait avec les débuts de Robert Herbin au poste d’entraîneur. Je me disais que de bonnes performances lui mettrait, peut-être, le doute dans son esprit. Que nenni ! Quand Slobodan Topalovic est revenu de blessure, il a repris sa place dans le but. C’était frustrant pour moi. D’autant plus qu’à l’époque, il n’y avait que 13 joueurs sur une feuille de match donc aucun gardien remplaçant. Soit, tu étais titulaire, soit tu étais hors du groupe.


« Je ne comprends pas pourquoi l’OL a conservé Herbin aussi longtemps »


Malgré la relégation et votre faible temps de jeu, vous avez quand même fait le choix de rester à l’OL. Pour quelles raisons ?

En arrivant au club, j’ai signé un contrat de trois ans donc il me restait deux ans de contrat. Je n’avais joué que deux matchs donc je n’avais pas eu l’occasion de me faire remarquer. Comme je l’ai évoqué un peu plus tôt, à cette époque, il n’y avait pas d’agent donc c’était vraiment compliqué de se placer hormis par piston d’une connaissance dans un club. Avec un agent, j’aurais fait une tout autre carrière. Mais en étant totalement honnête, je pense que si j’avais eu une offre à ce moment-là, j’aurais quitté l’OL. Puis, à l’inverse d’aujourd’hui, les prêts n’existaient pas. Alors que cela aurait pu être une solution. Mais, je n’avais aucune relation avec l’entraîneur. Je ne me sentais même pas d’aller le voir pour lui demander de disputer la coupe de France. Je n’avais pas le franc parlé que j’ai aujourd’hui. J’étais totalement livré à moi-même.

Avec la descente de Division 2, l’OL enregistre les départs de Serge Chiesa, Jean-François Domergue et Albert Emon. Robert Herbin est toujours aux manettes. L’ambition du club était la remontée immédiate ?

Oui, c’est évident que le club avait pour ambition de remonter rapidement. Certains joueurs ont pu quitter le club et les dirigeants avaient choisi de miser sur certains jeunes du centre de formation. J’ai le souvenir que notre saison n’était pas mauvaise puisque l’on était en course toute la saison pour monter en première division. Malheureusement, on termine troisième de notre groupe et on se fait éliminer en barrages par le Racing. Là encore, ce fut une grosse déception…

Au niveau de votre temps de jeu personnel, cet exercice 1983-1984 est encore plus famélique que le précédent puisque vous ne disputez qu’une rencontre. Comment l’avez-vous vécu ?

C’était la copie conforme de la saison précédente, tout simplement. J’attendais mon heure, mais elle n’est jamais venue. Puis ma relation avec Robert Herbin ne s’est jamais améliorée. Donc je n’avais pas le choix que de prendre mon mal en patience. Pour garder le rythme, j’allais jouer avec l’équipe réserve le dimanche. Je portais d’ailleurs le brassard de capitaine. C’était une autre ambiance de jouer avec des gamins. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion de jouer avec Rémi Garde et Bruno Genesio.

La saison 1984-1985 marque un véritable tournant dans la stratégie sportive de l’OL. Le club, malgré des difficultés financières, décide de miser sur des joueurs confirmés comme Olivier Rouyer, Jean-François Larios ou Félix Lacuesta pour remonter. Une nouvelle fois, la mayonnaise ne prend pas. Pourquoi selon vous ?

Jean-François Larios et Félix Lacuesta sont arrivés au club sous la houlette de Robert Herbin qu’ils ont connu du côté de Saint-Etienne. Ces joueurs sont arrivés mais ils n’étaient clairement pas motivés. J’étais très embêté de constater cela car je ne partage absolument pas ces valeurs-là. Il y avait beaucoup de clans au sein du vestiaire. Selon moi, le problème était toujours le même : l’entraîneur. Sincèrement, Herbin ne donnait pas envie d’aller à la guerre. A la fin, il était même compliqué de se motiver pour aller s’entraîner. Je ne comprends pas pourquoi le club a conservé Herbin aussi longtemps. Malgré un bel effectif, on a lutté jusqu’au bout pour éviter la relégation, c’est dire !


« Mighirian m’a dit : tu es en fin de contrat, tu peux partir. Cela a duré 27 secondes »


Le paroxysme de la médiocrité de cette saison a lieu le 24 février 1985 avec ce derby à Gerland entre l’OL et l’AS Saint-Etienne (1-5). Vous étiez titulaire ce jour-là, comment avez-vous vécu cette rencontre ?

C’était un véritable enfer, à l’image de notre saison. Pourtant, le stade était quasiment plein pour un derby en deuxième division ! Les supporteurs avaient répondu présents et l’ambiance était vraiment chaleureuse. Mais, ils nous ont humilié. Il n’y a pas d’autre terme. On a été en-dessous de tout. Personnellement, je n’ai pas été à la hauteur non plus. Je pense que je suis fautif sur un ou deux buts. Jean-François Larios, qui jouait libéro, n’a pas fait le match de sa vie non plus. Je me souviens qu’à l’issue de la rencontre, nous étions sortis avec un cordon de sécurité. C’était terrible.

Vous avez joué trois derbys entre l’OL et l’ASSE. Vous qui n’étiez pas issue de la région, comment définiriez-vous la rivalité en les deux clubs ?

Je trouve que l’atmosphère qui règne entre l’OL et Saint-Etienne est vraiment spéciale. Mais spéciale dans le bon sens du terme. Quand on est joueur, ce match nous galvanise et nous surmotive. J’ai eu la chance de jouer trois derbys et je considère vraiment cela comme une chance. J’en ai disputé deux à Saint-Etienne qui se sont soldés par deux matchs nuls et un à Lyon avec cette cinglante défaite. Je pense que si l’on n’est pas motivé pour ce genre de matchs, il faut arrêter, de suite, le football. J’ai le souvenir de m’être fait copieusement insulter à Saint-Etienne mais ça fait partie du folklore. C’était même plutôt amusant.

A l’issue de la saison 1984-1985, l’OL arrive finalement à se maintenir malgré le licenciement de Félix Lacuesta en cours d’exercice et André Ferri, le capitaine, qui fut nommé entraineur adjoint-joueur à 10 matchs de la fin. C’est ce qui fut salvateur selon vous ?

Je l’ai déjà évoqué précédemment mais le vrai coach de l’équipe, c’était André Ferri ! Le fait qu’il ait un poste un peu plus officiel auprès de l’entraîneur a sans doute aidé mais il occupait officieusement ce poste depuis bien plus longtemps. Par bonheur, nous parvenons à laisser le club en seconde division. Mais franchement, cette saison était un véritable fiasco.

En ce qui vous concerne, cette troisième saison est la plus aboutie sur le plan du temps de jeu puisque vous disputez 17 matchs toutes compétitions confondues. Quel est votre regard sur vos performances ?

J’ai bénéficié d’une blessure de Slobodan Topalovic pour pouvoir engranger du temps de jeu. Je n’avais pas d’autre possibilité que d’attendre une blessure ou alors que « Topa » ne souhaite pas prendre l’avion pour un long déplacement. Il n’aimait pas trop l’avion (rires). Même quand il s’est clashé avec Herbin, cela n’a rien changé. Concernant mes prestations, hormis ce match contre Saint-Etienne, je pense avoir répondu présent. Malheureusement, après presque deux ans sans jouer au plus haut niveau, je n’ai pas eu du temps de jeu à la meilleure période de ma carrière. L’ambiance n’était pas bonne et la motivation n’était plus la même que quand je suis arrivé à Lyon. Donc forcément, même si je pense avoir été performant, tous ces facteurs font qu’au début de mon aventure lyonnaise, j’aurais sûrement été bien plus à mon avantage.


« Je n’ai pas beaucoup de bons souvenirs de l’OL »


A l’issue de cet exercice 1984-1985, votre contrat s’achève. Auriez-vous aimé rester à l’OL ?

Malgré la souffrance générée par ces trois saisons tumultueuses, je pense que je serais resté à l’OL. Pour plusieurs raisons. La première, parce que le club allait changer d’entraîneur. La seconde parce que quand je suis arrivé ici, j’ai signé un premier contrat professionnel de trois ans. Quand on signe un premier contrat pro, on est un enfant. Quand on enchaine sur un deuxième, c’est un peu une confirmation. Même en temps que doublure, j’aurais accepté. Je pense que j’aurais chercher à négocier le fait de jouer la coupe de France.

Vous n’avez pas souhaité vous rapprocher du club pour évoquer une prolongation ?

Non car j’ai vite compris que la volonté de Charles Mighirian n’était pas de me conserver. A l’issue de mon contrat, il m’a dit : «u es en fin de contrat, tu peux partir ». Cela a duré 27 secondes. J’aurais aimé avoir davantage d’arguments de sa part. Surtout que c’est Christophe Breton, qui était quatrième gardien, qui a pris mon poste de doublure. Je n’ai rien contre Christophe qui est un très bon gars. Mais je ne pense pas que j’étais inférieur à lui.

Que retenez-vous de vos trois saisons sous le maillot lyonnais ?

Honnêtement, ce fut trois années de m… J’ai beaucoup souffert et j’ai subi mon poste de deuxième gardien alors que j’avais vraiment faim. Je suis une personne globalement impatiente et je peux même dire que je suis une tête de con. A l’OL, j’ai beaucoup pris sur moi. Sportivement parlant, c’est une expérience qui a généré un certain traumatisme chez moi. Hormis mon premier match contre Lens et un match à Valence où j’arrête un pénalty et que l’on gagne derrière, je n’ai pas beaucoup de bons souvenirs du club. Après, au niveau extra-sportif, j’ai rencontré ma première femme à Lyon et ma première fille est née à Lyon. Donc j’ai grandi en tant qu'homme.

Comment avez-vous rebondi après votre départ de l’Olympique lyonnais ?

C’est un peu bête à dire mais en quittant l’OL, j’ai compris que ma carrière professionnelle était terminée. Je n’avais que 26 ans. On était au début de l’ère des agents. J’ai bien essayé de joindre Frédéric Dobraje mais il ne m’a jamais rappelé. Je connaissais un journaliste dans le Sud-Ouest. Il a fait un article sur moi intitulé « Raymond de retour dans la région toulousaine ». De fait, j’ai eu plusieurs propositions de Muret, Montauban et d’autres équipes. J’ai fait le choix de Muret, car le club avait de l’ambition et j’avais une perspective de reconversion. Ma volonté était de faire de bons matchs et d’engranger des étoiles France Football pour espérer rebondir. Mais quand on descend dans les divisions inférieures, c’est très compliqué de remonter. Surtout à cette époque.


« J’ai très mal vécu la fin de ma carrière »


On sent que cela a eu un vrai impact psychologique sur vous…

Oui parce que j’ai pris conscience que j’étais passé à côté de ma carrière. Alain Casanova, mon meilleur ami, me l’a d’ailleurs suffisamment répété.  J’aurais pu ou dû faire autrement. Je ne sais pas trop. En tout cas, j’ai très mal vécu la fin de ma carrière. Je n’ai plus regardé un match de football pendant plusieurs mois. Je me suis battu pour ma femme et mes enfants. Ce sont eux qui m’ont maintenu à flot. On sous-estime vraiment l’impact psychologique de la fin d’une carrière chez un sportif.

Vous avez aujourd’hui 62 ans et vous êtes retraité. Qu’avez-vous fait entre la fin de votre carrière et aujourd’hui ?

Beaucoup de choses. J’ai travaillé à la mairie de Muret grâce au fait que j’étais un ancien joueur du club. Mais cette structure publique ne correspondait pas à ma mentalité. Je suis ensuite parti dans l’informatique. J’ai joué dans un petit club où le président était PDG d’une entreprise dans ce secteur. Cela s’est bien passé et je suis allé jusqu’au poste de directeur des achats. Ensuite, j’ai eu l’occasion de travailler à la Française des Jeux à Aix-en-Provence puis je suis rentré dans l’organisation de la Coupe du Monde 1998 avec un poste à responsabilité dans la logistique. J’ai terminé par un poste d’acheteur international chez Centrakor, une enseigne importante dans le secteur du non alimentaire. J’ai connu une reconversion avec beaucoup plus de succès que ma carrière sportive.

A quoi ressemble votre quotidien de retraité ?

Je vis dans le département de l’Ariège. Pour certains proches, je m'occupe de créer des sites internet. Je souhaite faire profiter à mes amis de mon savoir-faire acquis dans le domaine de l’informatique. Sinon, je m’adonne à mon autre passion qu’est le bricolage. Je garde quand même un œil sur le football. Surtout que mon fils, Théo, a fait une petite carrière professionnelle. Il a été formé au Toulouse FC puis il a pas mal bourlingué entre la Suisse, Singapour mais aussi la Finlande.

Suivez-vous toujours les performances de l’Olympique lyonnais ?

Je garde un œil sur le club oui. J’étais devant ma télévision dimanche après-midi pour ce match contre Angers (victoire 3-2, ndlr). Puis j’ai reçu quelques mails de Stéphane Benas, le responsable du musée de l’OL pour me tenir au fait de l’histoire du club. Je suis encore en contacts avec René Bocchi et José Pasqualetti de l’époque où je jouais.


« Pour l’OL, peut-être que la solution serait un départ de Jean-Michel Aulas »


Que pensez-vous de cet OL version 2021-2022 ?

On constate qu’il y a clairement un Lyon à deux visages entre la Ligue 1 et l’Europa League. Le classement du club en championnat est quand même anormal compte tenu de la qualité qu’il y a dans l’effectif. Des joueurs comme Jérôme Boateng ou Lucas Paqueta ne sont pas n’importe qui. L’OL ne devrait jamais être dans le ventre mou de Ligue 1 ! Je ne suis pas à l’intérieur donc je ne pourrais pas expliquer ce qu’il se passe au club. Mais cela fait déjà plusieurs saisons que l’OL a les mêmes soucis. Les entraineurs et les joueurs passent donc on peut, peut-être se poser la question d’un problème avant tout extra-sportif.

C’est-à-dire ?

On imagine que le président Aulas a la mainmise sur le club. Vu les problèmes qui perdurent, il est peut-être temps de se poser des questions sur ce management. Pour le club, peut-être que la solution serait un départ de Jean-Michel Aulas. Il a fait des choses exceptionnelles mais force est de constater qu’aujourd’hui, le club a de vrais disfonctionnements au sein de sa structure. Et cela a forcément un impact sur le sportif. Quand je regarde certains matchs de l’OL, j’ai l’impression de voir des enfants gâtés. Comment peut-on tolérer un manque de motivation à ce niveau-là quand on joue pour un club avec les ambitions de l’OL ?

Comment voyez-vous la fin de saison de l’OL avec le quart de finale d’Europa League face à West Ham et une neuvième place en Ligue 1 ?

Ce paradoxe met en exergue le parcours en dents de scie du club. Et il symbolise parfaitement la saison lyonnaise. J’espère qu’ils iront au bout en Europa League car ce serait bien pour l’OL de remporter une coupe d’Europe. Mais, avec cette équipe, il est impossible de faire des pronostics. Ils sont capables de tout ! En Ligue 1, l’OL est à sa place et je pense que les Rhodaniens finiront dans le ventre mou. J’espère que, dès la saison prochaine, l’OL va revenir à ses valeurs en recrutant des joueurs qui ont envie au détriment de joueurs plus talentueux. Si l’on est pragmatique, l’OL a gagné son premier titre de champion de France avec des joueurs qui compensaient tout type de carences par l’envie et le collectif.

Dernière question, en tant que gardien, quel est votre avis sur Anthony Lopes ?

J’apprécie Anthony Lopes car c’est un portier vif, qui n’hésite pas à sortir pour se faire respecter. C’est ça un gardien pour moi ! Le rôle de gardien a tellement évolué depuis mon époque. Et pas forcément en bien. Aujourd’hui, on parle beaucoup de jeu au pied mais on en a perdu l’essence même du poste à savoir être le patron dans notre surface de réparation. Quand je vois des gardiens qui restent scotchés sur leur ligne de but, je suis stupéfait ! Depuis quand un gardien digne de ce nom n’effectue plus de sorties aériennes ? Surtout qu’aujourd’hui avec les entraineurs spécifiques, un gardien se doit d’être complet. A mon époque, c’était Alain Thiry mon entraineur des gardiens à l’OL. Certes, il envoyait des rafales de frappes mais on faisait très peu de séances spécifiques car ce n’était pas un spécialiste du poste.

9 commentaires
  1. Juninho Pernambucano - mer 6 Avr 22 à 16 h 54

    aucun souvenir , je ne savais même pas qu'il était la doublure de topalovic .
    Beaucoup d'aigreur , et dire autant de mal de robert herbin me dérange .

  2. XUO - mer 6 Avr 22 à 17 h 28

    Herbin était froid, y a qu'à demander à Lacombe ! Et il n'aimait pas beaucoup Lyon. Je me souviens d'une interview où on lui demandait ce qu'il appréciait à Lyon et il avait répondu " Gustav Mahler à l'Opéra. " A Sainté, il aurait toujours pu se gratter.
    Herbin et l'alcool. Je l'ai vu sortir d'une cave à Lucenay et j'avoue que ça m'avait surpris !
    Qu'a-t-il apporté à Lyon ? des sèche-cheveux dans les vestiaires qui en étaient dépourvus.

    Mais enfin, ce Jean-Michel Raymond n'avait pas que de bonnes fréquentations : les Corses ( C'est pour Dédé 69 ! ) Frédéric Dobraje ( et là je plaisante pas !)

    1. Juninho Pernambucano - mer 6 Avr 22 à 17 h 59

      ah je ne savais pas qu'Herbin était porté sur la bouteille . LOL
      Il avait pourtant la réputation d'un ascète .

  3. Dede passion 69 - mer 6 Avr 22 à 17 h 32

    Très honnêtement aucun souvenir de lui, et pourtant...
    De Topa, par contre , oui bien sur.

    Merci à lui d'avoir encensé Serge Chisa ,qui s'évertuait à jouer dans une équipe en pleine dérive.
    Hommage aussi à Alain Thiry, un amoureux et fidèle du club, qui a organisé plus tard, les stages pour les gamins à Hauteville Lompnès.
    ( Et où se fêtaient les anniversaires de Lacombe chaque 15 Aout ! Ça c'est pour Xuo ! )

    Cette période Herbin- Larios- Lacuesta, est la plus noire que j'ai connu à l'OL, une véritable infamie ....🤬

    Heureusement que le site et le forum n'existaient pas, terrible à vivre!!!

  4. Janot-06 - mer 6 Avr 22 à 17 h 43

    Pareil, aucun souvenir de ce gardien. Quant au passage de Herbin à l'OL, je dois dire avoir été extrêmement surpris quand il a été nommé tant l'étiquette de "vert" collait et collera toujours au "Sphynx" surnommé ainsi à cause de son flegme.
    Je veux bien y voir un pied de nez à l'époque à son club de toujours et le ressenti de J.M Raymond à son encontre n'est peut-être pas loin de la vérité...
    Après, il est toujours quelque peu dérangeant de voir quelqu'un dire du mal d'un grand joueur surtout quand celui-ci n'est plus de ce monde, encore qu'il "l'habille" pour son costume d'entraîneur "lyonnais"...

  5. XUO - mer 6 Avr 22 à 18 h 02

    Pas facile du tout le Sphinx ! Enfin cette appellation l'arrangeait, c'était l'étiquette qui masquait la distance.
    Il ne s'entendait pas du tout avec Bosquier. D'aucuns auraient voulu le voir en défense centrale, il avait une formidable détente. Il a refusé froidement et on s'est plié ! D'ailleurs Bosquier a rejoint l'OM avec Carnus sans se le faire dire deux fois.
    Pour finir, il a terminé sa vie en ermite, pas à Notre Dame de Lacombe ( ! ) , non, dans son immense maison froide. Bien triste tout ça ....

  6. Dufduf - mer 6 Avr 22 à 21 h 41

    Intéressante entrevue , je trouve, avec une brève évocation de Breton , autre gardien remplaçant qui aurait mérité d'être titulaire.

  7. Valbranque - mer 6 Avr 22 à 23 h 32

    Interview intéressante qui me fait entrevoir une époque un peu sombre de l’OL que je n’ai pas connu puisque je n’étais qu’un bébé.
    Raymond semble être assez rancunier mais son parcours sportif a forgé une mentalité lui permettant de faire une carrière professionnelle honorable avec une vie de famille qui semble tenir la route.
    J’imagine que des gardiens remplaçants frustrés, il en existe un paquet. Ils devraient se réunir en association pour se soutenir mutuellement lol!

  8. mmc1789 - jeu 7 Avr 22 à 0 h 11

    Au dela du ressenti d un gardien n2 dans un championnat avec 13 joueurs sur la feuille je trouve une vision très réaliste du foot et surtout de l'equipe vue de l intérieur ... les fantaisistes de l entraînement .. les fumeurs..

    Et côté Herbin .. je vois plus une lecture humaine et réaliste qu'une rancoeur .. herbin grand joueur .. mais grand entraîneur.. pas a Lyon !!! Et cela remet la statue du commandeur a sa place !

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