Le 9 juin 1961, Gerland accueillit le Santos de Pelé pour un match amical de Gala. Serge Marvalin, ramasseur de balle lors de cette rencontre, nous raconte ce jour particulier pour lui et pour l’Olympique lyonnais.
Il faisait beau en ce 9 juin 1961 à Lyon. Dans ce qui deviendra son mythique stade Gerland, l’Olympique lyonnais s’apprêtait à jouer un match pas comme les autres. En tournée dans toute l’Europe (on pourrait même dire en démonstration), Santos a posé ses valises dans le Rhône afin de disputer une rencontre amicale. Dans les rangs du club brésilien, on retrouvait Coutinho, Lima ou encore José Macia (surnommé Pepe), mais surtout Pelé. Décédé jeudi soir, le “Roi” réalisa un court mais ébouriffant passage sur la pelouse lyonnaise ce jour-là.
Âgé de 10 ans à l’époque, Serge Marvalin, joueur dans les catégories jeunes de l’OL, se souvient assez bien de cet événement très particulier. “On était toujours volontaire pour être ramasseur de balle. On ne l’était pas à chaque fois, il fallait s’être bien entraîné, avoir respecté les consignes du coach, nous précise-t-il en rigolant. Un jour, l’entraîneur nous dit qu’il y a un grand match de gala au moins de juin. Donc ceux qui auront bien performé, ceux qui auront été sages, seront choisis pour ce rôle, et j’ai été sélectionné.”
Santos, une équipe impressionnante
Pour le jeune Serge, cette équipe de Santos n’est pas totalement inconnue, mais presque. La seule information dont il disposait était que cette formation était particulièrement impressionnante. “On nous disait que cette équipe était énorme. Bien sûr, Santos ça ne nous parlait pas. Mais à les voir avec leur tenue blanche immaculée, c’était magnifique, se remémore-t-il. On nous avait prévenus que c’était une grosse cylindrée qui avait battu le Racing Paris, c’était bien meilleur que le meilleur club français.”
Si les réseaux sociaux d’aujourd’hui permettent d’être au courant de chaque éventuel futur “crack” du ballon rond, cela n’était pas possible en 1961. Néanmoins, Pelé avait déjà laissé une empreinte sur la planète football, qui deviendra encore bien plus grande par la suite. “A l’époque, il n’y avait pas les médias comme aujourd’hui. On avait entendu parler de Pelé. Mon père m’avait expliqué lors de la Coupe du monde en 1958 qu’un joueur était phénoménal au Brésil, nous confie Serge Marvalin. Et donc, quand on nous annonce qu’il vient avec Santos et qu’on pouvait être ramasseur de balle, on était fou de joie, mais sans avoir tout l’emballement médiatique.”
Comme il aimait le faire, le jeune joueur de l’OL était positionné derrière le but du côté de l’horloge pour cette affiche entre Brésiliens et Lyonnais. Entré avant les acteurs de la partie, il n’avait pas pu voir la légende de près avant le coup d’envoi. Mais après seulement quelques minutes, la magie opéra. “Je savais qu’il portait le numéro 10, qu’il était grand, mince, qu’il jouait bien de la tête et qu’il était merveilleux avec les pieds. Il était beau quoi. Quand je l’ai vu sur le terrain, il faisait des choses qu’on aurait aimé savoir faire. Je me rappelle qu’il essayait souvent de dribbler ses adversaires en tapant le ballon avec son talon. Il allait à une vitesse phénoménale. Il était n’hésitait pas à mettre la balle en l’air, il était facile, au-dessus du lot, détaille-t-il. On n'en voit pas fréquemment des comme ça, et moi-même, je n’en ai jamais vu. Il m’avait impressionné, j’avais l’impression qu’il avait tout. Il jonglait pendant les matchs.”
Pelé attirait tous les regards
A la pause, le score était de 3-2 pour Santos, et tous les regards étaient tournés vers celui qui deviendrait quelques années plus tard triple champion du monde. “A la mi-temps, Pelé avait déjà marqué un but. Tous les ramasseurs de balle se sont précipités sur lui. C’était comme des guêpes autour d’un pot de miel, raconte Serge Marvalin. Il était souriant, c’est l’image que j’ai gardée de lui. Il était tranquille. On le regardait avec des yeux admiratifs. Il n’était pas effrayé.”
Lorsqu’il évoque ce 9 juin 1961, le septuagénaire semble assez ému en se souvenant d’un fugace instant partagé avec “Le Roi”. “Je l’ai vu sortir à la 65e. Il a quitté la pelouse derrière les buts où je me situais. Il m'a fait un clin d’œil, un coucou avec un grand sourire. Ensuite, j’ai voulu aller le retrouver dans les vestiaires, mais on ne m’a pas laissé trop passé”, précise-t-il.
Sur le terrain, l’heure n’était pas à la fête pour l’Olympique lyonnais, finalement balayé 6 à 2, dont un doublé de Pelé. Mais cette formation brésilienne était tout simplement largement supérieure au club qui avait terminé 15e de D1 quelques jours plus tôt. “On avait pris une belle dérouillée, malgré (Fleury) Di Nallo, malgré (Marcel) Aubour. Je me souviens de lui qui pestait, s’amuse Serge Marvalin, particulièrement admiratif d’Aimé Mignot en son temps. Ils étaient trop forts pour l’OL. On avait l’impression que c’étaient des petits garçons à côté.”
Pelé et Santos étaient "beaux à voir" jouer
Le ramasseur de balle, alors ailier gauche et grand fan d'Angel Rambert pour cette raison, ne se souvient plus vraiment de l’ambiance dans les tribunes. Mais son père, présent ce jour-là à Gerland, lui avait conté que les supporteurs rhodaniens “n’étaient pas déçus que leur équipe ne gagne pas. Santos était trop fort, beau à voir… Il n’y avait pas de regret.”
Pour celui qui a passé 12 années au club entre ses 7 et 19 ans, cet événement restera un “bon souvenir, avec des images fortes” gravées dans sa tête. “La rencontre avait débuté en journée, mais elle s’était terminée lorsqu’il faisait nuit, et je me rappelle que ce fut une très bonne soirée, explique Serge Marvalin. Quel plaisir c’était d’avoir la chance d’observer un adversaire comme celui-là.” Voilà les vestiges qu’ont laissés Pelé et Santos à Lyon en cette année 1961.

Il n'est plus possible de poster des commentaires pour l'instant: Il y a trop d'abus et de dérives avec l'actualité