Paris FC – OL (Photo by Bertrand GUAY / AFP)

OL, OM, Paris FC : des incidents qui ont un impact sur Peter Bosz et ses joueurs

En quelques semaines, l’Olympique lyonnais a connu deux matches (contre Marseille et le Paris FC) arrêtés par la faute des supporteurs. Des incidents dont les joueurs et le staff pâtissent directement comme nous l’expliquent deux spécialistes de l’aspect mental chez les sportifs.

Plutôt séduisant en première période contre le Paris FC vendredi, l’Olympique lyonnais a vu son 32e de finale de la Coupe de France arrêté après des bagarres entre supporteurs, qui ont provoqué un envahissement de pelouse. Malheureusement, cela n’est pas une première pour lui, et il ne faut pas remonter si loin pour retrouver pareille mésaventure. Le 21 novembre dernier, le choc face à Marseille avait été définitivement interrompu après 3 minutes pour un jet de bouteille sur Dimitri Payet

Dans le flou concernant le sort de l’affiche de coupe, l’OL sait en revanche qu’il a perdu un point contre l'OM et que le match sera rejoué en 2022. En difficulté en championnat en raison de résultats décevants, il n’a pas besoin de ça pour connaître des moments compliqués. Surtout que cela touche directement les joueurs. “Oui bien sûr qu’il y a un impact, après cela dépend d’eux, et de comment ils le gèrent avec le staff et l'entraîneur. Ils sont aussi tributaires de leurs fans, effectivement. Ils s’entraînent, cela reste leur métier, ils y mettent beaucoup d’énergie, ils s’investissent. Tout cela doit donc engendrer de la frustration, de la colère et de la déception, énumère Alexandre Romieu, préparateur mental. Ça ne doit pas être facile.


Tout devient plus difficile au quotidien


Son confrère, Patrick Grosperrin va également dans ce sens. “Le football, c'est le gagne-pain des joueurs. Déjà que ce n’est pas simple de conserver une stabilité mentale et morale, on le voit de plus en plus chez les sportifs. Après, certains sont plus ou moins insouciants par rapport à tout ça. En plus, les résultats ne sont pas extraordinaires, il y a de la tension autour du club, les déclarations d’Aulas… Les footballeurs voient tout ce qui est dit, donc ils peuvent être impactés, fragilisés, tout dépend de l’expérience, du caractère... Cela rend le quotidien plus lourd, argumente-t-il. On est moins disponible pour bien s’entraîner, pour préparer les matches, tout cela trotte dans les têtes…Les athlètes sont un peu perdus, d’un côté, ils doivent performer, mais les rencontres s’arrêtent, il y a des polémiques, on leur en parle régulièrement…

Déjà fragilisé par les dernières performances de son groupe, Peter Bosz doit en plus faire avec ces soucis dont il se serait bien passé. “Avant même les incidents, le coach a commencé à remettre quelque peu en doute sa méthode. Il paraît honnête, c’est quelqu’un de bien, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Cela touche donc déjà un entraîneur et son staff. Bien sûr, lorsqu’on rajoute en plus à ça des tensions supplémentaires… Il y a également les données économiques avec une période difficile de ce point de vue là. Avec ces problèmes de supporteurs, il y a les huis clos, des matches reportés… Ils sont donc impactés par trois éléments de pression qui s'additionnent, relève Patrick Grosperrin. Ils ne doivent pas passer de très bonnes nuits en ce moment. On ne s’imagine pas la pression que représente le sport de haut niveau dans une discipline populaire. Ils sont en souffrance.


“Cela peut engendrer de la peur”


Tous ces débordements, auxquels il faut également ajouter l’entrée sur le terrain des “Daltons” lors de la rencontre face au Sparta Prague le 4 novembre, instaurent un climat anxiogène “Bien sûr car derrière, on peut tout imaginer. Notre cerveau a tendance à créer des scénarios ou des films des choses qui se sont déjà passées ou qui vont peut-être avoir lieu, explique Alexandre Romieu. Cela peut engendrer de la peur, de la nervosité en fonction des phases de jeu. On sent cette agressivité au niveau du public.

Les conséquences de ces actes malheureux peuvent se faire ressentir dans la vie de tous les jours pour les Rhodaniens. “Déjà, le quotidien est perturbé par tout ça. Les joueurs sont globalement moins heureux, moins sereins, plus tendus, le stress est présent. Ils sont dans un état de malaise presque permanent. Tout cela trouble l'appétit, la digestion, le sommeil, ce qui entraîne une perte des capacités globales du corps, détaille Patrick Grosperrin. Les approches de match sont plus douloureuses. La compétition s’appuie beaucoup sur la confiance, mais tout d’un coup, les choses deviennent plus difficiles. On a plus de mal à réussir, et si on rate, il y a du doute, on est moins libéré. La lucidité est elle aussi impactée.


Cela peut resserrer les liens du groupe


Malgré tout, au vu de la situation du club, un effet positif n’est pas non plus à exclure. Il existe une possibilité que les liens se resserrent dans le groupe. "Cela peut soit les enfoncer, soit inverser la spirale négative. Lorsqu’il se passe des événements forts comme ça, il se crée des réactions fortes dans un sens ou dans l’autre, assure Alexandre Romieu. La chute peut continuer et donc les difficultés s’accentuent, ou alors, cela conduit à de la motivation supplémentaire. On remarque souvent lorsqu’il arrive un événement assez important, que cela entraîne des réactions très puissantes car notre cerveau essaye de s’adapter. Cela varie en fonction de comment on le travaille et de comment on peut agir dessus. Il faut parvenir à utiliser ces incidents ou cet environnement pour se dépasser.” 

Pour cela, le préparateur mental basé à Lyon donne quelques axes à creuser afin de faire passer ce mauvais moment. “C’est important d’en parler. Il faut désamorcer cela avec eux dans le vestiaire, à l’entraînement, leur faire comprendre que c’est possible, que ça peut arriver, et qu’ils n’y peuvent rien. Ça va être plutôt une réflexion pour trouver comment amener les joueurs à se recentrer sur eux-mêmes, sur l’équipe, en essayant de faire abstraction de ces faits de jeu. C’est important dans ces moments-là de se concentrer sur ce qu’on arrive à faire, car l’environnement, on ne le contrôle pas. La communication est le point départ de tout ça, affirme Alexandre Romieu. Certains sportifs réagissent plus ou moins différemment, ils vont parvenir plus ou moins facilement à exprimer leur ressenti. C’est important d’après moi qu’ils soient accompagnés par des professionnels. Cela peut permettre d’extérioriser leur peur, leur appréhension…”     


Communiquer, la solution pour se libérer


Un conseil validé et approuvé par son égal. “Tout athlète professionnel devrait avoir au moins un entretien individuel par semaine avec quelqu’un pour parler. Il accumule des choses et ça devient de plus en plus lourd, certains peuvent en souffrir, révèle Patrick Grosperrin. C'est important qu’il soit dans les meilleures conditions. Il y a un boulot encore plus important de soutien moral. La parole est libératrice.

Un autre point enfin, et celui-ci concerne les spectateurs. Il se pourrait qu'en cette période de tensions, les hommes de Peter Bosz aient un ressentiment à leur encontre suite aux agissements de certains. “Effectivement. Il faut penser que pour le joueur, le supporteur fait partie de sa “famille”, or, si ma famille est contre moi, je vais avoir un ressenti, des émotions fortes contre ma famille car c’est un support important. Il peut même arriver que les athlètes se disent “on s’en moque des fans, on les éloigne de notre pensée”, et ça peut créer une cohésion plus forte, confirme Alexandre Romieu. Et bien sûr, lorsque ça va mieux, que l’environnement est plus positif, le regard des sportifs revient avec une bonne perception. Cela redevient quelque chose de stimulant et d'aidant.” 

En attendant, l’Olympique lyonnais doit retrouver son stade et son public mercredi pour la réception de Metz, le dernier rendez-vous de l’année. Ensuite, les coéquipiers de Léo Dubois pourront partir en vacances, loin de cette agitation et des tumultes des tribunes. Une coupure certainement bienvenue afin d’évacuer ces semaines très difficiles sur le plan sportif et mental.

2 commentaires
  1. Papoune9 - lun 20 Déc 21 à 16 h 19

    Et le PSG, aucune sanction de prévue pour ses supporters ?

  2. Papoune9 - lun 20 Déc 21 à 16 h 21

    Si c'est Lyon qui joue, on arrête le match, si c'est Nimes, on continue à jouer ! Si c'est le PSG ou l'OM, on ne voit rien !

Les commentaires sont fermés

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