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Gérard Bonneau : « Partir, c’était ma décision »

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Après vingt-cinq années de bons et loyaux services, Gérard Bonneau a décidé de quitter l’Olympique lyonnais pour le Servette Genève, où un nouveau projet l’attend. Marqué par ce quart de siècle à l’OL, le dénicheur de talents explique les raisons de son départ et évoque les méthodes qui ont fait sa réussite.

C’est dans une stupeur générale que l’Olympique lyonnais et ses suiveurs ont accueilli la nouvelle, fin mai. Le Servette Genève venait alors d’annoncer l’arrivée de Gérard Bonneau. Débarqué en 1983 à l’Olympique lyonnais en tant qu’éducateur, le dénicheur de talents quitte une première fois le club rhodanien en 1990, avant d’y revenir en 2000. Celui qui a repéré Lacazette, Fekir ou Martial, intègre alors le centre de formation de l’OL, avant de devenir responsable de la cellule de recrutement des jeunes en 2003. L’aboutissement d’une vie. Il quittera son poste en 2017 pour travailler avec Florian Maurice, au recrutement des professionnels. En Suisse, il occupera les mêmes fonctions que ce dernier, avec un œil sur l’académie. L’OL, de son côté, perd une de ses figures emblématiques.

Comprenez-vous que votre départ puisse être considéré comme une énorme perte pour l’OL ?

Personne n’est irremplaçable et je pense que j’ai fait mon travail sur Lyon. Je ne veux pas que l’on me considère comme quelqu’un d’irremplaçable. La personne qui va me remplacer sera dans le tempo. Je ne me fais pas de souci pour elle, elle continuera à mener cette politique autour des jeunes.

Après 25 années passées à l’OL, vous avez décidé de partir. Pour quelles raisons ?

Elles sont liées à l’affectivité que j’ai pour l’Olympique lyonnais, avant toute chose. J’ai toujours dit que ce serait moi qui ferait le choix de partir du club, parce qu’attendre qu’on vous dise que vous êtes trop vieux, qu’on est plus content de vous, c’est ce qui se passe avec d’autres personnes. J’ai eu tellement d’exemples autour de moi, que je me suis dit que je partirais en serrant la main à tout le monde avec seulement des bons souvenirs en tête. Je sais que ç’a contrarié certaines personnes, mais partir, c’était ma décision.

En avril 2017 vous aviez été affecté au recrutement des professionnels, où vous travailliez avec Florian Maurice. Ce poste vous convenait-il moins que celui de responsable de la cellule de recrutement des jeunes ?

En toute sincérité, j’aurai finalement voulu y aller plus tôt. Ça faisait deux ou trois ans que j’avais fait le tour sur l’Académie, il me manquait un second souffle. J’ai retrouvé ça avec les pros parce que c’est un autre travail. Je faisais des rapports sur des joueurs de très haut niveau. Ce qui m’a manqué, c’est peut-être la relation avec l’autre. J’ai besoin d’exister à ce niveau-là. Là, c’était vraiment un boulot de scout : j’allais voir des matches, je faisais des rapports et mon boulot s’arrêtait là.

Au Servette Genève, vous occuperez les mêmes fonctions que Florian Maurice à l’OL. Aviez-vous besoin d’un club qui vous confie ce genre de responsabilités ?

Oui, car j’ai besoin d’échanger. Je crois que dans le foot et dans le sport en général, il y a la compétition, mais on a aussi besoin d’échanger. J’échangeais déjà avec Florian (Maurice) à l’OL, parfois avec Bruno (Genesio), mais c’était le moment de couper après 25 années passées dans ce club. Pour tourner la page, le projet du Servette était idéal.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet du Servette Genève ?

Tout coïncidait dans ce projet. Je ne voulais pas partir trop loin de Lyon, mais je ne voulais pas travailler non plus pour un autre club français. Je viens en tant que « chef scout », des pros jusqu’aux jeunes. Avec humilité, je vais essayer d’apporter mon expérience pour aider le club, aussi, à conserver ses jeunes. Le club a un nouveau projet depuis deux ou trois ans, que la Fondation Rolex a mis en place, et veut renouer avec son histoire en remontant en D1. Je viens d’un grand club et je peux peut-être aider à structurer certaines petites choses.

« Il faut vraiment un projet humain pour un jeune »

Sans une carrière de joueur derrière vous, vous avez dû batailler plus que les autres pour être crédible…

Je suis issu du milieu amateur, j’ai passé des diplômes, j’ai un DES, c’est-à-dire que je peux être entraîneur adjoint d’une équipe professionnelle, et je me suis beaucoup investi. Je savais qu’il fallait que je sois très à l’écoute et travailler un peu plus que les autres. Je me souviens que je pouvais visionner deux fois le même match pour me faire l’idée de ce qu’un attaquant était vraiment. Recruteur, c’est vraiment un métier. J’ai voulu prouver que cette profession, ce n’était pas seulement s’asseoir sur un strapontin, regarder le match et faire un rapport. Connaître l’environnement d’un joueur, son mode de vie, c’était peut-être plus intéressant. J’étais attaché à tout ça. A un moment, je pense que j’ai modifié le rôle de l’observateur.

Vous avez aussi basé votre réussite sur un leitmotiv qui vous a toujours accompagné : « La force du recrutement c’est évaluer un potentiel.  » Expliquez-nous.

C’est exactement ça, savoir jusqu’où peut arriver un jeune et ne pas se baser sur ce qu’il est au moment où on l’observe. La réussite, aussi, c’est l’interrelation que l’on peut avoir dans son club avec les éducateurs, les directeurs du centre. On ne peut pas être recruteur et imposer des joueurs. A l’OL, il y a toujours eu cette confiance mutuelle.

Votre force a aussi été de repérer des jeunes joueurs issus de la région Rhône-Alpes…

C’était un projet mis en place par le club, mais il ne fallait pas non plus se fermer à ce qu’il se passe dans d’autres régions françaises. J’ai toujours dit qu’il fallait savoir ce qu’il se passe en France, lorsqu’il y a des générations moins fortes. J’avais donc un axe Paris-Lyon-Marseille, les trois grandes régions de foot, sur lequel je supervisais des jeunes. Je ne suis pas déçu des garçons que j’ai recrutés à l’extérieur. Anthony Martial, Alassane Pléa, Yassine Benzia, Jordan Ferri, Mouctar Diakhaby, ce sont des joueurs qui ont apporté quelque chose au club. Peut-être plus sur l’aspect financier que sportif pour certains.

Avant de proposer un projet sportif à un jeune joueur et à sa famille, vous avez toujours mis en avant un projet humain. Est-ce nécessaire pour garder les pieds sur terre et s’éloigner du foot business ?

C’est très important et j’espère que cela n’aura pas tendance à disparaître. Il faut vraiment un projet humain pour un jeune, il faut aussi un projet scolaire à sa juste mesure. Il faut avoir un projet de construction sociale avec des garçons et plus tard avec des filles. Il faut qu’il y ait une communion, un partage, il faut qu’ils connaissent d’autres gens qui ne sont pas des apprentis footballeurs. Il faut parler de tout mais surtout de ce qui peut être le mieux pour le jeune. L’argent est très présent aujourd’hui dans le football, mais cela n’est réservé qu’à une certaine catégorie. Si les familles souhaitent aller dans cette catégorie, il y a des étapes à franchir, il faut être patient. Malheureusement, l’argent fait rêver la famille mais pas forcément le jeune joueur.

Un cas comme celui de Willem Geubbels, qui a refusé de signer son premier contrat professionnel avec l’OL pour s’engager à Monaco, vous chagrine-t-il ?

Chagriner ce n’est peut-être pas le bon mot. Willem a 16 ans, a un tel profil, est en avance, mais il avait encore des choses à travailler. Les travailler dans sa région, près de sa famille, avec ses copains, ç’aurait pu être idéal pour lui. C’est un choix, on ne peut que lui souhaiter bonne chance. Si l’on est chagriné ou que l’on regrette, c’est parce qu’on aurait tellement voulu voir ce jeune grandir avec Lyon. C’est ça qui chagrine, pas sa décision.

Existe-t-il une méthode Gérard Bonneau en matière de recrutement chez les jeunes ?

Ça serait un peu frimeur d’affirmer qu’il en existe une (rires). Mais je vais être un peu prétentieux parce que le métier de recruteur est un métier que l’on ne peut pas enseigner. On peut donner un savoir-faire, mais le savoir-être vous appartient. C’est ma personnalité qui a fait que j’ai agis de telle manière. Je ne dis pas que c’est la meilleure des manières, mais faire passer des messages, nouer ou entretenir des relations, ça appartient à la personne. Ça ne s’apprend pas.

« Attirer Hatem Ben Arfa à Lyon, c’était fantastique »

Benzema, Fekir, Lacazette, Ghezzal, Martial, Tolisso, Umtiti, Ben Arfa, Gonalons, Grenier, vous les avez tous repérés. Avec le recul, lequel vous rend le plus fier ?

C’est difficile de répondre, j’aimerais les citer tous. Ce n’est pas celui qui me rend le plus fier, mais attirer Hatem Ben Arfa à Lyon, c’était fantastique. Ça ne faisait que deux ans que je travaillais à la cellule de recrutement des jeunes, lui était à l’INF Clairefontaine, il a vraiment fallu que je sois malin pour le faire venir. Je pense que je ne recruterai plus jamais de joueur de cette qualité-là. Il avait tout, même s’il n’a pas fait la carrière qu’il aurait dû faire. A l’époque, tout le monde le voulait. En le faisant venir à Lyon, j’avais bien démarré ma carrière de recruteur.

Votre plus grand regret restera-t-il celui de ne pas avoir réussi à faire signer Antoine Griezmann ?

Oui, j’avais même une personne avec moi à la cellule qui voulait le recruter à tout prix. Il faut quand même savoir qu’on lui a fait une proposition. Mais il était de Mâcon, donc il était de la région Bourgogne. Il n’avait donc pas le droit de venir à Lyon, puisque c’était à plus de 50 km de chez lui. Il fallait qu’il reste au moins jusqu’à ses 15 ans dans sa région. A l’époque, quand on le voyait à l’essai le mercredi après-midi, il y avait aussi Yannis Tafer. Comme il était de Grenoble, il avait le droit de signer. Chez les jeunes de 13 ans on avait déjà (Clément) Grenier, (Alexandre) Lacazette, Enzo Réale, (Xavier) Chavalerin, (Thomas) Fontaine ou (Sébastien) Faure, mais il y avait un couac au niveau de la réglementation pour Griezmann. S’il avait habité dans la région Rhône-Alpes, je pense qu’on le fait signer.

Votre grande réussite a été de faire revenir Nabil Fekir à 18 ans, alors que le club ne l’avait pas conservé lorsqu’il avait 13 ans….

Il faut savoir se remettre en question. Il peut y avoir des évaluations du recruteur à un moment, celle de l’éducateur sera peut-être différente. Mais quand j’ai vu Nabil rejouer après avoir quitté le club, je me suis dit : « Putain, il a toujours cette qualité technique et il a pris des jambes, de la vivacité, il est toujours aussi intelligent.  » On a su revenir sur notre décision. Quand on le voit aujourd’hui, c’est magnifique. En plus, il me le rend parce qu’il a toujours eu un sourire ou une pensée pour moi. Un peu comme Karim (Benzema). Ça me touche.

« J’ai l’impression que j’ai toujours appartenu à l’Olympique lyonnais »

Avec Florian Maurice et cette nouvelle politique d’achats de jeunes joueurs à fort potentiel, le club semble encore bien armé pour l’avenir…

Parce que Flo (Maurice) est très fort dans son travail. C’est lui le taulier chez les pros. Il a un regard sur les jeunes très intéressant, il aime le jeune, il aime les joueurs, il aime le football. C’est lui qui a mis en place cette politique. La grande difficulté, c’est qu’on ne peut pas garder ces jeunes-là très longtemps parce qu’ils peuvent prendre une valeur marchande en un an, comme (Tanguy) Ndombele.

Le recrutement de Timothé Cognat (en prêt) témoigne des attaches que vous garderez avec l’OL tout au long de votre vie…

Il est là et il est bien parti. Timothé va faire du bien au Servette Genève. De mon côté, je veux garder des liens, relancer des joueurs parce que je connais la valeur de ces jeunes. Je ne peux pas effacer 25 ans de ma vie comme ça.

Que retiendrez-vous de vos 25 années passées à l’OL ?

25 ans c’est un tiers de vie quelque part, même si j’espère vivre plus longtemps que 75 ans. Je sais d’où je viens, j’ai mis du temps à m’épanouir, à trouver une voie, je suis rentré à l’OL et j’ai appris mon métier. Ç’a été un bouleversement de rentrer à l’Olympique lyonnais, ça m’a donné une maturité que je n’avais pas. Ensuite, j’ai rencontré des gens d’une générosité extraordinaire. Enfin, j’ai un respect énorme pour cette institution, son président et surtout ses jeunes. Aujourd’hui, j’ai 65 ans et j’ai l’impression que j’ai toujours appartenu à l’Olympique lyonnais. Putain, j’ai eu une vie heureuse !

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