A l'occasion de la sortie de leur livre*, Pierre Ménès et Daniel Riolo ont accordé un long entretien à Lyon Capitale (en vente actuellement chez votre marchand de journaux). Olympique-et-lyonnais.com publie un bonus exclusif de cet échange.
Olympique-et-lyonnais.com : Quel regard portez-vous l’un sur l’autre ?
Daniel Riolo : Je ne le connaissais pas. Quand on apprend à le connaître, il devient sympathique. Dans le livre, on n’a pas toujours le même avis, mais la discussion a été enrichissante. De nous voir et de discuter, cela nous a rapprochés.
Pierre Ménès : On ne se connaissait pas beaucoup. Le style de Daniel étant assez cassant avec les gens qui ne sont pas de son avis, j’avais du mal à le supporter. Nous sommes les ambassadeurs d’un jeu de foot (Fifa 14), donc on a appris à se connaître et on s’est aperçus qu’on était aussi parfois du même avis, mais avec des manières de s’exprimer différentes.
Vous n’avez pas votre langue dans votre poche. Avez-vous le sentiment d’avoir une réelle influence ?
D. Riolo : Pierre est influent, les joueurs et les entraîneurs de Ligue 1 l’appellent. Il est écouté par le milieu du foot. Je suis également écouté, sauf que mes soutiens sont moins visibles. Ce sont davantage les “petites gens” du football qui me disent que je fais du bien, qu’il faut que je continue à exprimer mon avis pour faire bouger les choses. C’est un peu comme si on avait honte de me parler. Certains présidents de club vont m’appeler en douce pour faire passer des messages. Je ne sais pas si être influent cela veut dire faire bouger les choses. Je fais ce que j’ai à faire, j’écris mes livres, je dis ce que je veux dire. Mon émission est très écoutée, donc oui il y a de l’influence. Quand je parle aux gens du milieu, je vois qu’ils me comprennent. Je ne suis pas le vilain petit canard.
P. Ménès : Je n’ai pas le sentiment d’être influent, mais je suis obligé de le constater. Lorsque je vois Christophe Galtier, à l’issue du derby OL/ASSE (1-2), commencer à parler de moi**. J’ai la voix qui porte, dans une émission [Canal Football Club] avec une forte visibilité : la combinaison des deux fait du bruit.
Pierre, avec Bernard Lacombe, ce n’est pas le grand amour…
P. Ménès : Ça fait douze ans qu’il ne me serre pas la main. C’est une douleur avec laquelle je vis sans difficulté. Être en froid avec Bernard Lacombe, c’est comme être en froid avec Jean Tigana, c’est un gage de qualité dans le foot.
Jean-Michel Aulas est surnommé le “parrain” dans le livre…
D. Riolo : Oui, c’est le “parrain”. Qu’on l’aime ou pas, il est toujours en place. Je l’aime beaucoup, c’est le meilleur président de la Ligue 1. Il est habile et sait très bien communiquer.
P. Ménès : On peut dire ce qu’on veut de JMA, mais il est là depuis vingt-six ans. Je me souviens du match du titre en D2 contre Mulhouse (1989) : j’avais joué en lever de rideau, j’avais fait trois passes décisives à Domenech, même si lui ne s’en souvient même pas (rires). À l’époque, Lyon était considéré comme un club de loosers, ça a changé avec l’arrivée d’Aulas. Il a énormément de qualités, mais il est aussi très autoritaire, voire despotique. Parfois, je considère qu’il a tort. Et je n’hésite pas à le dire. D’ailleurs, je pense qu’il sait qu’il a mal géré le cas Bafé Gomis [l’attaquant a été écarté en début de saison]. Même s’il n’a pas agi de la sorte pour faire du mal à Bafé mais pour soulager son club. On me demande souvent si je suis réconcilié avec Aulas. Je réponds non, car je ne suis pas fâché avec lui.
Daniel, vous évoquez dans cet ouvrage les baskets siglées Bad Gones (association Kop Virage Nord) portées par Rémi Garde lors du derby. De manière générale, estimez-vous que les clubs français savent bien gérer leurs groupes de supporters, notamment les ultras ?
D. Riolo : C’est compliqué de contrôler les ultras, car ils se sont radicalisés contre le foot business. Lyon arrive bien à les caresser dans le sens du poil, ce n’est pas pareil partout. En Italie c’est une catastrophe. À Marseille, c’est un des éléments qui rend le club invendable. Garde a été démago en mettant des baskets estampillées “Bad Gones”. Si un mec du PSG met des baskets “Boulogne Boys” [groupe ultra parisien catalogué politiquement d’extrême droite et dissous en 2008] cela fait l’ouverture du 20h, il faut arrêter de prendre les gens pour des cons. À Nice, un joueur comme Alexy Bosetti [proche des ultras de la Brigade Sud] est certes sympathique mais il a juste des tatouages de bandits et de politiciens véreux.
Les supporters sont utiles dans les tribunes, mais il ne faut pas les acheter, il ne faut pas raconter de conneries non plus. Un ultra est par essence indépendant, violent. Tous les groupes d’ultras ont des noms guerriers, mais les clubs ont besoin d’eux, ils essaient de les récupérer. Je suis pour qu’ils existent, pour qu’ils supportent mais sans les débordements. Ils sont utiles à la culture foot. Les ultras sont extrémistes mais je ne les combats pas, leur mouvement me plaît. Simplement, il ne faut pas être hypocrite. Il faut arrêter de prendre les gens pour des cons !
P. Ménès : C’est clair que si Laurent Blanc avait porté des baskets “Boulogne Boys” ça aurait fait un scandale affreux. C’est très vaste, cette problématique des supporters : les forces de l’ordre font parfois de l’abus de pouvoir, mais les supporters ne savent pas se tenir ou sont parfois parano. Si la seule solution, c’est l’interdiction de stade, on ne va pas aller loin…
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* L’Explication – Clash Football Club, éd. Hugo & Cie, juin 2014.
** L’entraîneur de l’ASSE a déclaré après la rencontre OL/ASSE (1-2) du 30 mars 2014 : “J’ai écouté Pierre Ménès dire qu’on est des bouchers, on est venus faire du jeu, marquer des buts, j’avais des absents sur le plan offensif, j’ai opté pour cette organisation hier en toute confidence. Messieurs les supporters, je vous aime ! La couleur verte était là !”
Crédit photo : ©A.Galateau/Hugo&Cie.
Retrouvez le reste de l'entretien dans le mensuel Lyon Capitale daté de juin 2014 en vente chez votre marchand de journaux.
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