(Photo by JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

OL - Peter Bosz : "Joueur, j’essayais de ne pas perdre. Coach, je veux toujours gagner"

Le nouvel entraîneur de l’OL, Peter Bosz (57 ans), a une double mission : bien faire jouer son équipe et obtenir des résultats. Et, pour ce faire, l’ancien milieu de terrain, passé notamment par le SC Toulon, a de la suite dans les idées avec des préceptes de jeu clairement identifiés. Entretien avec un féru de football.

Olympique-et-lyonnais.com : Quel type de joueur étiez-vous ?

Peter Bosz : Le footballeur est complètement différent de l’entraîneur. J’étais milieu défensif, donc numéro 6. Je pense que j’étais solide, pas très technique ni rapide. Pas très grand, avec un mauvais jeu de tête mais j’avais une bonne vision du jeu.

Que reste-t-il aujourd’hui du Peter Bosz footballeur ?

À vrai dire, pas grand-chose. Ma mentalité d’entraîneur est différente de celle du joueur. En tant que milieu défensif, j’essayais plutôt de ne pas perdre. Maintenant que je suis coach, je veux toujours gagner. Ma philosophie d’entraîneur est axée sur l’offensif, avec un pressing très haut. Dans les équipes où je jouais, j’étais toujours focalisé sur l’équilibre défensif. Comme tacticien, je veux attaquer.

D’où vous vient votre passion pour le football ? Depuis votre plus jeune âge ?

Oui, j’ai commencé le foot à 5 ans. Je me rappelle, mon père n’avait pas de voiture à la maison, seulement une petite moto. C’est toujours comme ça qu’il m’emmenait à l’entraînement. Mon voisin de l’époque jouait dans un tout petit club amateur, où ils m’ont laissé m’entraîner. Je suis resté là-bas jusqu’à l’âge de 8 ans. Ensuite, j’ai commencé à jouer dans l’équipe du village où j’habitais. De nos jours, les enfants ont la possibilité de pratiquer différents sports. Chez nous, à mon époque, c’était uniquement le football. Mais moi j’aimais ça… (léger silence). Oui, depuis tout petit, j’aime le foot.


“C’est difficile à expliquer, c’est une douleur profonde”


Entraîneur, c’est une réelle vocation ? Vous aviez déjà envie de l’être lorsque vous étiez joueur ?

Absolument, c’est une vocation. Déjà aux Pays-Bas, j’ai intégré une école de sport, le CIOS. C’est là-bas que j’ai eu envie d’être entraîneur. J’ai passé mes diplômes très tôt. À 18 ans, je les avais presque tous, sauf l’UEFA Pro (la licence UEFA Pro est la dernière qualification pour les entraîneurs qui aspirent à un profil international).

Qu’aimez-vous dans vos fonctions d’entraîneur ?

Être le patron (rires). En tant qu’entraîneur, c’est à moi de trouver les idées et de décider, ça me plaît beaucoup. Comme joueur, tu as de l'influence sur le terrain alors qu’en tant qu’entraîneur, ce n’est pas toujours facile d’être sur la ligne de touche. C’est la grosse différence.

A contrario, qu’est-ce qui vous plaît le moins dans votre métier ?

Perdre. Ça me fait mal. Après les matches, je ne dors jamais. Qu’on gagne, qu’on fasse match nul ou qu’on perde, je ne dors jamais. Souvent, je visionne à nouveau la rencontre sur mon ordinateur. Mais quand je perds, même des petits jeux à l’entraînement, ça me fait vraiment mal. C’est difficile à expliquer, c’est une douleur profonde. Ça me fait chier ! (Éclats de rires).


“La manière est aussi très importante pour moi”


“La qualité sans les résultats ne sert à rien. Les résultats sans la qualité c’est ennuyeux.” Cette célèbre citation de Johan Cruyff correspond bien à votre défi à l’OL : vous prônez un jeu offensif mais vous devez également obtenir des résultats...

Vous pouvez répéter cette phrase (sourire). Elle est juste. Moi, je tiens à ma philosophie. J’estime qu’on joue au football pour les supporteurs. Je comprends bien que certains veuillent juste gagner, c’est important. Mais pour moi, ça ne suffit pas. Je veux gagner sur le modèle du troisième but de Lucas Paquetá (face à Clermont, 3e journée de Ligue 1, 3-3). Ce but-là m’a fait plaisir, en tant qu’entraîneur, mais j’imagine aussi aux supporteurs. C’est le vrai foot, une ou deux touches, tout le monde en mouvement. Bien sûr, il faut gagner. Mais la manière est également très importante pour moi.

Donc si vous gagnez un match, mais que votre équipe joue mal, vous ne serez pas content ?

À moitié (sourire). On est dans une phase de début de saison, je sais que les points vont venir quand on commencera à mieux jouer. J’en suis sûr. Je cherche toujours à faire un jeu au top niveau. Face à Clermont (en août), ce n’était pas ça, car on a encaissé deux buts sur corners. On doit être mieux organisé.

Qu’attendez-vous concrètement de vos joueurs pendant 90 minutes ?

Énormément. D’être concentrés à 100 %, de travailler très dur, de tout donner. On essaye de mettre une organisation en place, tout le monde doit adhérer à cette manière de jouer. Si tu défends avec 11 joueurs devant ta surface, ce n’est pas pareil que lorsque les 11 joueurs sont dans le camp adverse.

Un entraîneur doit-il modifier ses idées s’il s’aperçoit que ses joueurs ne parviennent pas à mettre en place la philosophie souhaitée ? Ou alors pensez-vous qu’il doit aller au bout coûte que coûte ?

Il y a plusieurs choses. Il faut être en phase avec le club. Avant de signer ici, j’ai discuté avec le président (Jean-Michel Aulas), Vincent Ponsot (le directeur du football) et Juninho (le directeur sportif), ils m’ont demandé de mettre en place un jeu offensif. Ensuite, tu dois composer avec les joueurs de ton effectif. Avec eux, il faut choisir un système de jeu. La philosophie est offensive mais le système dépend toujours des joueurs dont tu disposes. La préparation a été importante pour ajuster les choses. Lors du match contre Clermont, j’avais décidé d’aligner deux numéros 6 et pas un seul. J’ai finalement changé et cela a permis de mieux nous stabiliser dans le milieu du terrain.

Peut-on être un puriste du football et utiliser les nouvelles technologies comme la data, les données GPS, les statistiques ?

Il y a des choses intéressantes. Par exemple la vidéo. Je me rappelle quand j’étais joueur, mes entraîneurs me demandaient de jouer plus haut. Je leur disais que j’étais plus haut, mais eux disaient que non ! Aujourd’hui, je peux dire aux joueurs : “Regarde où tu es.” C’est une bonne technologie, elle est utile. Effectivement, il y a aussi beaucoup de datas. Moi je les utilise quand j’en ai besoin, quand je veux convaincre les joueurs. Mais le plus important pour moi restera le jeu, et j’espère que la data me donnera raison. Dans ma philosophie, la data n’est pas primordiale. Je sais que d’autres clubs utilisent davantage la technologie. Ça me rappelle le film Moneyball [Le Stratège, en français, est un film basé sur l’histoire vraie de l’ancien joueur de base-ball Billy Beane, qui utilise une approche statistique dite sabermétrique, dans le but de fonder un groupe compétitif malgré un budget très restreint par rapport aux grandes franchises des ligues majeures de base-ball, NdlR]. Je crois qu’il travaille dans le foot, notamment à l’AZ Alkmaar aux Pays-Bas.


“Le plus important pour moi restera le jeu”


On a le sentiment que ces dernières années, les joueurs ont de plus en plus de mal à gérer leurs émotions. Il y a une défaillance sur le plan mental. Est-ce que c’est aussi votre constat ?

Oui. En même temps, je trouve ça logique. On évoquait mon passé de joueur tout à l’heure. À mon époque, ce n’était pas télévisé. Aujourd’hui, tout est diffusé. L’OL a sa propre chaîne, avec du contenu quotidien. Les joueurs sont connus, gagnent beaucoup d’argent. Même à 17-18 ans, ils doivent toujours gagner. C’est énormément de pression. Je comprends que cela ne soit pas toujours facile, beaucoup de gens gravitent autour des joueurs et leur mettent la pression : la famille, les agents. On a un nombre important de matches, il faut tout le temps gagner, sans être blessé. Je comprends que mentalement ce soit difficile, ce n’est pas donné à tout le monde. Et c’est notre boulot de les aider.

À ce sujet, que pouvez-vous mettre en place ? Travailler avec des préparateurs mentaux ?

Je travaille avec des personnes qui peuvent nous aider sur le plan mental. Mais en même temps, je pense qu’il faut être prudent. Il ne faut pas tout régler pour les joueurs. Quand je regarde les académies aux Pays-Bas, les jeunes sont conduits au centre par une voiture du club, puis reconduits chez eux après. Ils ont leurs propres chaussures, leurs tenues, tout est organisé. Mais une fois sur le terrain, personne ne peut faire le travail à leur place. Je ne suis pas du genre à dire que c’était mieux avant, car c’est faux, à chaque époque, il y a de bonnes et de mauvaises choses, mais à mon avis, on en fait trop pour les jeunes joueurs, ils sont surprotégés. J’ai préféré vous parler des Pays-Bas car je viens d’arriver en France mais je pense que c’est pareil ici.

Tout à fait. D’ailleurs, c’est souvent ce que reprochent les gens à l’extérieur, les supporteurs. Que d’une manière générale, les joueurs sont dans leur bulle, qu’on leur donne tout, et du coup, ils se retrouvent en décalage avec le monde réel...

Oui, il faut faire attention à cela.

Souvent les footballeurs français se plaignent de trop travailler en France. En revanche, lorsqu'ils partent à l’étranger, leur regard change complètement, et ils se mettent à travailler davantage sans broncher...

Je pense vraiment que ça ne vient pas que des joueurs français. Les joueurs hollandais font exactement la même chose. Comme on dit aux Pays-Bas, on pense souvent que : “la pelouse de notre voisin est toujours plus verte que la nôtre”. Vous dites la même chose ici, non ? C’est une bonne expérience pour les joueurs de partir à l’étranger, pour voir qu’il faut travailler dur de partout. C’est vrai que les joueurs ont tendance à mieux l’accepter lorsqu’ils jouent à l’étranger.

Au niveau de l’académie de l’OL, est-ce important pour vous que les jeunes jouent de la même manière que l’équipe professionnelle ?

Dans la philosophie, oui. Dans le système, c’est impossible parce que cela dépend des joueurs. Ils doivent apprendre à jouer avec des systèmes différents. Depuis mon arrivée, je n’ai pas eu le temps de tout voir, mais si des personnes de l’académie me demandent des choses, bien sûr que je leur donnerai mon avis. J’ai vécu des expériences dans plusieurs clubs mais surtout dans des pays différents. L’académie de l’Ajax n’est pas la même que celle de Leverkusen ou Dortmund. Dans mes anciens clubs, je prenais le temps de discuter avec tous les entraîneurs des jeunes.

Pour vous l’OL est un projet à long terme ?

Bien sûr, en tant qu’entraîneur de l’OL, j’ai une vision à long terme. Mais à court terme, je dois gagner des matches. Il faut un équilibre entre les deux. Je ne peux pas être plus clair.


“J’ai une vision à long terme”


Avec Juninho (directeur sportif), vous êtes sur la même longueur d’onde ? Vous parlez le même langage football ?

Déjà, Juni était un bien meilleur joueur que moi ! (rires) Même si cela fait peu de temps que je suis ici, je parle avec lui tous les jours. C’est un passionné, il sait repérer les talents. On travaille très bien ensemble.

On le sait, c’est une donnée importante l’entente entre un entraîneur et un directeur sportif…

En 2006, j’ai été moi-même directeur sportif à Feyenoord. Après six années passées là-bas, ils m’ont appelé pour venir aider le club. J’ai passé trois ans au poste de directeur sportif. C’est là que j’ai vu que si l’entraîneur ne veut pas communiquer, il y a beaucoup de stress. La communication entre le coach et le directeur sportif est très importante. Ensuite, je suis redevenu entraîneur et j’ai investi beaucoup de temps pour bien communiquer avec mon directeur sportif. Ça m’a énormément apporté.

En parlant de stress, peut-on dire qu’entraîneur est un métier de fou ?

Déjà en tant que joueur j’étais passionné. Mais quand tu rentres après un match, il y a les enfants, ta famille, tu oublies un peu le foot. Lorsque tu es entraîneur, c’est impossible. Tu rentres à la maison, tu regardes encore le match, tu t’interroges. Le directeur sportif t’appelle, tu passes des coups de fil, c’est très différent. Malgré tout, j’aime mon métier.

C’est une sorte de drogue…

(Il est surpris par le terme utilisé.) De la drogue ? Cela a la même signification qu’aux Pays-Bas (éclat de rire général). Je vais vous dire quelque chose. Parfois, on a envie de passer du bon temps, d’être auprès de sa famille, de sa femme et de ses petits-enfants. Mais me concernant, je finis très vite par tourner en rond, ça me manque et je suis pressé de retrouver mon travail d’entraîneur. Bon ne le dites pas à ma femme (rires).

3 commentaires
  1. GoNL - lun 30 Août 21 à 9 h 44

    Exceptionnelle cette interview, qui mériterait une très large audience: l’Equipe n’aurait pas fait mieux et de sûr beaucoup plus superficiel.
    Il a l’aura pour faire adhérer tout le monde à son projet, je me demande comment ça se passe en interne, s’il est (vraiment) suivi..

  2. westkanoute - lun 30 Août 21 à 22 h 30

    Oui,merci .
    Très belle et bonne interview de péter.
    Question à razik:
    Les infos mercato viennent des journalistes de l'équipe ou d'autres médias, vous qui êtes aussi proche du club, vous ne donnez pas les infos par déontologie ou parce que vous n'avez pas la source comme eux?

  3. Razik Brikh - mer 1 Sep 21 à 23 h 27

    Très bonne question. Il y a plusieurs raisons : le réseau des agents (ils vont préférer parler à un média national et, qui plus est, au seul quotidien sportif. Il faut aussi accepter certains compromis d'où les nombreuses fausses infos + "faire monter la sauce" à propos de leurs joueurs ("portrait de la pépite x, y"). Idem pour les clubs. Mais c'est aussi une histoire de moyens humains : appeler les agents, les proches des joueurs, des directeurs sportifs, dirigeants... il y a des spécialistes mercato dans ces rédactions nationales, c'est plus compliqué pour la presse locale.

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