Touchée par une tumeur maligne en 2024 à seulement 23 ans, Mala Grohs a réussi à vaincre la maladie. Très ouverte sur le sujet, la nouvelle gardienne d'OL Lyonnes a appris à relativiser dans la vie et en tire une force désormais.
Comment vous vous sentez dans ces premières semaines à OL Lyonnes ?
Je me sens bien. Je me sens très bien. C'est facile d'arriver et de se sentir à l'aise, tout le monde aide beaucoup et il y a une bonne atmosphère. Mais, c'est bien que la compétition a repris à Fleury. La pré-saison, c'est bien mais rien ne remplace la compétition.
C'est votre première fois en Allemagne. Avez-vous ressenti une certaine appréhension ? Se dire "est-ce que je vais m'intégrer rapidement" ?
Un peu, mais je pense que c'est normal quand tu découvres un nouvel environnement. Mais, j'avais eu de bonnes sensations quand j'avais visité les infrastructures avant de signer et je me sentais très prête à faire quelque chose de nouveau. Parce que j'ai été au Bayern Munich pendant sept ans et c'était le bon moment. Je suis juste heureuse.
Vous avez fait sensation lors de votre "bizutage" avec votre guitare. Cette semaine en Allemagne était crucial pour vous et les nouvelles joueuses de se concentrer sur la nouvelle saison et d'être intégrée à 100%?
Je pense que oui. C'est toujours bien de passer du temps ensemble pour les nouvelles joueuses. C'est parfait. Vous pouvez voir comment tout le monde fonctionne que ce soit sur le terrain ou en dehors. Voir comment les joueuses sont. Vous avez une meilleure sensation de comment l'équipe fonctionne donc ce stage a clairement aidé.
"J'ai rapidement vu cette mentalité de gagnante à OL Lyonnes"
C'est sûrement plus facile avec deux autres nouvelles joueuses, Salma et Caro, pour ne pas être la seule "petite nouvelle" ?
Oui, ça a été un plus. Mais tout le monde s'est bien occupé de nous. Certains parlent un peu allemand, d'autres anglais donc il y a toujours un moyen de communiquer même avec autant de nationalités donc c'est sympa. Mais oui, c'est bien de ne pas être la seule recrue (sourire).
Est-ce que vous avez des amitiés qui se sont créées depuis quelques semaines?
On commence petit à petit à se découvrir toute. On a déjà fait un café en dehors de l'entraînement, on discute beaucoup lors des repas, donc tout se met en place.
Sur vos réseaux sociaux, on voit que vous vous baladez à vélo beaucoup dans la ville. Est-ce que vous avez des endroits préférés?
J'aime beaucoup la ville. J'ai vu que les étudiants étaient de retour depuis quelques jours donc c'est un peu plus vivant, c'est sympa, j'aime ça. J'aime bien sortir le soir le long des quais et voir tout ce monde partager des moments. Il y a de la musique, j'aime bien.
Le prochain match sera ce samedi au Parc OL contre le Paris FC. Est-ce que vous êtes excitée de jouer dans ce stade?
Oui, j'y ai joué auparavant avec le Bayern Munich, donc c'était un peu différent (rires). Mais j'ai hâte d'être samedi, ça va être un gros match contre le Paris FC. Ca va être sympa de sentir l'atmosphère, de se sentir chez soi avec les supporters. Il n'y a rien de mieux que de se sentir comme à la maison. Donc j'espère qu'il y aura du monde (coup d'envoi à 13h30).
Est-ce que vous avez joué à l'Allianz avec le Bayern?
Oui, mais seulement pour des matchs importants, pas régulièrement.
"Je veux avoir le plus de liberté possible"
C'est important pour vous et pour toutes les joueuses dans le développement du football féminin?
Oui, c'est très important. Bien sûr, plus de gens peuvent venir, mais ce n'est pas le plus important. Si vous jouez dans un stade petit, à l'extérieur, au milieu de nulle part, où vous n'avez pas l'impression que vous n'êtes pas importantes, c'est ça le plus dérangeant. Cela donne plus de sens et d'importance aux matchs. Avoir des vestiaires à la hauteur, une bonne atmosphère, mais aussi une qualité de diffusion pour ceux qui regardent le match à la télé. C'est différent si le stade est grand.
Vous venez de quitter l'un des plus grands clubs en Allemagne. OL Lyonnes est à un niveau encore au-dessus chez les filles. Avez-vous remarqué des similitudes ou des différences?
Oui, il y a un peu des deux. Parfois, les choses sont un peu pareilles. J'ai retrouvé un "standard" qui devrait être comme ça de partout, avec un très haut niveau de professionnalisme. Ici, c'est à un niveau au-dessus, car on se concentre uniquement sur OL Lyonnes. Au Bayern Munich, on faisait partie d'un grand club connu dans le monde entier, mais on était une partie. Ici, tout est focalisé sur l'équipe. On attache de l'importance à ce que vous faites et j'aime ça.
Vous sentez l'esprit de victoire?
Oui, bien sûr. Vous pouvez le voir dès l'entraînement. Tout le monde rentre sur le terrain pour gagner.Je pense que c'est l'une des spécialités de l'équipe.
"Je ne pense pas être différente qu'avant. Juste un peu plus de recul"
Vous avez signé seulement pour un an. C'est un choix de votre part ?
Oui, c'est quelque chose d'important pour moi. C'est plus par rapport à mon histoire. J'ai eu des années difficiles et je suis très contente de ce qui se passe maintenant. Mais à ce moment-là, j'ai réalisé que je fais du sport parce que j'aime le sport. C'est juste pour moi. Je veux avoir le plus de liberté possible et je pense que je suis très heureuse d'être ici et de pouvoir jouer comme j'ai toujours aimé le faire. Je ne pense pas trop à l'avenir. J'ai suffisamment planifié pour avoir un bon ressenti, pour ne pas avoir peur de ce qui se passe. Mais aussi de ressentir la liberté que j'ai après mon retour.
Vous parlez d'une histoire unique. Elle l'est avec cette tumeur diagnostiquée en novembre 2024 et que vous avez vaincue et elle peut donner de l'espoir aux autres. Comment l'avez-vous vécue ? Et maintenant, comment regardez-vous sur cette expérience?
Je suis juste très reconnaissante de ce qui s'est passé. Depuis le moment où j'ai reçu mon diagnostic, j'ai eu de la chance. .J 'étais un peu mieux. J'ai eu plus de bonnes nouvelles. Je n'ai pas eu de retombées, je suis très contente. Mais ça a changé un peu la façon dont j'ai vu la vie. J'apprécie tous les moments que j'ai à la maison avec ma famille. Je prends le temps de faire ce que je veux. Mais en même temps, ce n'est pas comme si plus rien n'était important dans la vie. C'est juste plus facile à appréhender.
En quoi la Mala d'aujourd'hui est-elle différente de celle d'il y a deux ans ?
Peut-être un peu plus sage, mais je me sens très similaire. Je m'occupe de mon football. Je m'occupe de mes études. Ça n'a pas vraiment changé. Peut-être quand il y a une mauvaise période ou quelque chose de mauvais, je prends un peu plus de recul. Mais Mais je me sens assez similaire, pour être honnête.
"Tout le monde veut ramener la Ligue des champions"
Vous êtes très ouverte sur le sujet sur vos réseaux sociaux. Vous montrez votre cicatrice. Est-ce aussi une thérapie ou une façon d'aider d'autres à se battre contre ça?
Pour moi, ce n'était jamais une question que je voulais que tout le monde connaisse. Au début, c'était plutôt de ne pas avoir trop de questions parce que quand vous êtes absente et que vous ne jouez plus, les gens vous demandent "mais qu'est-ce qu'il se passe ?". Je voulais qu'ils le sachent, mais je n'attendais pas des réactions négatives ou autres. Mais bien sûr, j'ai reçu de nombreux messages de gens qui m'ont dit que je les aidais et c'est agréable. Je me sens vraiment heureuse que je puisse aider un minimum.
On en parle parce que c'est un sujet sérieux. Mais n'est-ce pas parfois frustrant de ne parler que de ça ?
Je suis heureuse d'avoir pu retrouver la compétition, je suis contente d'être en bonne santé et de ne plus y penser. Ma santé reste ma priorité, mais ce n'est pas ennuyant de revenir dessus. J'ai toujours des "checks" à faire chaque mois, ça revient toujours dans ma vie, chaque mois, ça fait partie de moi maintenant, mais j'essaye de ne pas donner trop d'espace.
Quand vous êtes revenue sur le terrain, votre premier match a été contre OL Lyonnes avec un penalty arrêté. Est-ce que vous vous imaginez deux ans plus tard signer dans ce club et avoir un tel chemin ?
Non, bien sûr (sourire). C'est un bon souvenir dans ma mémoire mais je ne savais pas. J'étais juste heureuse de revenir sur le terrain. C'est bien de revenir au Parc OL et d'être de l'autre côté maintenant parce qu'on n'avait pas gagné. J'apprécie tout ce chemin et d'être là désormais.
"Important de montrer qu'on peut compter sur moi"
Quels sont les objectifs personnels et collectifs pour cette saison à venir ?
Pour l'équipe, c'est facile. On doit gagner, on veut gagner. Pour moi, c'est une nouvelle expérience d'ajouter mes compétences à une autre équipe et de les développer dans un autre contexte avec de nouvelles techniques de travail. C'est un grand défi. Mais cette équipe n'a plus gagné la Ligue des champions depuis longtemps et j'ai vraiment l'impression que tout le monde a cette idée en tête. Je suis contente de faire partie de ce projet et je veux jouer un rôle, tout en continuant à m'améliorer. C'est aussi pour ça qu'il était important de montrer au coach durant les matchs amicaux qu'il peut compter sur moi. C'est bien pour ma confiance et celle du staff.
Quelle est votre relation avec Christiane (Endler), qui est ici depuis longtemps ?
C'était vraiment agréable de la rencontrer. Je l'ai beaucoup vu à la télé. Elle a fait une très belle carrière et est l'une des meilleures gardiennes du monde. C'est important d'apprendre des meilleurs et de voir aussi quelques petites choses que je peux lui donner et inversement. C'est important de nous pousser dans les séances d'entrainement. On a passé beaucoup de temps ensemble, juste pour un peu de plaisir, c'est aussi important.