Après presque deux ans sur le banc de l'Olympique lyonnais, Paulo Fonseca s'apprête à quitter le club. Dans Tant qu'il y aura des Gones, Aulasinho et Nicolas Puydebois ont dressé le bilan de son passage, avec un travail de reconstruction réussi et des rendez-vous manqués.
Le passage de Paulo Fonseca à l'OL aura finalement clivé beaucoup de personnes. C'est un passage qui laisse un sentiment partagé. Pour notre chroniqueur Aulasinho et notre consultant Nicolas Puydebois, malgré les regrets liés à certaines rencontres, ils reconnaissent que le portugais a apporté des choses à l'OL. L'ancien gardien lyonnais est plus exigeant et n'a pas hésité à remettre en cause ses choix tactiques dans les moments importants.
Un travail de reconstruction salué
Pour Aulasinho, le contexte dans lequel Paulo Fonseca a pris les commandes de l'équipe mérite d'être pris en compte. Arrivé dans une période compliquée, le Portugais a notamment dû reconstruire un groupe qui venait de se séparer de Pierre Sage. "La vérité, c'est que le bilan est plutôt bon en fin de saison. Il nous qualifie en Ligue Europa", rappelle-t-il, avant de souligner que Paulo Fonseca est resté après le départ de John Textor pour repartir de zéro.
Notre chroniqueur reconnaît néanmoins quelques rendez-vous manqués et une remise en question difficile, qu'il n'a pas réussi à corriger. Il tient toutefois à préciser : "Sur le global, moi, je n'ai pas d'animosité envers Paulo Fonseca." C'est un constat partagé par Nicolas Puydebois, qui a salué ses qualités de bâtisseur. "Quand il peut avoir la main, le pouvoir et l'autorité sur son équipe, sur ses joueurs, il arrive à bâtir des choses avec très peu de moyens", estime-t-il.
Des changements tardifs et des rendez-vous manqués
Notre consultant a toutefois pointé les limites de Paulo Fonseca dans la gestion des rencontres. "Ce que je peux lui reprocher, c'est ses lectures de match. Il avait beaucoup de mal. Ses choix de changements, toujours très tardifs, n'étaient pas les bons selon moi. Il n'arrivait pas dans le bon timing, avec le bon joueur." La semaine des confrontations face à Manchester United et Saint-Étienne en avril 2025 lui reste en travers de la gorge. "En une semaine on a tout perdu", regrette-t-il. Toutes les rencontres qui sont allées dans l'irrationnel se sont mal terminées et ont également été évoquées. Il a résumé son sentiment par une formule sévère : "Je vais être un peu méchant mais il est faible avec les forts et fort avec les faibles".
Les chiffres qui nuancent son bilan
Paulo Fonseca quitte donc l'OL avec 47 victoires, 12 matchs nuls et 24 défaites en 83 matchs. Il affiche une moyenne de 1,83 point par match, avec 159 buts inscrits et 105 encaissés. Il occupe la dixième place du classement des entraîneurs lyonnais selon cette moyenne. Son passage aura malheureusement été marqué par des éliminations et des mauvais moments. Son palmarès à l'OL se résume à un maigre quart de finale de Coupe de France et de Ligue Europa, un huitième de finale de Ligue Europa l'an dernier et une quatrième et sixième place en Ligue 1.

Rien en dehors du minimum syndical
On en a déjà beaucoup parlé.
Un tacticien hors-pair pour analyser les adversaires et construire des plans rigoureux qui fonctionnaient quand on restait maître du scénario.
De Benjamin André à Coco Tolisso, beaucoup de ses anciens joueurs semblent avoir appréciés son approche du foot minutieuse, rationnelle et cérébrale. Mais seul problème : doté d'un cerveau gauche particulièrement développé (logique, rationnel) il lui aura manqué un cerveau droit (intuitif, créatif) qui me semble aussi important (voire plus important), pour faire un bon coach. Fonseca faisait la chasse au hasard, à l'incident, à l'aléas. Pour lui le foot était une équation de maths.
On aura vu un entraîneur dogmatique, rigide, incapable de modifier le cours d'une rencontre, incapable aussi d'accepter la critique, et signataire (à l'arrivée) d'une cascade de plantades - principalement dans les matchs les plus décisifs où ce sont précisément les parts créatives et intuitives qui peuvent permettre de faire la différence face à des adversaires coriaces.
Pour moi, Fonseca c'est définitivement l'anti-Sage, car Pierrot - tout en étant un entraîneur très fin et intelligent dans son approche et ses analyses - avait aussi le don de faire basculer les choses de notre côté, en renversant souvent des matchs et en provoquant la folie et l'irrationnel qui rendent ce sport parfois si magnifique. On se souvient tous de ses matchs de dingues où Sage remontait 2 ou 3 buts... alors qu'on aura vécu l'inverse avec Fonseca qui ne parvenait presque jamais à inverser une tendance. Pour lui le plan était le plan, et si ça ne fonctionnait pas comme il l'avait conçu, il semblait incapable de le modifier... Au fond il n'avait rien d'un méditerranéen. Pour faire dans les clichés, il ressemblait plutôt à un allemand trop fortement structuré rationnellement à qui il aurait manqué une part de folie joyeuse et nécessaire (une sorte d'Emmanuel Kant du football).
Pour l'anecdote je me souviens que Sage disait que sur un plan comptable le match nul n'avait aucun intérêt, car 1 point c'est plus proche de 0 que de 3 points. A l'arrivée les équipe de Sage, durant ses deux mandats à Lens et Lyon, ont fait très peu de matchs nuls, car il mettait tous les ingrédients pour gratter la victoire, même en prenant des risques, en faisant volontairement dévier le plan pour donner le tournis à l'adversaire.