Romain Sartre
L’ancien joueur de l’OL, Romain Sartre / (Photo by PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP)

Romain Sartre : "J’avais trop de respect pour Edmilson, Müller et Caçapa pour leur prendre leur place" (1/2)

Lyonnais de naissance, Romain Sartre a réalisé toute sa formation à l’Olympique lyonnais avec en point d’orgue cinq matchs disputés en équipe première. Champion de France 2004 mais barré par une concurrence féroce à son poste, le défenseur central a ensuite connu une belle carrière à Laval, Sedan, Lens, Tours, Châteauroux ou encore Nîmes. Agé aujourd’hui de 39 ans, il nous conte ses souvenirs à l’OL.

Olympique-et-Lyonnais.com : Romain, vous êtes né à Lyon en 1982. Comment avez-vous été repéré par l’Olympique lyonnais ?

Romain Sartre : Je suis effectivement natif de Lyon mais j’ai débuté le football au club de Parcieux devenu ensuite le FC Bords de Saône. Là où mon fils joue actuellement d’ailleurs. Ma famille n’était pas très ballon. Je me suis orienté vers le football car le père de mon voisin était un véritable passionné. Puis à force de faire des tournois et d’affronter l’OL, j’ai été contacté pour rejoindre le club. Ce sont Pierre Navarro, qui est décédé récemment et Ferdinand Ferrari, également éducateur au club, qui m’avaient repéré. C’était en 1992, j’étais alors âgé de 10 ans. Après ce contact, j’ai effectué une semaine d’entrainement avec l’OL et j’ai été gardé. Mais à cette époque, je n’avais vraiment aucune connaissance du club, surtout qu’il n’y avait pas Internet (rires).

Vos parents n’étant pas forcément fan de football, vous ont-ils poussé à intégrer l’OL qui malgré un statut inférieur à aujourd’hui, était quand même un club de première division ?

Oui parce que j’avais la chance de pouvoir rentrer tous les soirs chez moi. Mon père travaillait au Moulin à Vent à Vénissieux. De fait, la proximité avec Gerland a fait qu’il pouvait me récupérer à la fin des entraînements. Puis ma mère travaillait dans les hôpitaux de Lyon donc elle faisait pas mal de trajets pour m’emmener. Je pense que sans cette situation, je n’aurais pas pu aller à l’OL. Mais j’étais content de rentrer chez moi tous les soirs car j’avais besoin de vivre avec mes parents avec mes amis à proximité. Pour d’autres, c’était différent. Pour certains jeunes, il est nécessaire de sortir du cocon familial pour avancer dans la vie. Ce n’était pas mon cas.

En intégrant l’Olympique lyonnais, vous aviez cette ambition de devenir joueur professionnel ou est-ce que c’est arrivé bien plus tard ?

Non, à 10 ans, on joue au football pour se faire plaisir et être avec les copains. Que ce soit à Parcieux ou à Lyon. Je pensais, avant tout, à m’amuser. Après, j’aimais gagner, ça je ne vais pas dire le contraire. J’ai compris que footballeur pouvait être un métier sous la houlette d’Armand Garrido en U17 donc c’est venu bien après. Armand ainsi qu’Alain Olio et Patrick Paillot sont les trois éducateurs qui m’ont vraiment marqué. Ce sont eux qui m’ont fait devenir un compétiteur. Mais les autres formateurs avaient aussi beaucoup de qualité. D’où la réputation du centre de formation de l’OL.

Quels sont les fondements de la formation à l’Olympique lyonnais ?

Pour moi, il y a deux étapes dans la formation : avant les U15 et après. Avant, je parlerai davantage d’intensité dans les entraînements puisque l’on avait quatre ou cinq séances par semaine. Donc physiquement, cela nous a permis de nous développer. Après, arrivent les championnats nationaux donc on rentre vraiment dans la compétition. Et la compétition est synonyme de rigueur et de discipline. Ce sont vraiment ces deux mots qui symbolisent, à mes yeux, la formation lyonnaise. Maintenant, je n’ai jamais senti une volonté du club de toujours nous faire jouer de la même façon comme c’est, peut-être, le cas aujourd’hui. La seule consigne que l’on avait, c’était de jouer au football. On a toujours fait en sorte de repartir propre de derrière, pour toucher nos milieux. Et quand au milieu on avait Alexandre Hauw et Jordache Moizini, je peux vous dire que ça jouait au ballon (rires).

On sait que plus on se rapproche de l’équipe première, plus la concurrence est rude en équipe de jeunes. Avez-vous perçu une rivalité interne au sein de vos différents groupes ?

Sincèrement, non. Je trouve que les éducateurs arrivaient à créer un collectif. Ce qui n’est pas toujours facile quand on sait qu’en fin d’année, le club peut décider de ne pas nous conserver. Mais j’ai le souvenir qu’il y avait une réelle méritocratie. Ceux qui jouaient étaient ceux qui le méritaient vraiment. Je n’ai donc jamais ressenti de concurrence malsaine. Après, il y en a qui étaient retenus en sélections régionale ou nationale mais c’est tout. Personnellement, j’étais rarement sélectionné mais je jouais tous les week-ends. Et c’est ça le plus important.


« La rigueur et la discipline symbolisent la formation lyonnaise »


A quel moment, vous vous êtes dit que la possibilité de passer professionnel à l’Olympique lyonnais était concrète ?

Je pense que j’ai un déclic après notre année U17 où l’on termine champion de France. On a réalisé une performance exceptionnelle puisque l’on ne concède qu’une défaite sur l’ensemble de la saison. On termine meilleure équipe toutes poules confondues avec la meilleure attaque et la meilleure défense. Au mois de décembre 1999, Jacques Santini m’a convié pour la première fois à un entrainement de l’équipe professionnelle. Donc forcément, cela devient, de suite, plus concret. Après, je savais que le chemin était encore long. A cette époque, on devait passer par l’équipe 3 qui évoluait en Division d’Honneur puis faire trois ans d’équipe réserve pour terminer notre formation. Même Steed Malbranque, qui était la star de l’époque, était passé par l’équipe réserve ! Il faut dire aussi que beaucoup de professionnels descendaient jouer en réserve à cette période donc on avait une réelle visibilité.

Finalement, vous signez votre premier contrat professionnel en 2003. Vous percevez ça comme un aboutissement ?

J’étais très heureux car à période, il y avait peu d’élus. A l’inverse de maintenant où les clubs font signer des contrats professionnels à de jeunes joueurs par inquiétude de les perdre, nous signions un contrat professionnel très tard puisque l’on avait des contrats aspirant puis espoir. J’ai fait trois ans en équipe réserve avec Robert Valette avant de signer professionnel. Mais, on allait au bout de notre formation. Je me rappelle que de ma génération 82, il y a aussi Alexandre Hauw et Julien Viale qui ont réussi à devenir pro. Mais nous étions dans un OL qui commençait à devenir la référence française et performant au niveau européen. Quand j’ai intégré le groupe professionnel, il y avait Edmilson, Patrick Müller, Claudio Caçapa et Florent Laville. Donc difficile pour un jeune de faire sa place et d’avoir du temps de jeu. Mais en tout cas, j’étais prêt à jouer.

Malgré la concurrence, vous disputez votre premier match professionnel le 27 septembre 2003 à l’occasion d’une victoire contre Lens à Gerland (4-0). Quels souvenirs conservez-vous de cet événement ?

J’étais très fier ! Je remplace Patrick Müller à un quart d’heure de la fin du match. Je me souviens que Claudio Caçapa était souvent blessé donc j’étais régulièrement sur le banc cette saison. Pour ce match, le score était acquis donc Pat’ Müller avait été cool et il m’avait laissé rentrer. C’était un super souvenir. On fait un super match. Juninho met deux lucarnes sensationnelles sur coup-franc à Charles Idandje. Puis pour un Lyonnais de naissance et un joueur formé au club comme moi, c’était vraiment quelque chose de fort de débuter à Gerland devant un stade plein.

Quels étaient vos rapports avec Paul Le Guen ?

Paul Le Guen est un entraîneur qui est très proche des jeunes. Il cherchait vraiment à bien nous intégrer au sein du collectif. C’était important car dans un groupe de 25 joueurs, il y avait 16 ou 17 internationaux donc ce n’était pas évident pour un jeune joueur de prendre place dans un tel vestiaire. Je me rappelle que les semaines de trêve internationales, il n’y avait pas grand monde à l’entraînement (rires). Mais Paul Le Guen a toujours été disponible pour nous. Personnellement, il m’a beaucoup aidé à travers des discussions notamment. C’est vraiment quelqu’un de bien. Tout comme Yves Colleu (son adjoint, Ndlr).

Concernant le président Aulas, avait-il un rapport particulier avec les jeunes du club ?

Personnellement, je ne lui ai jamais parlé mais je comprends aussi le fait que ce ne soit pas son rôle de venir discuter avec les joueurs. Après, les jeunes n’étaient pas forcément au centre de la stratégie du club. L’idée était d’amener des internationaux et de ne pas forcément promouvoir les joueurs formés à l’académie. Mais c’est sans doute aussi parce que l’on n’avait pas les qualités pour.


« Je ne me voyais pas aller faire une blague à Juninho…même si j’aurais pu ! »


Quand vous être confronté à Edmilson, Patrick Müller, Caçapa ou Florent Laville, quels sont vos objectifs du haut de vos 21 ans ?

Ma volonté était de progresser au contact de ces joueurs. Quand vous êtes face à Elber, Luyindula, Govou, Juninho, Diarra, Essien, Carrière et les autres, je peux vous garantir qu’il y a du niveau. Même si rien ne remplace les matchs, les entraînements étaient vraiment à haute intensité. Maintenant, je n’avais pas la prétention de devenir titulaire car j’avais des monstres devant moi ! Même dans ma tête, j’étais derrière. Je n’ai jamais été dans l’état d’esprit de prendre leurs places car j’avais trop de respect. Mais c’est dommage car j’aurais dû les titiller davantage. C’était mon caractère de l’époque. J’aurais aimé faire ma carrière à l’OL mais à cette période-là, c’était impossible. C’est pour cela que peu de jeunes formés au club, ont explosé au plus haut niveau au début des années 2000. Puis la stratégie sportive de l’équipe première n’était pas basée sur les jeunes.

Quel était votre place dans le vestiaire par rapport à tous ces internationaux ?

J’étais très timide et sans doute un peu trop introverti. Je ne me considérais pas légitime car je jouais assez peu. Mais c’était ma nature. J’étais trop gentil et j’ai peut-être manqué de confiance en moi à un certain moment. Je ne le regrette pas car c’est ma personnalité. Après, c’est évident qu’il y a des joueurs qui étaient bien plus intégrés que moi. Je ne me voyais pas aller faire une blague à Juninho même si j’aurais pu le faire sans problème (rires). Après coup, j’aurais dû aller davantage vers les autres. Mais c’était ma propre responsabilité. Il n’y avait aucun problème au sein du vestiaire. C’était sans doute notre force aussi. On avait un vrai collectif ce qui n’est plus trop le cas pour l’OL depuis 4-5 ans. Puis on avait la gagne en nous et on mettait toute l’agressivité nécessaire pour y arriver.

Pensez-vous que cette gagne avait été inculqué par le club ou par les joueurs que le club avait recruté ?

C’est un amalgame des deux. Paul Le Guen nous avait fixé un cadre au niveau de la rigueur et de la discipline. Si un joueur sortait, il s’éliminait. Il n’y avait pas de pression mais juste des règles de vie en communauté. Après, les victoires appellent les victoires. Mais les mecs avaient vraiment faim et c’est ce qui faisait la différence. La grande majorité des joueurs étaient en construction, à la fois de carrière mais surtout de palmarès. Donc tout le monde se tirait vers le haut. Il y avait une atmosphère vraiment positive. Puis il y avait de l’exemplarité aussi.

C’est-à-dire ?

Pour l’illustrer l’exemplarité de ce groupe, je raconterai juste une anecdote, Edmilson, tout juste auréolé du titre de champion du monde avec le Brésil, rentre à Lyon. Paul Le Guen estimait qu’il manquait de rythme et il lui a dit de jouer avec la réserve. Je me souviens, on allait jouer à Bastia. Il tirait un peu la gueule mais il était venu avec nous et il avait joué une heure. Cela montre son état d’esprit et le respect qu’il avait pour son entraîneur. D’ailleurs, Paul Le Guen nous avait même accompagné. Aujourd’hui, si on dit à Jérôme Boateng d’aller jouer à Martigues, je ne suis pas sûr qu’il fasse le déplacement. Puis ça passerait pour un manque de respect.

Malgré votre statut de jeune joueur, Paul Le Guen vous fait confiance pour le 8e de finale aller de Ligue des Champions à Anoeta contre la Real Sociedad. En l’absence d’Anthony Réveillière blessé, vous êtes titularisé au poste latéral gauche. Une fonction inédite pour vous. Comment avez-vous vécu ce match ?

Je n’avais jamais joué latéral de ma vie (rires). Surtout à gauche alors que je suis un pur droitier. Puis je n’ai ni la morphologie ni les qualités de vitesse pour occuper ce poste. Mais bon, un match avec l’OL, surtout en Ligue des Champions, cela ne se refuse pas. On va dire que j’ai fait ce que j’ai pu même si j’ai été moyen. Mon adversaire direct était Valeri Karpin mais il y avait aussi Xavi Alonso, Nihat, Darko Kovacevic et Gabilondo ! Jérémy Berthod m'a remplacé à 20 minutes de la fin car j’étais complètement cuit. Les efforts quand tu joues latéral ne sont pas les mêmes qu’en central. C’était une très belle expérience même si ça avait logiquement été difficile pour moi. Ce match n’a pas lancé ma carrière comme ça aurait pu…


« Un match de Ligue des Champions avec l’OL, ça ne se refuse pas, même en tant que latéral gauche »


Pensez-vous que ce match a pu vous desservir pour la suite ?

Non je ne pense pas car on gagne le match sans prendre de but (0-1, ndlr). Mais c’est vrai que c’est une rencontre qui aurait pu me permettre de me mettre en évidence et cela n’a pas forcément été le cas. Paul Le Guen m’avait prévenu 2-3 jours auparavant donc j’avais bien pu me préparer. Après, je me suis appliqué à bien défendre et à faire tous les efforts pour le collectif. Je me rappelle avoir été moyen. Je n’ai jamais revisionné ce match, je serais curieux de le revoir aujourd’hui. Certains m’ont dit que ma titularisation était un cadeau empoisonné. Personnellement je ne pouvais pas passer à côté d’une telle opportunité. Je n’ai aucun regret et je remercie Paul Le Guen de m’avoir fait confiance.

L’OL se qualifie en quart de finale de cette Ligue des Champions avant d’être éliminé par le futur vainqueur, le FC Porto. Est-ce une déception de ne pas être allé plus loin dans cette compétition ?

Forcément car il ne nous manquait pas grand-chose pour passer ce tour. On perd 2-0 au Portugal et on fait match nul chez nous au match retour (2-2). Mais honnêtement, j’ai le souvenir d’un Porto qui était collectivement au-dessus de nous lors de cette double-confrontation. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont allés au bout. Avec Deco, Maniche, Costinha, Carvalho, c’était très solide. Mais la saison était globalement très réussie puisque nous avions enchaîné un troisième titre de champion de France de rang. Le sacre national a toujours été la priorité du président Aulas. Il voulait absolument enchaîner les titres.

Lors de cet exercice 2003-2004, vous disputez cinq matchs toutes compétitions confondues avec un OL de nouveau champion de France. Vous possédez donc ce statut-là également. Vous sentiez vous champion malgré votre faible temps de jeu ?

Comme je l’ai dit auparavant, je ne me sentais pas légitime en raison de mon nombre de matchs disputés. Même si j’ai participé à des bouts de rencontres, je ne sais pas si on peut dire que j’ai apporté ma pierre à l’édifice. Mais j’ai vécu le phénomène inverse avec le RC Lens quelques années plus part. Nous terminons champion de Ligue 2 où je suis vraiment partie intégrante de l’effectif. Avec les cadres de l’équipe, nous avions vraiment intégré les jeunes aux festivités, aux primes de montée et à tout le reste. Pour moi, ces jeunes, même s’ils avaient peu joué, ils nous avaient tiré vers le haut au quotidien à l’entraînement. Donc ils ont contribué à ce que le collectif soit meilleur. Je me dis qu’à l’OL, mon rôle pouvait être perçu comme tel. Par conséquent, même en ayant peu joué, j’espère avoir apporté quelque chose au groupe.

Lors de la saison suivante, vous êtes prêté au Stade Lavallois, alors en Ligue 2, le 30 août 2004. Vous souhaitiez absolument quitter l’OL ?

Ma première volonté était de partir afin de bénéficier de davantage de temps de jeu. Mais Paul Le Guen voulait que je reste car il y avait une inconnue sur Claudio Caçapa après sa blessure au genou. J’ai fait une bonne préparation et je me sentais vraiment bien. J’étais à deux doigts de jouer le trophée des Champions. L’intersaison est un peu particulière avec le départ d’Edmilson à Barcelone puis le recrutement, à mon poste, de Lamine Diatta, qui pouvait aussi jouer à droite. Mais à quelques jours de la clôture du mercato, l’OL recrute Cris sans me le dire. Je l’apprends de la bouche de Robert Duverne, qui me conseille de partir si je souhaite du temps de jeu. Je suis donc parti en prêt à Laval.

Avez-vous des regrets quant aux choix du club ?

Non surtout quand on connait la suite par rapport à Cris. Mais en 2000, quand Florent Laville se blesse sous l’ère Jacques Santini, la question s’était posée de ma faire confiance ou de recruter un nouveau défenseur. Je pense que Jacques Santini souhaitait me donner ma chance mais le club a préféré recruter, à raison sans doute, Claudio Caçapa. Ce que je pouvais comprendre car je n’avais jamais joué en équipe première à ce moment-là. Une carrière est faite d’opportunités et d’un brin de réussite aussi. Je ne suis pas tombé dans une période où l’OL faisait énormément confiance aux jeunes. C’est le football. Le plus frustrant est, peut-être, le fait que ce soit Paul Le Guen ou Jacques Santini, je sentais qu’ils souhaitaient me faire jouer. Mais je ne donnais sans doute pas assez d’assurance au directoire du club qui préférait recruter.


« A l’OL, je ne suis pas tombé sur la bonne période pour jouer »


En tant que joueur formé au club, estimez-vous être tombé à la « mauvaise » période pour percer ?

Je ne sais pas si on peut dire ça sachant que j’ai évolué avec de très grands joueurs et que j’ai pu être champion de France. Maintenant, sur le plan du temps de jeu, il est évident que ce n’était pas la bonne période pour un jeune du club. Si j’avais joué dix ans plus tard à l’époque des Gonalons, Grenier, Lacazette, Ferri ou Ghezzal, j’aurais eu davantage de chance de jouer. L’OL avait besoin de baisser sa masse salariale et s’est naturellement tourné vers ses jeunes. Après, est-ce que j’aurais fait une meilleure carrière que ces joueurs-là ? Je ne peux pas le garantir.  

Du coup, vous partez en prêt à Laval dans le but de jouer. Pensez-vous que l’OL suivait vos performances dans l’optique de vous réintégrer dans la rotation la saison suivante ?

J’étais allé voir l’OL à Rennes cette année-là et Bernard Lacombe m’a certifié que j’étais suivi et qu’il regardait certains de mes matchs qui passaient sur Eurosport. Maintenant, je ne pense pas avoir fait l’objet d’un énorme suivi. J’ai la sensation que le club avait autre chose à penser que suivre ma situation. Même si j’étais plutôt content de ma saison sous le maillot lavallois. La volonté de l’OL était de recruter des grands joueurs, pas de faire confiance à un joueur formé au club qui revient de prêt de Laval. Pour moi, les choses étaient limpides, je n’aurais plus la possibilité de jouer à l’Olympique lyonnais. Cela s’est confirmé par la suite puisque je n'ai eu aucune nouvelle de Gérard Houiller, qui a remplacé Paul Le Guen. J’ai définitivement quitté l’OL à l’été 2005 pour rejoindre Sedan.

Quand on est un joueur formé à Lyon, champion de France avec l’OL et ayant disputé la Ligue des Champions, n’avez pas perçu le fait de signer en Ligue 2 comme une régression ?

Non pas du tout car à Lyon, j’étais cantonné à rester sur le banc. Donc être remplaçant dans la meilleure équipe France et être titulaire en Ligue 2, je préfère la seconde option. Puis j’avais 23 ans à cette époque. J’avais toute ma carrière devant moi. Je suis un compétiteur et je ne pouvais pas me permettre de ne pas jouer.

Vous êtes revenu plusieurs fois à Gerland en tant qu’adversaire de l’OL. Quelles sensations cela procure d’être dans le vestiaire visiteur ?

J’ai toujours gardé de très bons souvenirs de mes retours à Gerland. Je suis revenu à deux reprises avec Sedan dont une demi-finale de coupe de France en 2008. Ce soir-là j’étais capitaine, on fait un super match mais on s’incline sur un coup-franc de Juninho à deux minutes de la fin. C’était extrêmement rageant. J’aurais bien aimé gagner mais je n’ai jamais eu aucun esprit de revanche. Je n’ai jamais triché et j’ai toujours donné mon maximum donc pourquoi avoir un esprit de revanche ? Puis j’étais content de voir que les joueurs avaient tous appréciés de me revoir.

Après l’OL, vous avez connu Laval, Sedan, Lens, Tours, Châteauroux et Nîmes avec des fortunes diverses et variés. Avec 300 matchs disputés au niveau professionnel, que retenez-vous de votre carrière ?

Je suis fier de ma carrière. Après je pense que j’avais les qualités pour faire une belle carrière en Ligue 1. Mais j’ai sans doute manqué de caractère. Tout n’a pas été simple, j’ai connu le chômage pendant six mois après Tours mais j’ai eu la chance de vivres de très belles émotions. Puis le public lensois c’est quelque chose ! J’en ai des frissons rien que d’en parler. Même en Ligue 2, il y avait 35 000 personnes au stade. Ma carrière m’a également permis de faire de formidables rencontres, notamment Peter Ziedler à Tours qui était un coach pionnier au niveau du jeu que l’on voit maintenant axé sur le pressing. Surtout, j’ai eu la chance d’être coaché par René Marsiglia, qui est le meilleur entraîneur que j’ai eu au cours de ma carrière. J’ai une pensée pour lui qui est décédé il y a bientôt six ans.

Dans une seconde partie à paraître mercredi prochain, Romain Sartre évoquera sa reconversion en tant que conseiller en gestion de patrimoine. Il donnera également son avis sur la saison actuelle de l’Olympique lyonnais.

9 commentaires
  1. Altheos - mer 13 Avr 22 à 17 h 57

    Je me souviens de ce match de C1 contre la Sociedad en 8eme.
    Il avait été bien épaulé par Malouda pour le replis défensif.

  2. JUNi DU 36 - mer 13 Avr 22 à 19 h 59

    Alors la ça fait plaisir d'avoir de ces nouvelles et de lire cette interview, car j'ai eu la chance de le voir jouer. Moi c'est celui du 4-0 contre Lens, quel match encore ce jour là. Je me souviens parfaitement de son entrée et de la sortie de Muller car je me trouvais pratiquement en bas au dessus du banc lyonnais.
    Je me souviens très bien aussi de son premier match avec la Berichonne contre Istre, on avait gagné je ne sais plus combien mais super match, et puis l'association avec Fournier trop top, super bonne entente.
    Une quinzaine de matchs avec nous et 2 buts. Dommage beaucoup aurait aimer le voir rester, 6 mois c'était vraiment trop court

    1. OLPassePresent - mer 13 Avr 22 à 20 h 07

      J'y étais aussi. C'était la J8 de L1 saison 2003-04, le samedi 27 septembre 2003 avec un très beau soleil ! Une ambiance de feu, car à l'époque il était très facile d'être supporter !!!
      Un triplé de Juni !
      Un abonné voisin de mon beau-frère nous avait passé ses cartes d'abonnement en tribune Nord 2ème étage.
      Je m'en souviens d'autant plus que c'est le match qui m'a décidé de prendre un abonnement la saison suivante.
      L'entrée de Sastre à la 77' en remplacement de Patrick Muller est l'une de ses 5 participations à un match de l'OL. C'était son premier match (comme cela est d'ailleurs dit dans l'article que j'ai lu après !!!)

      1. dede74 - mer 13 Avr 22 à 20 h 09

        Caramba raté 😆

      2. JUNi DU 36 - mer 13 Avr 22 à 21 h 54

        Je me souviens plus de son troisième but à Juni, par contre les deux coup-francs impossible à oublier 🤩🤩

  3. Juni forever OL - mer 13 Avr 22 à 21 h 33

    Des articles comme ça, on en redemande 🤪

    1. JUNi DU 36 - mer 13 Avr 22 à 21 h 58

      Yes il y a vraiment beaucoup de qualité dans cette interview, aussi bien pour les questions que pour les réponses 👍

      1. Juni forever OL - mer 13 Avr 22 à 22 h 00

        Top !
        Rien de mieux que des interviews d'anciens joueurs

  4. E.Deflandre - jeu 14 Avr 22 à 0 h 44

    C'est pour ca que olympique-et-lyonnais.com est dans nos favoris !
    hâte de voir la 2nde partie

    Merci !

Les commentaires sont fermés

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