Alim Ben Mabrouk : « Je ratais l’école pour aller voir l’OL »

Né à l’Hôtel Dieu dans le 2e arrondissement de Lyon, Abdelhamid Halim Ben Mabrouk plus connu sous le nom d’Alim Ben Mabrouk a vu son histoire d’amour avec l’OL débutée dès qu’il était enfant lorsqu’il idolâtrait les Chiesa, Lacombe et autre Di Nallo. Malgré un potentiel certain entrevu en équipe de jeunes à l’AS Minguettes, le club de son quartier, puis à l’AS Saint-Priest, l’Algérien d’origine ne portera les couleurs lyonnaises qu’à la fin de sa longue carrière, entre 1991 et 1993. Une carrière au cours de laquelle il a disputé près de 300 matchs au niveau professionnel et une Coupe du monde avec l’Algérie en 1986. Âgé aujourd’hui de 57 ans, l’ancien milieu de terrain défensif exerce toujours dans le milieu qu’il connait le mieux : celui du football.

Olympique-et-Lyonnais.com : Vous êtes natif de Lyon et historiquement lié à un quartier, celui des Minguettes à Vénissieux. Comment s’est déroulée votre jeunesse dans cet endroit réputé difficile ?

Alim Ben Mabrouk : Je n’ai pas tout de suite vécu aux Minguettes puisque je ne suis arrivé dans ce quartier qu’à l’âge de 8 ans. Au préalable, avec ma famille, nous habitions dans un logement très précaire, une sorte de bidonville, à La Mulatière. Etant membre d’une fratrie de neuf enfants, je peux vous dire que le quotidien n’était pas simple quand on était quatre par chambre. Par la suite, mes parents ont eu cette opportunité de déménager aux Minguettes, dans un appartement situé dans l’une des fameuses grandes tours. C’était l’Eldorado pour nous ! Quatre ans plus tard, mes parents ont investi dans une maison, toujours dans le même quartier. A l'époque, c’était l'une des premières banlieues vraiment chaude de France donc les Minguettes ont rapidement eu très mauvaise presse. Même si, désormais, les choses sont en passe de changer avec tous les aménagements réalisés et notamment la démolition des grandes tours.

Peut-on dire que le football a été votre bouée de sauvetage dans un environnement où les dérives et les travers sont nombreux ?

Oui tout comme mes parents qui ont été déterminants aussi. J’ai tapé pour la première fois dans un ballon avec le club de La Mulatière, le FC du Roule Mulatière où je jouais très occasionnellement. J’ai vraiment découvert ce qu’était le football à l’AS Minguettes. C’était le club du quartier, on se connaissait tous et on se fréquentait tout le temps. Très rapidement, j’ai fait la connaissance de Luis Fernandez. De là, est née une amitié qui dure depuis presque 50 ans maintenant. Je l’ai rencontré au quartier car on n’habitait pas loin l’un de l’autre mais le football nous a rapproché car quand on jouait, on était les deux joueurs à avoir ce petit quelque chose en plus. On était d’ailleurs très souvent ensemble. Comme lui, je suis parti à l’AS Saint-Priest après avoir quitté les Minguettes.

Etant né à Lyon et fan de football, votre cœur a-t-il rapidement battu pour l’Olympique lyonnais ?

Oui, c’est indéniable. Avec Luis (Fernandez) et quelques amis des Minguettes, on allait voir tous les matchs et même tous les entraînements. Je ratais l’école pour me rendre au centre d’entraînement pour admirer les Bernard Lacombe, les Fleury Di Nallo et surtout Serge Chiesa qui était mon idole. Bon, je ne disais rien à mes parents, ils pensaient que j’allais à l’école (rires). On allait voir tellement souvent les entraînements que Jean-François Jodar, défenseur de l’OL dans les années 1970 (1975-1979, ndlr) nous surnommait « les corbeaux » car on était toujours présents (rires). On était des fidèles parmi les fidèles. C’était un petit clin d’œil sympa. Avec Luis, on aurait vraiment aimé intégrer l’Olympique lyonnais. C’était notre ambition quand on jouait en équipe de jeunes. L’OL restera à jamais comme le club de ma jeunesse.

« J’aurais aimé avoir ma chance en équipe de jeunes à l’OL »

Vous n’avez pas tenté de rentrer à l’OL par le biais d’essais notamment ?

Si, bien sûr mais nous n’avons jamais été retenus. Je me suis dit que je n’avais sans doute pas le niveau. J’étais un peu déçu car j’aurais aimé avoir ma chance. A l’époque, je jouais en équipe première à l’AS Saint-Priest en troisième division. Je sentais que je pouvais faire quelque chose dans le football. Puis je voulais être un exemple aussi. Dans les années 70-80, il était rare de voir des jeunes issus des quartiers intégrer un centre de formation et réussir dans le football. Je dirais même réussir dans la vie au sens large car la population des quartiers était assez stigmatisée. Il m’était impossible de rentrer en boîte de nuit notamment (rires). Même pour trouver du travail, ce n’était pas simple. En tout cas, j’ai essayé de rentrer à l’OL, jeune, donc je n’ai pas de regret, juste de la déception. Je me souviens d‘ailleurs que c’était Fleury Di Nallo qui œuvrait pour le recrutement des jeunes. Il savait très bien qui j’étais et d’où je venais. En vain.

Non repéré par Lyon, vous jouez à Saint-Priest jusqu’à l’âge de 19 ans avant de tenter, à l’instar de Luis Fernandez au PSG, l’aventure parisienne puisque vous rejoignez le Paris FC. Pourquoi un tel choix ?

Je voulais réussir dans le football de haut niveau et je voyais bien que ce ne serait pas possible à Saint-Priest. De ce fait, j’ai effectué de nombreux essais dans des clubs professionnels. Je peux citer Auxerre, Lens, Valenciennes, Nancy, Nîmes et le Paris FC m’a retenu donc j’ai signé dans ce club en 1981. Il évoluait alors en deuxième division. Le club a été repris par l’homme d’affaires Jean-Luc Lagardère avec l’ambition de faire un second grand club à Paris, aux côtés du Paris-Saint-Germain. J’ai connu pas mal de choses là-bas comme une montée en première division, un changement de nom, des grands joueurs… C’était mon club de cœur. Je dis c’était car le Matra Racing a disparu à la suite du départ de Jean-Luc Lagardère. Je suis le seul joueur à avoir connu la totalité de l’ère Lagardère. Il ne voulait pas que je parte (rires). Si ce grand monsieur avait gardé ce club, j’aurais sûrement terminé ma carrière là-bas.

A la tête du puissant groupe Matra, qui sévissait notamment dans les secteurs de l’aéronautique, de l’aérospatial, de l’automobile, de la défense puis ensuite de la presse et des médias, Jean-Luc Lagardère avait donc décidé d’investir massivement dans le football en 1982 en rachetant le Paris FC qui est ensuite devenu le Matra Racing. Peut-on parler de ressemblance avec Jean-Michel Aulas, jeune entrepreneur, qui a repris l’OL en deuxième division en 1987 ?

Je pense que ce sont deux hommes importants qui ont fait évoluer le football français, tout comme Claude Bez que j’ai connu à Bordeaux. Concernant Jean-Luc Lagardère, on peut dire qu’il représentait un peu ce que sont les qataris aujourd’hui tant il a investi dans le football (300 millions de francs, ndlr). C’était un peu le précurseur dans ce domaine. Il a dynamisé le football français et ses codes en étant le premier président à offrir des gros salaires aux joueurs stars qu’il recrutait comme Luis Fernandez, Maxime Bossis, Enzo Francescoli, Pierre Littbarski ou Rabah Madjer. J’avais une très bonne relation avec lui. Il m’avait même conseillé de choisir l’équipe de France et non l’équipe d’Algérie. Mais en France, il y avait le carré magique avec Jean Tigana, Alain Giresse, Michel Platini et Luis Fernandez. Je n’avais pas le niveau pour m’imposer.

« Disputer une Coupe du monde est un aboutissement pour tout joueur de football »

Vous optez donc pour les Fennecs. Peut-on parler de choix par défaut ?

Non absolument pas car même si Jean-Luc Lagardère me voyait en équipe de France, je me sentais plus proche de l’équipe d’Algérie. D’ailleurs, je n’ai pas hésité un seul instant quand la fédération algérienne m’a contacté. C’était une véritable fierté pour moi et pour ma famille. C’est vrai qu’aujourd’hui, on a davantage l’impression que les joueurs attendent de voir s’ils ont la possibilité de jouer avec l’équipe de France avant de décider de jouer avec leur pays d’origine. Ce n’était pas mon cas. Et je ne suis pas le seul. Le choix du cœur existe vraiment.

En 1986, vous disputez la Coupe du monde avec la sélection algérienne. Peut-on dire que vous étiez, à cette époque, à l’apogée de votre carrière ?

Oui sans hésitation. Disputer une Coupe du monde est, à mes yeux, un aboutissement pour tout joueur de football. On a eu la chance de jouer face au grand Brésil. A cette époque, il y avait un plus gros écart entre les petites nations et les grosses nations. Honnêtement, on s’attendait à prendre une valise face aux Brésiliens. Finalement, on ne s’est incliné qu’1-0 sur une réalisation de Careca. C’est un grand souvenir pour moi. Évoluant en qualité de milieu défensif, mon adversaire direct était Socrates. A la fin du match, on a échangé nos maillots (rires). C’était un grand joueur que j’ai affronté et forcément, quand il a perdu la vie en 2011, j’ai ressenti de l’émotion.

Peut-on parler d’émotion également quand, à la fin de votre carrière, vous rejoignez enfin le club de votre jeunesse, l’Olympique lyonnais, en 1991 ?

Effectivement, c’était pour moi une vraie satisfaction. Après le désengagement de Jean-Luc Lagardère au Matra Racing, j’avais vraiment envie de quitter Paris, même si c’est encore aujourd’hui la plus belle ville du monde à mes yeux. Francis Borelli, alors président du PSG, souhaitait me faire venir. J’ai pris part à la photo officielle, j’étais en passe de signer lorsqu’il m’a annoncé qu’un accord salarial est impossible entre lui et moi. De ce fait, Bordeaux et Marseille m’ont manifesté leur intérêt. J’ai fait le choix de la Gironde où j’ai découvert, une très belle ville et des gens très sympathiques. Malheureusement, mon année là-bas a été absolument tumultueuse car on a eu affaire à trois entraîneurs et trois présidents en l’espace d’une saison. Du jamais vu ! A la fin de cet exercice 1990-1991, le club est relégué administrativement en deuxième division. Alain Afflelou, le nouveau président, souhaitait que je reste sachant qu’il me restait encore deux ans de contrat. Mais je ne voulais pas évoluer à l’étage inférieur. Quand l’opportunité de porter les couleurs de l’OL s’est présentée, je n’ai pas hésité. Les premiers contacts ont été établis avec Jean-Michel Aulas et Bernard Lacombe.

« Serge Chiesa est le seul joueur que je n’ai jamais pu toucher »

Qu’est-ce que cela représentait pour vous d’être désiré par Bernard Lacombe, l’une de vos idoles de jeunesse ?

C’était un beau clin d’œil. Il connaissait déjà mon histoire sachant que je l’avais rencontré plusieurs fois au cours de ma carrière. Après, ma véritable idole était, avant tout, Serge Chiesa. Pour l’anecdote, je l’avais affronté quand je portais les couleurs du Racing Club de France et que lui terminait paisiblement sa carrière du côté d’Orléans. Nos deux postes faisaient que nous étions adversaires directs. De mon côté, j’ai toujours eu la réputation d’être un joueur assez physique. Serge Chiesa est le seul joueur à qui je n’ai jamais osé mettre de coup. Je n’ai jamais pu le toucher (rires).

Quand vous arrivez dans la capitale des Gaules, l’OL sort d’une saison 1990-1991 très réussie avec une cinquième place en championnat...

Je débarque à l’Olympique lyonnais avec un certain passé puisque j’ai disputé une Coupe du monde, j’avais un passif de 250 matchs disputés au niveau professionnel donc j’avais un vrai rôle à jouer. A cette période, comme par la suite, l’OL comptait dans ses rangs pas mal de jeunes joueurs, formés au club, comme Bruno Genesio, Rémi Garde, Sylvain Deplace, Stéphane Roche, Pierre Chavrondier, Claude-Arnaud Rivenet, Ghislain Anselmini ou encore Bruno N’Gotty. De ce fait, riche de mon expérience, je devais encadrer cette jeune génération très prometteuse. Je retrouvais aussi Aziz Bouderbala, que j’avais connu au Matra Racing. Je suis vraiment arrivé à l’OL avec beaucoup d’ambition. Malgré mes 31 ans, je n’ai pas signé ici pour être en pré-retraite.

Pour autant, votre aventure lyonnaise vire au vinaigre. Vous ne disputez que 15 rencontres au cours d’une saison 1991-1992 où l’OL termine à une triste 16e place. Comment expliquez-vous de telles difficultés ?

Je ne vais pas nier que ce fut une saison très délicate à la fois collectivement et individuellement. J’ai rapidement trouvé ma place au sein de l’effectif et même si c’était Rémi Garde qui portait le brassard de capitaine, j’étais tout de même un relais entre Raymond Domenech et les joueurs. Cela m’importait peu de ne pas être capitaine, j’ai un caractère qui fait que je peux jouer ce rôle-là sans avoir officiellement ce statut. J’ai beaucoup joué en début de saison mais l’équipe ne tournait pas des masses. Puis j’ai été blessé. Le club ne m’a pas soutenu comme je l’aurais espéré. Dans le football, j’ai vite compris que quand tu es blessé, tu ne représentes pas grand choses (sic). Malgré ça, je n’ai jamais abandonné car ce n’est pas dans mon tempérament. Je suis revenu et j’ai rejoué en fin de saison car je voulais terminer la saison dignement.

« Raymond Domenech n’était pas favorable à ma venue à l’OL »

Comment définiriez-vous votre relation avec Raymond Domenech ?

Je dirais délicate (sic). Ce n’était pas facile avec Raymond…Déjà, on se connaissait au préalable. De ce fait, j’étais l’un des seuls joueurs de l’effectif à le tutoyer. On va dire que ça aurait pu mieux se passer entre nous. Puis, il m’a avoué qu’il n’était pas favorable à ma venue au club. Mais mes premières prestations l’avaient visiblement convaincu. Le problème avec Raymond, c’était nos caractères. Personnellement, je n’étais pas en accord avec sa façon de diriger les jeunes. Il ne savait pas communiquer. Cela a créé de véritables tensions entre nous.

Après ce premier exercice délicat et le maintien de Raymond Domenech à son poste, vous restez quand même à l’OL. Bilan : aucun match joué entre 1992-1993. Que s’est-il passé ?

J’ai demandé à partir car je ne voulais pas terminer ma carrière de cette façon. Raymond Domenech ne voulait pas que je parte. Mais, au final, il ne m’a pas fait confiance. Je continuais à m’entraîner à fond mais j’étais à la cave pour les matchs. Je ne savais pas trop pourquoi. Est-ce que le club avait été déçu par mes performances la saison précédente ? Est-ce que c’était ma personnalité qui ne plaisait pas ? Est-ce que mes 32 ans étaient perçus comme un frein ? Je l’ignore encore. En tout cas, le fait est que ma fin de carrière n’a pas été pas celle que j’aurais aimé.

En deux ans, on peut dire que le bilan de votre passage à Lyon est globalement négatif. Est-ce que cela a écorné l’image que vous aviez de ce club qui vous a fait rêver durant votre jeunesse ?

Forcément que mon aventure lyonnaise a écorné l’image que j’avais du club car il y a eu pas mal de tensions que ce soit avec la direction ou avec l’entraîneur. Après, je ne suis pas exempt de tout reproche non plus et il y a certaines choses que je regrette. Je pense qu’il y a eu un manque de respect réciproque que ce soit de la part du club et de ma part également. Je le répète, j’aurais aimé que ça se termine mieux surtout avec ce club. Malgré ces événements, je n’ai jamais eu la moindre rancœur envers l’OL.

« La formation est la plus belle réussite de l’OL »

Vous évoquez des tensions avec la direction, donc plus précisément avec le président Jean-Michel Aulas...

On a été en conflit lui et moi, je ne vais pas le nier mais c’est une personne pour qui j’ai beaucoup de respect. Il a toujours su gérer son club. Sans Jean-Michel Aulas, je ne sais même pas si l’OL existerait encore aujourd’hui. Il montre ses ambitions. C’est rare et parfois mal perçu en France mais moi je trouve que c’est un comportement positif. Il n’y a pas de honte à être ambitieux ! Même jeune, il était déjà comme ça. Il cultive quelque chose de primordial dans le sport de haut niveau, ça s’appelle la culture de la gagne. Je me souviens, dès que l’on avait des mauvais résultats, il n’hésitait pas à monter au créneau. C’est un président qui est très présent. On le voit très bien encore aujourd’hui, non seulement avec l’équipe première mais également avec les féminines et les jeunes.

Jean-Michel Aulas a également fait de l’OL, une machine à former des joueurs de talents. Vous qui êtes issu de l’agglomération lyonnaise et qui avez porté le maillot lyonnais, comment percevez-vous la formation lyonnaise ?

Je pense que la formation est la plus belle réussite de ce club. L’OL a toujours su former des bons joueurs. Ce n’est pas le tout de sortir des joueurs, faut-il encore qu’ils soient compétitifs et prêts pour le haut niveau. Lyon a cette faculté de formation que beaucoup de clubs envient. Il y a un vrai travail de fond et une vraie volonté de former. Personnellement, je trouve ça remarquable. Alors certes, il y a un bassin de population important autour de Lyon et dans la région Auvergne-Rhône-Alpes mais on peut dire la même chose de Marseille et ce phénomène est amplifié à Paris. Pour autant, que ce soit à l’OM ou au PSG, il n’y a pas autant de jeunes joueurs performants qui sortent de ces clubs. L’OL a une vraie longueur d’avance en matière de formation et ce n’est pas pour rien que c’est le troisième club européen dans ce domaine.

Sur un plan plus personnel, vous avez disputé près de 300 matchs au niveau professionnel et participé à la Coupe du monde 1986. A l’instar de Luis Fernandez, est-ce que l’on peut dire que vous représentez la fierté des Minguettes ?

Je ne sais pas si on peut dire ça mais pour ma part, j’ai toujours souhaité être un exemple pour mon quartier. Tout au long de ma carrière et même ensuite, je n’ai jamais oublié d’où je venais. Je pense qu’avec Luis, on a montré que même en venant des Minguettes et même en étant d’origine étrangère, car on ne peut pas nier que cela nous a porté préjudice, il est possible de s’en sortir. Il suffit d’avoir de la volonté et de croire en nous. Alors certes, on s’en est sorti grâce au football et on peut parler de chance et de privilège mais peu importe, ce n’est pas parce que l’on est issu d’un quartier que l’on ne réussira pas dans la vie et que l’on prendra le mauvais chemin. Puis, les Minguettes évoluent, il y a eu beaucoup de changements par rapport à l’époque où j’y habitais. Je suis content de voir que les choses avancent de manière positive même s’il va falloir encore un peu de temps pour que cette image de ZUP disparaisse dans l’esprit de l’opinion publique.

« Il y a la place pour une deuxième club professionnel à Lyon »

A l’issue de votre carrière, vous aviez même pris en main l’équipe première de l’AS Minguettes. Cela répondait à une volonté de votre part de rendre au club ce qu’il vous avait donné ?

Cela correspondait surtout à une promesse que j’avais faite à savoir que je reviendrai au club après ma carrière. J’ai entraîné l’équipe durant une saison. On a manqué la montée en Nationale 3 de très peu. Ça aurait été extraordinaire pour un club tel que l’AS Minguettes. Par la suite, le club a connu une période faste avec comme plus haut niveau le CFA. Malheureusement, les choses se sont compliquées ces dernières années et le club évolue désormais en Régionale 2, anciennement DHR. Je suis toujours plus ou moins proche du club. J’ai également œuvré pour le fameux « tournoi des champions en herbe » qui avait lieu chaque année aux Minguettes et qui regroupait les meilleures équipes françaises et certaines équipes européennes dans les catégories débutant et poussin (U10-U11). Il avait une vraie renommée. Malheureusement, la dernière édition date de 2010. Un nouveau tournoi a vu le jour cette année à Pâques, comme l’ancien, mais la renommée n’a plus rien à voir. J’ai le sentiment que le football n’est pas une priorité à Vénissieux car la municipalité a dû mal à assumer les deux clubs que sont l’AS Minguettes et l’US Vénissieux. Pourtant, il y a un potentiel de jeunes assez intéressant.

Justement, avec un bassin très important de jeunes joueurs autour de Lyon, n’y-a-t-il pas la place pour un deuxième club professionnel à Lyon derrière l’OL ?

Si, c’est une évidence. Je pense que La Duchère aimerait avoir ce rôle-là mais pour avoir régulièrement des échos de ce club, il y a un manque criant de moyens. On ne peut pas être un club professionnel de football sans avoir les reins solides. Un club se doit d’être viable. Puis aucun autre club lyonnais n’aura la renommée ni l’aura de l’OL. C’est un club qui sait bien quadriller son territoire et prendre les meilleurs joueurs.

Comment avez-vous gérer votre après-carrière ?

Forcément quand on met fin à notre carrière, il a y une sorte de manque à la fois du terrain et des ambiances. Ce n’est pas évident de gérer l’après-carrière. Pour ma part, j’ai eu plusieurs activités depuis ma retraite, il y a de cela 24 ans. J’ai entraîné l’AS Minguettes puis j’ai développé un magazine intitulé Lyon Sports Entreprise et fondé par l’ancien de l’OL, Gilles Contantinian. Ensuite, j’ai œuvré pendant cinq ans au développement de la marque Airness, créé par Malamine Koné. Je devais trouver des égéries. J’ai beaucoup aimé. Malamine est une personne issue des quartiers, comme moi. Même si la marque a décliné au fil du temps, j’ai toujours gardé un bon contact avec lui. Par la suite, j’ai occupé durant deux saisons, le rôle de directeur technique du Red Star, le club de Saint Ouen. J’étais d’ailleurs présent lorsque Sidney Govou a inscrit son fameux doublé qui l’a révélé le 5 mars 2000 en huitième de finale de la Coupe de France. Après, j’ai travaillé pour la plateforme Vidéo Profile, basée à Sophia Antipolis près de Nice. J’allais voir des matchs et je dressais des rapports. Enfin, j’ai également travaillé pour une chaîne de télévision algérienne pour laquelle j’étais chargé d’organiser des interviews avec des personnalités réputées dans le monde du football, comme par exemple Zinedine Zidane, qui est un ami de longue date. Je n’exclus pas de reprendre cette activité à court terme.

« Je ne travaille pas pour l’ASSE mais je suis proche de Bernard Caïazzo »

Finalement, vous n’avez jamais vraiment quitté le milieu du football ?

Effectivement, je suis toujours resté plus ou moins proche du milieu du football. En même temps, le football représente une part importante de ma vie. Puis au fil de ma carrière et même plus tard, j’ai eu l’occasion de rencontrer pas mal de monde, ce qui m’a permis de me constituer un solide carnet d’adresses. Mon réseau m’a beaucoup aidé à l’issue de ma carrière et même encore aujourd’hui. L’un de mes seuls regrets est de ne pas avoir passé mes diplômes d’entraîneur car je ne peux pas occuper un poste de terrain.

Que faites-vous aujourd’hui ? Le bruit court que vous, le Lyonnais, vous travailleriez pour le rival stéphanois…

(Rires). Ce n’est pas exactement le cas. Je ne travaille pas pour l’AS Saint-Etienne mais je suis proche du co-président, Bernard Caïazzo, qui est un ami depuis 25 ans. Je l’ai connu bien avant son engagement pour Saint-Etienne. On peut dire que je suis chargé de missions pour son compte, je vais voir des matchs, je l’assiste lors de certains rendez-vous. Mais je le répète pour que les choses soient claires, je ne fais pas partie de l’ASSE (rires). Par ailleurs, je me suis investi dans une association créée au mois d’août 2017, appelée « Génération Foot ». L’UNFP (Union nationale des footballeurs professionnels) nous soutient déjà en espérant que la LFP (Ligue de football professionnel) fasse de même. L’objectif est de recenser tous les anciens joueurs professionnels puis de créer des événements avec eux comme des réunions ou des matchs d’anciens. Cela est assez répandu à l’étranger, alors pourquoi pas en France ? En revanche, nous n’avons pas la vertu d’aider les anciens joueurs dans leurs reconversions, l’UNFP est là pour ça. Beaucoup l’ignorent mais cet organisme œuvre vraiment dans ce sens.

Vous n’avez jamais eu l’opportunité de travailler pour l’OL sachant que le club compte dans ses rangs beaucoup d’anciens du club ?

A un moment donné, j’avais cette volonté de travailler pour le club en qualité de recruteur. Je trouvais la cellule de recrutement assez peu étoffée autour de Florian Maurice. Soyons clair, il s’occupait vraiment de tout. Je voulais donner un petit coup de main mais c’était à une période où Jean-Michel Aulas ne souhaitait pas renforcer sa cellule de recrutement. Cela ne s’est donc pas fait.

« Lyon va finir deuxième de Ligue 1 derrière Paris »

Le derby brillamment remporté par l’OL dimanche en terre stéphanoise (0-5) a forcément dû être un peu spécial pour vous alors …

Oui forcément. Ma ville restera à jamais Lyon mais par la force des choses et au vu de ma proximité actuelle avec Bernard Caïazzo, je suis dans l’obligation de suivre Saint-Etienne. Mais je suis de loin étant donné que je suis basé à Paris même si j’ai gardé un appartement sur Lyon. Par rapport au match en lui-même, l’OL est au-dessus de Saint-Etienne et a démontré cette supériorité sur le terrain. Une supériorité visible à tous les niveaux. Les Gones ont amplement mérité leur large victoire. Je trouve simplement dommage qu’il y ait eu des péripéties à la suite du cinquième but lyonnais. Ces faits sont venus ternir cet événement unique qu’est le derby. Je pense que ça écorne inutilement l’image des deux clubs car c’était un match spécial et scruté dans les moindres détails. En tout cas, ça ne doit pas faire oublier le match car on parle avant tout de football.

Quel est votre vision personnelle de ce derby ?

Il faut tout d’abord préciser que la rivalité entre les deux clubs est réelle. Elle est née d’une rivalité territoriale entre deux villes très proches géographiquement. Il n’y a rien de légendaire dans tout ça. Depuis toujours les matchs entre l’OL et Saint-Etienne sont à part. Les deux clubs font tout pour faire perdurer cette rivalité. Le public joue également parfaitement son rôle. Il y a un vrai engouement autour de cette affiche. Il faut que cela perdure et surtout que ça reste pacifique. A l’image de la relation entre Jean-Michel Aulas et Bernard Caïazzo qui s’entendent plutôt bien. Malheureusement pour moi, je n’ai jamais eu l’opportunité de disputer ce match. C’est l’un des regrets de ma carrière.

Que pensez-vous de l’équipe actuelle de l’Olympique lyonnais ?

En début de saison, Lyon avait quelques problèmes défensifs, comme en témoigne le nombre important de buts encaissés. J’ai l’impression que depuis quelques semaines, ces problèmes ont été réglés. La solidité défensive n’est d’ailleurs pas étrangère à la série de victoire effectuée par l’OL. Sur le plan offensif, les Gones ont un vrai potentiel. Ils l’ont démontré à plusieurs reprises depuis le début de la saison. Sincèrement, je pense que l’OL va terminer deuxième de Ligue 1 derrière Paris. Après, le club a aussi l’objectif d’aller loin en Europa League car la finale se déroule au Groupama Stadium. Pour le moment, les Lyonnais réalisent un parcours honorable mais cette compétition est très incertaine et il n’y a plus vraiment de petites équipes. Les rencontres à élimination directe ne sont jamais jouées d’avance. Il est délicat de faire un vrai pronostic dans cette Europa League qui est très incertaine. En tout cas, je suis toujours l’OL de façon très attentive surtout que je m’entends très bien avec Bruno Genesio.  J’essaye d’aller régulièrement au stade car avec la mise en place d’«OL Légendes », les anciens ont des places à disposition. Je trouve cette initiative vraiment très intéressante, d’autres clubs devraient s’en inspirer (sic). C’est toujours un plaisir de revoir des anciens joueurs.

« Bruno Genesio n’a pas été marqué par les critiques »

Comment Bruno Genesio a vécu cette longue période de remise en cause autour de lui ?

Je parle souvent avec lui et je n’ai pas vraiment eu l’impression qu’il ait été marqué par les critiques. Bruno est un homme de caractère. Il sait ce qu’il veut. Justement, le fait d’avoir jeté le trouble sur ses compétences et sur son avenir, a renforcé sa motivation et son envie de réussir. La série actuelle de l’OL montre que beaucoup ont réclamé trop tôt la tête de Bruno Genesio. Il a montré qu’il savait gérer et diriger une équipe. Il a su prendre des risques dans son coaching et cela a payé.

Sa nomination en tant que coach de l’OL vous a-t-elle surpris sachant qu’il n’avait pas d’expérience à ce poste ?

C’est le choix de Jean-Michel Aulas et du club. A partir de là, je pense que la direction du club sait ce qu’elle fait. Cela a d’ailleurs payé directement avec une seconde place en Ligue 1. Je ne dirais pas que j’étais surpris car je savais qu’il en avait envie. Alors, il n’avait peut-être pas d’expérience mais il faut bien commencer un jour. Si le club lui a fait confiance, c’est qu’il avait les compétences nécessaires pour occuper ce poste.

Un mot sur Nabil Fekir. Pensez-vous qu’il a passé un cap depuis le début de la saison ?

Je ne dirais pas qu’il a passé un cap mais qu’il revient à son meilleur niveau. Il a mis du temps à se remettre de sa terrible blessure. Je pense qu’il a été enterré un peu trop vite. Beaucoup de monde était sceptique quant à son retour en grâce. Il lui a fallu du temps mais à force de travail et de volonté, il a démontré qu’il n’avait rien perdu de son talent. Le fait de l’avoir responsabilisé en le nommant capitaine a eu un effet très positif sur lui. J’ai le sentiment qu’il n’a pas terminé sa progression et qu’il va devenir encore un plus grand joueur.

Comment est-il perçu en Algérie ?

Nabil Fekir a eu une communication un peu maladroite lorsqu’il a eu le choix entre la sélection française et algérienne. Le matin, il évoquait son envie de jouer pour l’Algérie et l’après-midi, il a finalement fait le choix de la France. A la suite de cet épisode, il a eu une mauvaise image en Algérie. Mais avec le temps, tout s’efface. Il est évident que les Algériens auraient préféré le voir évoluer avec la tunique des Fennecs, comme Karim Benzema en somme.

Dernière question, Rabah Madjer, votre ancien coéquipier vient d’être nommé à la tête de la sélection algérienne. La possibilité de lui donner un coup de main est-elle d’actualité ?

L’Algérie n’est pas au mieux donc forcément que si je peux aider, je le ferais avec plaisir. J’ai envoyé un message de félicitations à Rabah lors de sa nomination. Il sait qu’il peut compter sur moi. S’il a besoin de moi, je m’engagerais à ses côtés. Il y a beaucoup de travail à faire pour remonter la pente.

1 commentaire
  1. Altheos - jeu 9 Nov 17 à 8 h 04

    Je n'ai qu'un souvenir assez vague du joueur.
    Je trouve l'interview très intéressante, il n'y a pas de langue de bois, ni de déclarations tapageuses.
    Le truc intéressant, c'est le passage sur la cellule de recrutement.
    A un moment donné, JMA a donc refuser d'aider Maurice en élargissant la cellule de recrutement.
    La période de transition avec le nouveau stade après le départ de Puel a vraiment du être assez délicate à gérer pour les finances du club ce qui explique le recrutement "low cost" avec les Koné, Danic et cie.
    Heureusement que la génération "Lacazette" a émergée à ce moment là, car durant ces "3-4 ans, l'OL aurait vraiment pu devenir un club lambda du championnat.

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