Lyon’s French forward Alexandre Lacazette (R) reacts after Lyon’s French midfielder Corentin Tolisso scored a goal during the UEFA Europa League first leg quarter final football match between Lyon (OL) and Besiktas on April 13, 2017, at the Parc Olympique Lyonnais stadium in Decines-Charpieu, central-eastern France. / AFP PHOTO / JEFF PACHOUD

OL – Besiktas (2-1) : au cœur du virage Nord

La venue massive des Turcs au Parc OL a donné lieu à un autre match, celui des tribunes. Nous avons passé la soirée au sein du Kop Virage Nord au Parc OL, immersion.

Arrivés sous les coups de 18h30 sur le Parking P1, nous sommes rapidement fouillés. Même si le dispositif de sécurité a été renforcé, la fouille est clairement bâclée. On contrôle notre billet pour vérifier son authenticité, une fois ces deux étapes passées, nous voilà sur le parvis du Parc OL, en face de la porte Q. Les supporters lyonnais habitués à arriver une heure avant le coup d’envoi ne sont pas encore là, nous prenons conscience de la présence colossale des fans stambouliotes. Les Turcs sont présents en masse, drapeaux à la main, ils chantent, l’ambiance est pour le moment bon enfant et festive.

Cependant, les hostilités débutent sous les coups de 19h. Aux abords de la Porte Z sur le parvis, l’ouverture du Stade tarde et un groupe important d’abonnés se retrouvent à proximité de supporters du BJK. Les noms d’oiseaux fusent avant qu’un Lyonnais décide d’aller affronter un groupe d’une dizaine de Turcs. Les visages sont dissimulés par des foulards, écharpes ou capuches. Les forces de l’ordre interviennent rapidement et usent immédiatement des matraques. L’ouverture du stade dissipe le mouvement de foule.

« Merci Aulas ! »

Une vague importante de supporters lyonnais arrive ensuite vers 19h30, accompagnée d’un nuage de gaz lacrymogène. C’est la panique générale. Un père de famille ulcéré hurle « Merci Aulas ! ». Les accès dans le prolongement des stations de tramway, menant aux palpations, sont fermées derrière une unité de CRS. Boucliers et matraques à la main, les policiers cernent le groupe de supporters, dont nous faisons partie, devant la porte Z tandis que les stadiers ferment les voies vers la validation de billets. Nous nous retrouvons devant les CRS pendant de longues minutes. L’attente prend fin lorsque plus loin, des bagarres éclatent. Toujours sur le parvis, des supporters Turcs partent en courant en direction des échauffourées. Rapidement, ils font le chemin inverse, poursuivis par des Lyonnais. Les forces de l’ordre sont débordées et en sous-effectif. Elles ne savent plus où donner de la tête. Les affrontements du début de match ne laissaient rien présager de bon et tout le monde semble tendu dans le Virage Nord. Les yeux sont encore humides et la toux sèche, causée par les gaz lacrymogènes.

Le défi du Virage Nord

Nous prenons place à dix rangs du rectangle vert, à la gauche de la cage. On annonçait 15 000 Turcs, force est de constater qu’ils étaient bien plus nombreux, entre 20 et 25 000. La diaspora stambouliote a envahi le Parc OL, celle-ci- avait pris place du virage Sud à la tribune Est dans le troisième anneau. Plus le coup d’envoi approche et plus la tension monte, le Virage Nord s’échauffe en lançant des chants. Le capo arrive, le Kop se tait. Il est question du tifo, préparé jusque tard dans la nuit et également de l’obligation de faire bonne figure en faisant taire les fans du Besiktas. Les applaudissements fusent, la motivation est à son apogée. Ce jeudi soir le Kop Virage Nord est confronté à son plus gros défi depuis l’arrivée au Parc OL. Le message est bien passé, et la tribune, forte de ses 6000 adhérents répond présente. À l’image des ambiances face au PSG et Monaco la saison passée, la force de frappe organisée des Lyonnais surpasse des Turcs qui n’ont que les sifflets pour répondre.

Chaos total au Parc OL

Les sifflets, puis les pétards. Des engins pyrotechniques tombent du parcage Turc, du troisième anneau sur les supporters lyonnais du Virage Sud, parmi eux, des enfants, des mères et pères de famille. En réponse, des membres de Lyon 1950 sortent du stade pour monter en volée intermédiaire et aller affronter des spectateurs du club stambouliote. Les affrontements se situent juste sous le parcage visiteurs. Des béquilles font office d’arme, des familles françaises comme turques sont effrayées. Devant la violence des affrontements, la panique gagne les supporters du Virage Sud qui envahissent par centaines la pelouse du Parc OL. Des images qui ne sont pas sans rappeler les émeutes au Stade Vélodrome durant Angleterre – Russie à l’Euro 2016.

Il est 20h50, le chaos est total. Le Virage Nord ne lâche pas pour autant et continue de faire résonner les chants lyonnais. Le Capo gère la situation en ordonnant à tous les supporters de rester à leurs places et de ne pas participer à l’envahissement du terrain. À ce moment-là, dans le virage nord, personne ne se rend compte que c’est le Président Jean-Michel Aulas qui fait regagner leurs places aux supporters, apeurés, après de longues minutes de flottement.

« Faites le spectacle »

Les choses retombent, et avant le début du match, le KVN déploie son tifo avec une immense bâche représentant Laurent Mourguet et ses créations Guignol et Gnafron, symboles emblématiques de la ville de Lyon. Tout cela accompagné de banderoles où l’on peut lire : « Inspirez-vous de Laurent Mourguet – Faites le spectacle ! ». Sous la bâche, de nombreux supporters « craquent » des fumigènes et autres engins pyrotechniques, l’attente était insupportable pour les supporters.

Si le début de match de l’OL est compliqué, le Virage Nord, épaulé par le Virage Sud font cavaliers seuls, tenant le rôle de douzième homme à merveille. Jusqu’à la 15e minute. Sur un coup-franc astucieusement joué par Talisca, Babel fausse compagnie à Rafael et trompe Anthony Lopes d’une frappe croisée. L’ancien Red douche le Parc OL, mais réveille l’importante diaspora turque, en transe. Une nouvelle fois, le parcage visiteurs au troisième anneau use de pétards et cette fois de fumigènes. Calmés par leurs joueurs, le match reprend. Le coup est cependant dur à encaisser pour les supporters du Virage Nord, clairement agacé par ce début de match et craignant de subir une nouvelle déconvenue. L’ambiance baisse donc d’intensité jusqu’à la mi-temps.

Discours du capo avant le début du second acte et remobilisation générale des supportes. L’OL attaquera devant le Virage Nord en seconde période, ce qui est sans aucun doute un avantage considérable. Le KVN pousse cependant et n’abdique pas. Toutefois, agacés par la confiance insolente des fans turcs qui lancent des « Olé » sur une longue période de conservation du Besiktas à la 70e. Une confiance rapidement calmée avec une récupération du ballon de Lacazette dans les pieds du dernier défenseur, le goléador lyonnais parvient à éliminer le gardien, le Virage Nord est prêt à exulter, mais dans un angle fermé « Lacaz » manque le cadre. Les occasions sont nombreuses dans cette seconde mi-temps : le penalty non sifflé sur Nabil Fékir, une autre faute dans la surface qui débouche sur une position de hors-jeu au début de l’action d’Alexandre Lacazette, la frappe enroulée de Mathieu Valbuena qui frôle le montant gauche du gardien de BJK, Fabri, la tête de Corentin Tolisso qui fracasse le poteau. Rien n’y fait. Le kop commence alors à abdiquer, à se dire que la chance est passée.

La communion 

Ainsi seulement 3 minutes après le poteau de Tolisso, l’OL obtient un énième coup-franc dangereux, aux trente mètres. Valbuena le tire « dans le tas » et Talisca dévie le ballon sur Tolisso qui, à bout portant glisse le ballon hors de portée de Fabri. La délivrance. Comme au match aller face à la Roma, les membres des Bad Gones sautent de la tribune et viennent communier avec le buteur et homme du match du soir. Tolisso plonge la tête dans la foule, ses coéquipiers le suivent, supporters et joueurs se congratulent et se prennent dans les bras.

Après cet épisode fort en émotion, les Lyonnais galvanisés imposent un pressing monstre au Besiktas, renverse la vapeur et inscrivent un nouveau but par Jérémy Morel. L’arrière gauche, si souvent critiqués par les supporters est fêté en héros pas tous ses coéquipiers, des supporters du Virage Nord rentrent sur le terrain pour célébrer le but de la victoire. Une fois de plus, cet OL là s’en sort en ne jouant qu’une mi-temps, mais le scénario du match est si fou que les supporters s’en contentent. Après le match, le Virage Nord discute, tout le monde est d'accord, il s’agit là d’une des plus grosses émotions sportives que l’on a pu connaître depuis l’arrivée au Parc OL. Les Lyonnais quittent le Parc OL en chantant.

2 commentaires
  1. Juni entraineur OL - ven 14 Avr 17 à 13 h 35

    Parfaitement résumé tous ces faits !
    Finalement, en nord, c'était la tribune la plus en sécurité !
    A aucun moment on a vu Aulas en face

  2. OLVictory - ven 14 Avr 17 à 16 h 55

    On a mis du temps à arriver au stade par la navette de la Soie, mais ensuite on a rien vu de tout ça, c'était plutôt calme.
    J'ai discuté avec un supporter originaire d'Istanbul qui vit à Berlin, bien sympa. Je suis déjà allé en Turquie et j'ai rarement vu des gens aussi accueillants.
    Si l'OL avait son boulot on aurait pas vu autant la bande de dégénérés qui ont foutu ce bordel.
    Ce genre de match on s'en rappelle toute sa vie, c'est pour ça que j'aime le foot. Je n'admet pas que cette fête soit gâchée par l'amateurisme de l'OL.

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