(Photo by LOIC VENANCE / AFP)

OL - Coronavirus : comment gérer mentalement le confinement ?

Enfermés chez eux, les Lyonnais n'ont pas d'autre choix que de patienter en attendant la fin de l'épidémie de Covid-19. Une situation délicate à vivre pour toute la population car les déplacements sont désormais très limités. Comme pour leurs concitoyens, cette période peut être source de déprime, de stress voire d'anxiété pour les joueurs de l'Olympique lyonnais. Emilie Chamagne et Patrick Grosperrin, préparateurs mentaux à Lyon, expliquent comment éviter ces phénomènes.

Lyon, comme le reste de la France, a entamé sa quatrième semaine de confinement. Une situation difficile à gérer mentalement pour beaucoup de personnes et notamment pour les joueurs de football, privés de compétitions depuis plusieurs semaines désormais. La restriction de déplacement imposée par le gouvernement peut être source de déprime, de stress voire d'anxiété pour certains. "Au début du confinement, on ne se pose pas mille questions, il faut d’abord penser à s’organiser pour les choses du quotidien, explique Patrick Grosperrin, préparateur mental à Lyon. Ensuite, les préparateurs physiques délivrent aux joueurs un programme pour s’entretenir, ce qui peut occuper les joueurs pendant un temps. Avec les nouvelles réglementations, ils ne peuvent plus sortir que 45 minutes dans la journée et encore." Un constat partagé par Emilie Chamagne, psychologue de la performance et intervenante à l'OL académie. "C’est une épreuve psychologique pour les joueurs car ils quittent leur rythme d’activité intense."

Mais tous les membres du personnel sportif de l'Olympique lyonnais ne vivent pas de la même manière cette période particulière. "Il y a trois catégories d’état d’esprit suivant l’état moral dans lequel ils étaient avant le début de la pandémie et du confinement. Certains étaient dans un bon état d’esprit car ils jouaient souvent, ces derniers partent sur de bonnes bases, analyse le préparateur mental. D’autres sont un peu frustrés car ils jouent moins régulièrement, ont des blessures ou des problèmes personnels. Il peut également y avoir des gens en souffrance car ils ont peu de temps de jeu ou encore parce que l’entraîneur ne leur prête pas d'attention."

Chaque joueur ne vit pas le confinement de la même façon

Mais d'autres aspects rentrent également en ligne de compte, comme la durée du contrat liant le sportif et le club. "Pour les joueurs sans contrat à la fin de l’exercice, c’est l’incertitude. Cela créer des doutes car la situation financière des clubs ne sera peut-être pas optimale", indique Patrick Grosperrin. La famille a également son rôle à jouer auprès du footballeur. "Certains joueurs sont accompagnés et d’autres sont isolés. C’est un élément important car lorsque l’on a ses proches à ses côtés, il y a du relationnel durant le confinement."

Selon Emilie Chamagne, le plus dur pour les athlètes reste l'arrêt ou le report des compétitions. "Se sont des compétiteurs, ils manquent d’adrénaline. Le plus difficile, ce n’est pas la période en elle-même, mais l’annulation de toutes les compétitions, car ils se sont donnés corps et âme toute l’année pour y participer. Les sportifs doivent retrouver du sens à ce qu’ils font, c’est le plus gros défi." Pour l'heure, aucune date de reprise n'a été arrêtée et nul ne sait si le championnats et les coupes d'Europe pourront aller à leur terme. Les Rhodaniens n'ont donc pas d'objectif en tête actuellement, ce qui peut nuire à leur préparation en vue d'un éventuel redémarrage de la saison.

"Ceux qui traversent cette période tranquillement sont forts mentalement"

"Il faut constamment se réinventer, se réadapter et la compétence mentale qui est le plus recherchée en ce moment, c’est la faculté à être créatif. Il faut des ressources pour rester serein et calme dans cette situation où l'on commence à tourner en rond, déclare la préparatrice mental. L’idée, c’est de maintenir un rythme, tant que les joueurs ne sont pas officiellement en vacances. Ceux qui traversent cette période tranquillement sont forts mentalement, ce qui est une compétence très importante au haut niveau."

"Il faut éviter que certains joueurs tombent en déprime"

Pour veiller au bien-être des joueurs, Patrick Grosperrin conseille donc à l'encadrement lyonnais de ne pas négliger cet aspect de la préparation. "Les clubs ont tout intérêt à mettre en place une task force sur l’accompagnement mental de leur groupe pour maintenir un bon état d’esprit chez les joueurs. Il faut éviter que certains tombent en déprime et préparer un reprise dans de bonnes conditions." L’athlète de son côté, doit réaliser un travail sur lui-même afin d'être opérationnel quand l'heure de la reprise sera venue. "Le sportif de haut niveau a des impératifs. Il y a des états d’âme qu’il faut gommer. Il faut travailler sur les ressentis individuels pour les surpasser et pour être prêt à reprendre le plus tôt possible dans des bonnes conditions morales."  

En cas de retour à la compétition, il faudra quelques jours aux joueurs pour se remettre mentalement dans l'optique de disputer des rencontres pour certaines décisives. "Un temps d’adaptation à la reprise sera nécessaire. Celui-ci dépendra du travail du staff en amont. On peut travailler certaines phases de jeu à l’aide de l’imagerie mentale, annonce Emilie Chamagne. Je le pratique pour la vision du jeu, on reprend certains faits de match pour corriger la gestuelle notamment, mais cela ne remplacera jamais les entraînements collectifs." En plus du physique, une préparation mentale devra donc être effectuée par Rudi Garcia et son encadrement afin de tirer le maximum de la bande à Anthony Lopes.

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