(Photo by PHILIPPE DESMAZES / AFP)

OL : "Qu'importe le scénario de reprise, ça sera complexe" affirme le docteur Amprino

Médecin de l'Olympique lyonnais entre 2000 et 2008, puis jusqu'en 2013 avec les Fenottes, Jean-Jacques Amprino occupe désormais la même fonction au Football Bourg-en-Bresse Péronnas 01 (National). Pour Olympique-et-lyonnais.com, il a évoqué les difficultés et les risques sur le plan médical d'une éventuelle reprise des compétitions.

Olympique-et-lyonnais.com : En tant que médecin, quel est votre regard sur une éventuelle reprise de la compétition ?

Jean-Jacques Amprino : Quel que soit le scénario de reprise, ça sera complexe. En tant que médecin, on doit protéger les joueurs et avec le Covid-19, cela peut être compliqué. En Europe, certains clubs ont repris l’entraînement par petits groupes mais si l’on souhaite préparer une reprise, il y a forcément à un moment où il faudra faire des oppositions. Et là, ça peut être difficile. Le football est un sport avec des contacts donc les joueurs ne vont pas s’éviter. Et avec le sport de haut niveau, il y a une augmentation du flux respiratoire et des projections de salive. Ça va poser des problèmes lors des entraînements mais surtout durant les matchs. Les gestes barrières ne seront pas respectés à ce moment-là.

Quel est votre rôle dans durant cette période troublée ?

On est conscient qu’il y a des enjeux économiques et sportifs, mais chacun doit garder son rôle et le médecin doit rester dans son rôle de conseiller médical en fonction des données que l’on a. Mais quoi que l’on fasse, ça ne sera pas totalement satisfaisant. Aujourd’hui, je n’ai pas de réponse et je pense que personne n’en a. On est là pour éclairer sur les décisions, mais nous n'allons pas les prendre. Si je reste purement médecin et pas médecin de club, je dis que ce n’est pas raisonnable de reprendre. Après lorsque l'on s’intéresse au football, je pense que c’est un risque qu’il faut calculer et que les autorités vont bien calculer. Ce n’est pas le médical qui décide et c’est normal, il dit ce qu’il y a à dire mais chacun doit rester dans son rôle. En tant que médecin, je suis là pour mettre en lumière les dangers potentiels.

"La reprise en juin serait acrobatique"

Pour vous, est-ce prudent de reprendre les entraînements en mai et la compétition en juin ?

La reprise en juin serait acrobatique. Il faut minimum quatre semaines de préparation, si on peut avoir un peu plus c’est mieux, mais il y a les contraintes du calendrier. Si l’on veut suivre ce calendrier, il ne faudra pas trop traîner pour reprendre.

Est-ce dangereux pour la santé des joueurs ?

Les problèmes logistiques des douches et des vestiaires, cela peut se régler assez facilement, les joueurs peuvent arriver chez eux directement en étant prêt. Si je sors du raisonnement du foot, je me dis, voilà, on a les données, la problématique et tout le monde, les joueurs, les arbitres, les entraîneurs et tous ceux qui gravitent autour du football, acceptent de prendre le risque. Si on est optimiste, les joueurs sont des gens jeunes, la majorité a moins de 30 ans. Il n’y a pas un risque de mortalité très important chez les moins de 30 ans, même s’il y a eu quelques cas. Les footballeurs sont des gens plutôt sains. Je ne pense pas que l’on risque leur vie. De toute manière, si un joueur arrive avec 37,8 ou 38 °C de fièvre, il sera systématiquement écarté pendant plusieurs jours.

"Il faut minimum quatre semaines de préparation"

Tester l’ensemble des joueurs à la reprise est-elle la solution ?

On peut faire des tests le premier jour. Cela permettrait de voir les joueurs potentiellement porteurs du virus. Mais derrière, le joueur peut également être contaminé ailleurs, surtout s’il ressort. Donc est-ce qu’on va devoir faire des tests tous les deux jours, tous les cinq jours ? Ça va poser un problème de coûts et de logistique. Et si au bout d’une ou deux semaines, on découvre qu’un joueur est positif, qu’est-ce que l’on fait ? Lui on va l’isoler, mais il aura potentiellement contaminé ses coéquipiers ou adversaires s’il y a un match.

Selon-vous, faut-il reprendre les entraînements mi-mai par petits groupes comme en Allemagne ?

S’il y a une reprise, il faut mettre en place un protocole, qui sera certainement à peu près commun à toutes les équipes. Des entraînements par petits groupes, tout le monde pourra le faire une ou deux semaines pour une reprise très chirurgicale. Mais pour reprendre la compétition, il faudra bien que tout le monde soit là.

"Je ne pense pas que l'on risque la vie des joueurs"

Craignez-vous une augmentation des blessures lors du retour aux entraînements ?

Ça a été calculé. On sait très bien qu’après un arrêt aussi important, et même si les joueurs continuent de s’entretenir tous les jours, il peut y avoir des problèmes. Si le calendrier nous fait reprendre des matchs tous les trois jours, pour peu que lors de la reprise, certains ne soient pas complètement à 100 %, il y aura des risques de lésions musculaires. Il y aura probablement une augmentation des blessures. Alors, l’OL est habitué, mais pour les équipes qui ne le sont pas, il va y avoir de la casse. Il y a un autre problème, si l’on termine cette saison sur les chapeaux de roue, les joueurs peuvent être victimes d’épuisement et dans quelles conditions vont-ils reprendre la prochaine saison ?

Peut-il y avoir des différences entre les équipes à la reprise de la compétition ?

Si une équipe a un ou deux cas de joueurs touchés par le virus, il va falloir les écarter. Si en plus, elle a deux ou trois joueurs blessés, cela va complètement chambouler l’effectif. Les clubs qui ont les moyens vont faire la différence là-dessus, sur la prévention. Ce n’est pas inenvisageable qu’il y ait un ou deux cas dans une équipe et là, l’équipe serait KO, il n’y aurait plus d’égalité des chances.

"Il y aura probablement une augmentation des blessures"

Selon vous, une reprise du championnat à huis clos comporte-t-elle des risques ?

Ça sera au prorata du nombre de personnes et de la densité des personnes qui seront réunies dans le stade. A partir du moment où sur un même lieu, il y a une densité humaine qui augmente, cela augmente fortement les chances de propagation du virus. Lorsqu’il y a un match de football à onze contre onze, il n’y a pas une concentration énorme de personnes mais il y a des contacts.

Que pensez-vous de l'idée de reprendre le championnat en septembre et de le terminer en décembre comme l'ont évoqué Jean-Pierre Rivère (Nice) et Jean-Michel Aulas ?

C’est une option qui ne me paraît pas inintéressante. Ce n’est pas une mauvaise idée. Ça aurait le mérite de laisser plus de temps pour se préparer. On éviterait peut-être une reprise trop hâtive. Après, comme nous avons devant nous beaucoup d’interrogations, personne ne peut dire si en reprenant au septembre, on ne sera pas exactement dans les mêmes conditions sanitaires. Il y aura quand même quelques différences, les tests auront évolué, il y en aura plus et ils seront plus fiables. Il y aura peut-être un traitement. Ça c’est la vision optimiste des choses.

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