Mathieu Salamand : « L’OL forme des joueurs de qualité mais surtout des hommes »

Membre de la qualitative génération 91 aux côtés d’Alexandre Lacazette, Clément Grenier, Yannis Tafer ou Enzo Réale, Mathieu Salamand n’a pas connu la même réussite que ces derniers. Malgré un potentiel reconnu, le Lyonnais de naissance ne passera jamais professionnel à l’OL. Exilé en Suisse, à Thoune puis à Biel-Bienne, la carrière du milieu de terrain n’a rien d’un long fleuve tranquille. Entre une rupture des ligaments croisés et des promesses d’agents non tenues, celui qui a aujourd’hui 26 ans a fait le choix de la stabilité en acceptant un emploi dans le Nike Store Factory de Carré de Soie, près de Lyon. S’il n’a pas abandonné l’idée de retrouver un club professionnel, il reste lucide sur ce milieu très particulier du football. Entretien.

Olympique-et-Lyonnais.com : Vous êtes né à Lyon en 1991, comment a débuté votre histoire commune avec l’OL ?

Mathieu Salamand : J’ai commencé le football à l'âge de quatre ans car on n’a pas le droit de débuter avant. J’ai fait mes premières classes dans le club de l’AS Domarin, près de Bourgoin-Jallieu. L’Olympique lyonnais m’a repéré une première fois lors d’un tournoi en salle à l’Isle d’Abeau. J’étais alors âgé de sept ans. J’ai donc participé à une journée de détection à la Plaine des Jeux de Gerland. Cette journée était avant tout basée sur des gestes techniques. J’en garde un mauvais souvenir car on avait joué sur un terrain stabilisé et les conditions météorologiques étaient vraiment délicates. Il pleuvait et il faisait froid. Puis à mon âge, j’étais stressé au possible par cet événement. J’avais peur et je n’ai rien réussi. J’étais dépassé par les événements. J’avais l’impression que les autres jeunes étaient dix fois plus grands que moi alors que pas du tout (rires). En toute logique, je n’ai pas été retenu. Je pense que ce n’était pas le bon moment de toute façon. Finalement, j’ai réussi à intégrer le club cinq ans plus tard au prix d'une sélection drastique.

C’est-à-dire ?

Lorsque j’avais neuf ans, j’ai quitté Domarin pour aller jouer au FC Bourgoin-Jallieu. Or, il se trouve que le club voisin, l’Isle d’Abeau, est partenaire de l’OL. Le père de mon meilleur ami était éducateur dans ce club donc il m’a invité à participer à une journée de détection organisée à l’Isle d’Abeau, par l’Olympique lyonnais. J’étais bien plus à l’aise que la première fois (rires). On avait fait des tests techniques puis un match. A la mi-temps du match, Gérard Bonneau est allé voir mes parents pour leur manifester son intérêt. Mais ce n’était qu’une première étape. J’ai ensuite participé à un entraînement avec l’équipe de l’OL de mon âge, en compagnie de trois ou quatre recrues. J’ai ensuite pris part à un stage puis à un tournoi. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été exceptionnel mais les éducateurs avaient dû déceler quelque chose puisque j’ai poursuivi le processus de recrutement avec un match amical du côté de Roanne. On avait gagné 4-1 et j’avais inscrit un but. Convaincu par mon profil et mes prestations, Lyon m’a donc ouvert ses portes mais j’ai dû passer des tours (rires). J’ai donc intégré l’OL à douze ans.

Qu’avez-vous éprouvé à l’idée de rentrer dans le club phare de la région, qui plus est le club de votre ville de naissance ?

Il y avait beaucoup de fierté à la fois de ma part mais aussi de mon entourage et de mon club de Bourgoin-Jallieu. C’est important pour des clubs régionaux de voir certains de leurs éléments intégrer des centres de formation. Je pense que l’on peut analyser cela à la fois comme une récompense mais aussi comme une mise en avant dans le but d’attirer d’autres jeunes qui évoluent dans des clubs départementaux. Maintenant, je n’étais pas vraiment supporter de l’OL donc ce n’était pas une fin en soi à mes yeux. Au fond, je n’ai jamais été vraiment supporter d’une équipe en France. Mon meilleur ami est supporter de Marseille donc petit, il m’a un peu influencé pour que je suive cette équipe mais sinon, mon équipe reste le Real Madrid.

« Je n’ai pas su répondre aux attentes d’Armand Garrido »

Comment se passent vos premiers mois sous les couleurs lyonnaises ? On sait que le début est souvent déterminant pour la suite…

Les six premiers mois ont été un peu délicats. Ce n’était pas évident de quitter le cocon familial pour aller vivre seul à douze ans. A la mi-saison, j’ai eu un entretien avec mes éducateurs, ce qui m’a permis d’avoir un déclic. Ils m’ont dit ce qu’ils attendaient de moi et vice-versa. Du coup, je me suis vraiment lâché et j’ai donné la pleine mesure de moi-même. Maintenant, il fallait relativiser aussi. A cet âge-là, tout est beau et tout est rose. Certes, quand on est l’OL, on se doit de gagner tous les matchs et il fallait faire sa place mais je ne sentais pas un esprit de compétition. Je pense que l’on était un peu trop jeune pour l’avoir. Ou alors, c’était peut-être moi qui faisais preuve de naïveté.

A quel moment avez-vous senti qu’il régnait une vraie concurrence entre les joueurs ?

L’année suivante en moins de 14 ans fédéraux, c’était déjà autre chose ! Personnellement, cela restera comme ma meilleure saison. Sous la houlette de Joël Fréchet, j’ai vraiment fait de belles performances. On avait une relation spéciale lui et moi. Il m’a un peu pris sous son aile et m’a nommé capitaine. Un peu à l’image de Nabil Fekir aujourd’hui, j’étais un joueur assez réservé et avoir le brassard m’a responsabilisé et m’a donné confiance. De la coupe inter-district à la coupe nationale, je pense que l’on a tout gagné cette année-là. Pour ma part, mes performances avaient convaincu le club de m’offrir un contrat aspirant de trois ans. Je n’ai pas hésité et j’ai signé directement. C’était une nouvelle étape de franchie. Armand Garrido, l’entraîneur des moins de 16 ans nationaux a même décidé de me surclasser la saison suivante. Je jouais avec la génération 90. J’alternais les matchs avec cette équipe et les moins de 15 ans Ligue Honneur. Tout se passait très bien pour moi jusqu’à la saison suivante où tout a basculé…

Que s’est-il passé ?

Tous les jeunes vous le diront, l’année des moins de 16 ans nationaux est une saison charnière. Soit ça passe, soit ça casse. Au fil de la saison, j’ai perdu la confiance d’Armand Garrido. Sans prétention aucune, j’étais sans doute l’un des joueurs les plus doués de l’équipe. De ce fait, Armand Garrido attendait énormément de moi. Et je n’ai pas su répondre à ses attentes. Du coup, il me piquait en me critiquant devant le groupe et en me mettant parfois sur le banc des remplaçants. Il pensait légitimement que cela me ferait réagir. Mais à ce moment-là, je n’ai pas eu la bonne réaction. Je n’acceptais pas les critiques, je me suis braqué et j’ai boudé plutôt que de redoubler d’efforts. Et avec Armand Garrido, un tel comportement ne pardonne pas. Nos relations se sont tendues et une sorte de dialogue de sourd s’est instauré entre nous. J’ai perdu ma place et par conséquent, j’ai perdu confiance. Or, j’ai toujours été un joueur qui fonctionnait énormément à la confiance. Je ne suis pas arrivé à regagner ma place. Puis, quand à 16 ans, vous n’êtes plus titulaire, vous devenez un joueur quelconque et il ne faut plus trop se faire d’illusions pour la suite…

« J’avais le potentiel pour percer à Lyon »

Regrettez-vous votre comportement à cette période ?

Bien sûr, je me dis que c’est vraiment dommage car j’avais le potentiel pour percer à Lyon. Je n’ai aucune rancœur envers Armand Garrido. C’est d’ailleurs lui qui avait décidé de me surclasser une année plus tôt car il croyait en moi. Il a fait ce qu’il avait à faire. Ce n’est pas pour rien s’il a formé de grands joueurs. Je n’ai simplement pas été à la hauteur. J’ai raté ce virage qui aurait été déterminant pour la suite. J’aurais dû mieux faire mais je n’avais pas d’exemple autour de moi. Je réagissais à l’instinct et mon caractère a pris le dessus. A ce moment-là, je n’ai eu ni le caractère ni l’intelligence exigés pour percer. Ce sont deux éléments vraiment fondamentaux. Dans le football, un bon joueur intelligent, réussira beaucoup mieux qu’un très bon joueur qui n’a pas la tête qui suit car le football, ce n’est pas que du talent et de la technique, loin de là.

L’Olympique lyonnais insiste d’ailleurs beaucoup sur ce point-là au cours de la formation, non ?

Absolument. Je pense que c’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’OL a formé autant de joueurs qui réussissent au plus haut niveau car ils sont préparés mentalement pour ça. Le club mise beaucoup sur l’éducation. Les éducateurs connaissent les exigences du haut niveau. Peu importe, le niveau d’un joueur et son statut, s’il ne se plie pas aux exigences, il aura du mal à percer car les éducateurs privilégieront ceux qui sont exemplaires. L’OL forme des joueurs de qualité mais surtout des hommes.

Armand Garrido apparaît comme l’une des références françaises de la formation. Quelle est sa méthode ?

Comme je l’ai évoqué, c’est un éducateur très exigeant. Mais il est exigeant car il connait le potentiel des joueurs. Son exigence a simplement pour but de faire progresser les jeunes et il faut avoir conscience de ça. Au niveau de ses séances, c’est quelqu’un qui mise sur la répétition des gammes. Cela peut paraître idiot mais il insiste sur les choses simples à savoir les passes, les contrôles et les mouvements. Je peux vous dire que l’on en a fait des séances de contrôle/passe et de jeu long (rires). Et quand les gestes n’étaient pas maîtrisés à 100%, on ne passait pas à autre chose ! Peu importe s’il avait prévu d’autres exercices derrière. Parfois, on a fait du contrôle/passe durant plus d’une heure et demie ! Mais il a raison car dans le football, vous êtes performant quand vous maîtrisez les bases et les gestes les plus simples. En match, quand les onze joueurs ne ratent quasiment pas une passe, je peux vous dire que c’est plus facile de jouer (rires). Cela peut paraître bête mais c’est primordial. Après, les week-ends, cela venait tout seul et on faisait tout plus vite que les adversaires. De ce fait, on les maîtrisait et on gagnait très régulièrement. La méthode Garrido est simple mais efficace.

« Je suis le seul joueur de ma génération à avoir obtenu le baccalauréat »

Au moment où vous connaissiez des difficultés, quel rôle à joué votre entourage ? On sait qu’à 16 ans, les parents peuvent vite s’enflammer quand leur fils fait partie d'un centre de formation…

Ils n’ont pas eu besoin de me faire une leçon d’humilité car j’étais très loin de me prendre pour un autre. Au contraire, j’étais assez lucide par rapport au monde du football. Je n’ai jamais rien négligé et je suis d’ailleurs le seul jeune de ma génération à avoir obtenu le baccalauréat. Mes parents ont donc poursuivi mon éducation tout en me laissant gérer. Après, je suis quelqu’un d’assez réservé donc quand j’ai des problèmes, j’ai tendance à beaucoup intérioriser. Puis j’étais seul au centre de formation, ils ne voyaient pas mon quotidien. Je ne leur disais pas tout et concernant mes difficultés avec Armand Garrido, ils n’avaient que ma version des faits. Peut-être que s’ils avaient pu parler avec Armand, les choses auraient été différentes. Je ne me serais sans doute pas braqué comme ce fut le cas avec lui.

Comment êtes-vous parvenu à surmonter vos difficultés ?

Malheureusement, je ne les ai pas vraiment surmontées. Quand en moins de 16 ans nationaux, vous n’êtes plus un titulaire, c’est compliqué de redresser la barre car d’autres joueurs se sont installés. J’ai ensuite connu les moins de 18 ans sous la houlette de Patrick Paillot mais j’avais cette étiquette de joueur de complément et donc de second plan. A partir de là, je savais que l’OL ne me conserverait pas à l’issue de mon contrat, qui arrivait à échéance à la fin de cette saison-là. Fini mon contrat, Lyon revient quand même vers moi pour me conserver et me proposer un contrat amateur. Dans un premier temps je le refuse car j’étais sollicité par d’autres clubs. Je me rappelle d'avoir échangé avec la Berrichonne de Châteauroux notamment. Ce club m’avait d’ailleurs conseillé de rester à l’OL car c’était un centre de formation de référence.

C’est plutôt cocasse comme conseil dans un milieu réputé pour être assez égoïste ?

Oui c’est vrai. D’ailleurs, j’ai suivi leur conseil et j’ai signé un contrat amateur avec les Gones. Mais les choses n’ont pas changé, j’étais un second couteau car les joueurs de devant avaient un contrat et le club comptait davantage sur eux. J’ai joué un petit peu avec les moins de 18 ans et j’ai fait quelques feuilles de match avec l’équipe réserve en CFA. A 18 ans, j’ai quitté le club.

« Le fait qu’Alexandre Lacazette n’ait pas eu l’étiquette de futur grand l’a sans doute aidé »

Quand vous faites partie du centre de formation de l’OL, avez-vous le recul nécessaire pour vous dire que vous êtes dans l’un des tous meilleurs d’Europe ?

Honnêtement, on ne se rend pas compte. Après, je pense que le système y est pour beaucoup. En effet, quand on évolue en équipes de jeunes, on n’a pas vraiment de points de comparaison avec les grosses équipes. Hormis quand on joue des tournois où l’on peut se rencontrer. Sinon la majorité de nos matchs se font contre des équipes régionales dont la majorité sont amateurs. Quand on s’appelle l’Olympique lyonnais, il n’y a aucun mérite à surclasser des clubs amateurs. Il n’y a rien de plus logique. Je pense que dans les catégories de jeunes, il devrait y avoir des poules régionales mais  surtout un championnat de France élite, une sorte de Ligue 1. Cela aurait le mérite de tirer tout le monde vers le haut, de se mesurer aux gros clubs et ainsi faire émerger encore davantage de joueurs de talents.

A Lyon, vous avez connu comme éducateur Joël Fréchet, Armand Garrido et Patrick Paillot. Lequel des trois vous a le plus marqué ?

Sans l’ombre d’une hésitation, il s’agit de Joël Fréchet. C’est quelqu’un qui a su me donner confiance et qui a su me responsabiliser. Je le remercie vraiment pour tout ce qu’il a fait pour moi. On échangeait énormément ensemble. Je joue milieu de terrain, comme lui. Je pense qu’il se reconnaissait un peu en moi. Il me disait qu’il appréciait mon jeu et mon caractère. Un jour il m’a même soufflé que je lui rappelais son fils dans ma façon de bouder (rires).

Vous étiez membre de la fameuse génération 91 aux côtés d’Alexandre Lacazette, Clément Grenier, Yannis Tafer, Enzo Réale, Thomas Fontaine et plus tard Timothée Koloziejczak. Comment était perçue cette génération ?

Les joueurs les plus prometteurs étaient Clément Grenier et Yannis Tafer. Avec Alexandre Lacazette, ils formaient les « trois fantastiques ». Alexandre jouait dans l’axe, Yannis à gauche et Clément à droite. Il a été repositionné dans l’axe qu’à partir de l’équipe réserve. Il est certain que cette équipe avait vraiment un gros potentiel. Alexandre Lacazette a explosé alors que ce n’était pas le joueur qui était le plus mis en avant. Il était reconnu par les entraîneurs, mais les médias parlaient peu de lui. Le fait qu’il n’ait pas eu l’étiquette de futur grand l’a sans doute aidé. D’une part, cela aide le joueur à rester humble, mais surtout cela limite les attentes placées en lui. Ainsi le joueur a davantage le droit à l’erreur que s’il est sous le feu des projecteurs. Même s’il n’avait pas des statistiques fantastiques avec nous, j’ai le souvenir d’un Alexandre Lacazette souvent décisif. Certes, il est rentré chez les professionnels par la petite porte mais cela ne l’a pas empêché de se révéler par la suite.

« Le recrutement de l’OL est basé sur des paris, pas sur des valeurs sûres »

Qu’est-ce que représente, pour vous, le fait d’avoir été formé à Lyon ?

C’est un vrai gage de qualité et je pense que ça le restera encore longtemps. Ce n’est pas anodin d’avoir été formé ici. La formation lyonnaise est connue et reconnue. Sur un CV, c’est synonyme de prestige (rires).

Vous évoluiez à l’Olympique lyonnais lors de la période faste du club, dans le début des années 2000. Pensez-vous que vous auriez pu plus facilement percer aujourd’hui ?

Oui, c’est une évidence. Cela ne s’est pas joué à beaucoup. Quand je vois des joueurs comme Jordan Ferri ou Rachid Ghezzal, qui ont un an de moins que moi et qui ont pu signer professionnel à l’OL, je me dis que ça aurait pu être moi. Je suis resté six ans à Lyon et j’ai toujours connu le club champion. C’était une chance de faire partie de ce club mais quand vous êtes jeune, c’était aussi un inconvénient car vous savez qu’il y aura une ou deux places pour les jeunes. Surtout à une période où l’OL était l’un des meilleurs clubs d’Europe. Aujourd’hui, ce sont six ou sept jeunes qui signent un contrat professionnel chaque saison. La donne a changée. La stratégie du club aussi.

Quelle est la stratégie du club selon vous ?

Depuis plusieurs années, l’OL mise très clairement sur son centre de formation. Avant, lors des années fastes, le club recrutait des joueurs confirmés. Mais il y a eu une période un peu creuse, sans titre, où il a fallu revoir les plans car financièrement cela devenait compliqué. C’est donc tout naturellement que le club s’est tourné vers les joueurs du cru, avec un certain succès d’ailleurs puisqu’ils ont globalement bien assuré la transition jusqu’à l’arrivée du Groupama Stadium. A l’heure actuelle, l’OL est un club formateur à défaut d’être un grand club. Le président Aulas cherche à reconstruire étape par étape. Il table sur un équilibre financier et même sur des bénéfices. Ce qui n’est pas forcément commun dans le football. Je pense que l’OL est un peu dans la même optique que Monaco, à savoir former ou recruter des jeunes joueurs à potentiel pour ensuite les révéler et les revendre avec une plus-value importante. C’est la raison pour laquelle le recrutement de cette saison est basé sur des paris, pas sur des valeurs sûres.

« Lyon est un bon club mais pas un grand club »

D’après vous, l’OL n’est donc pas un grand club ?

Non, Lyon est un bon club mais pas un grand club. Pour bénéficier de ce statut, il faut garder ses meilleurs joueurs, ce qui n’a pas été le cas cet été avec les départs d’Alexandre Lacazette et Corentin Tolisso. Puis pour être un grand club, il faut avoir des grands joueurs qui coûtent cher. Or, je pense que Jean-Michel Aulas joue la carte de la patience et n’est pas prêt à faire des investissements colossaux tout de suite. Après, soit on est un grand club, soit on est un club formateur mais rarement les deux. Les ténors ne peuvent pas vraiment faire confiance aux jeunes car ils doivent faire des résultats immédiatement. Le développement des clubs se fait souvent au détriment des jeunes, l’exemple du Paris-Saint-Germain est assez frappant. Il y a aujourd’hui un vrai fossé entre l’OL et le PSG. Je pense honnêtement que la majorité des remplaçants de Paris seraient titulaires indiscutables à Lyon. C’est dire.

Que pensez-vous du début de saison des Gones ?

J’ai trouvé les premières journées un peu poussives. Les prestations étaient assez irrégulières. Puis, depuis ce succès arraché contre Monaco, Lyon a su enchaîner les victoires, à la fois en Ligue 1 et en Europa League. L’OL revient vraiment bien. Malheureusement, les points perdus en début de championnat face à des équipes supposées inférieures ne se rattraperont pas. Il faut simplement apprendre de ses erreurs et tâcher de gagner ce genre de match. Cela fera sans doute la différence à la fin de la saison. Si l’on s’en tient à la logique pure, l’OL doit terminer troisième derrière le PSG et Monaco, qui ont des effectifs qualitativement supérieurs à celui des Lyonnais. Mais compte tenu du potentiel de l’équipe et de ce que montre Lyon depuis plusieurs semaines maintenant, la deuxième place me semble être un objectif plus que jamais atteignable. Ensuite, il a y cette Europa League. Je suis triste de voir l’OL dans cette compétition surtout quand je l’ai connu en Ligue des champions

Mais justement, l’OL d’aujourd’hui n’est-il pas à sa place dans cette Europa League ?

Si totalement, mais cela rejoint ce que je disais précédemment. Aujourd’hui, l’OL est un bon club européen en termes de niveau donc il est légitime d’avoir des ambitions élevées dans une compétition comme l’Europa League. L’OL pourrait évoluer en Ligue des champions mais le club ne jouerait pas les premiers rôles. En revanche, sur le plan des infrastructures, Lyon rivalise avec les plus grands d’Europe, que ce soit avec le Groupama Stadium mais également avec le Groupama OL Training Center. Pour le moment, l’OL n’est pas encore au niveau de ses infrastructures. A mes yeux, le club mériterait un bon Gerland mais pas un Groupama Stadium.

« Bruno Genesio colle parfaitement à l’image de cet OL à potentiel »

Quand vous voyez le jeu prôné par Bruno Genesio, reconnaissez-vous des similitudes avec les volontés de vos éducateurs en équipes de jeunes ?

Oui. Il y a une certaine marque de fabrique à la lyonnaise. Cela se traduit par un jeu axé sur la possession du ballon dans le but d’user l’adversaire. A l’instar des équipes de jeunes, le club mise sur des joueurs techniques et rapides.

Quel est votre opinion vis-à-vis de Bruno Genesio ?

Je l’ai vaguement connu au club mais je pense qu’il doit quand même se souvenir de moi (rires). Je sais que c’est un très bon formateur. C’est une personne plutôt réservée voire même introvertie. Je pense que depuis qu’il a repris le club, il y a bientôt deux ans, son bilan est plutôt positif. Je trouve qu’il colle parfaitement à l’image de cet OL à potentiel. C’est un bon entraîneur qui est à la tête d’un bon club mais, pour le moment en tous cas, ce n’est pas un grand entraîneur tout comme l’OL n’est pas un grand club.

Pour en revenir à vous, après votre départ de Lyon, vous avez rejoint la Suisse et plus précisément le FC Thoune. Cela vous octroyait un certain statut d’avoir été formé à l’OL ?

Non, d’autant plus que mon jeu n’était pas forcément adapté aux exigences du championnat suisse donc j’ai connu une acclimatation un peu délicate. Puis Thoune se trouve en Suisse alémanique, du coup, la culture était tout autre que la nôtre. Là-bas, le football est avant tout axé sur le physique. Etant un joueur plutôt technique, je voulais faire des crochets ou des petits ponts. A chaque fois, je me prenais des coups, que ce soit à l’entraînement ou en match. L’entraineur ne sifflait jamais de fautes sur moi, lors des séances, pour me faire comprendre les choses. J’ai vite compris qu’en Suisse, on ne veut pas de footballeurs mais des guerriers. J’ai réussi à durcir mon jeu et le club m’a fait signer un contrat professionnel. J’ai même été repositionné en qualité de milieu relayeur puis même de milieu offensif. Au fil des saisons, je me sus imposé. Collectivement, le bilan était plutôt positif aussi puisque l’on a notamment disputé l’Europa League lors de l’exercice 2013-2014.

« En refusant une prolongation de contrat à Thoune, je me suis peut-être vu un peu trop beau »

Si tout se passait bien, comment expliquez votre départ de Thoune pour le modeste club de Biel-Bienne, pensionnaire de Challenge League (deuxième division suisse), en 2013 ?

J’ai eu quelques péripéties avec des agents qui m’ont tiré vers le bas. Lorsque j’étais titulaire régulier avec Thoune, il y avait un intérêt réciproque pour une prolongation de contrat. Personnellement, je n’ai pas eu l’offre escomptée, compte tenu des conditions salariales des autres joueurs donc j’ai refusé l’offre. Je me suis peut-être vu un peu trop beau. A cette période, j’étais assez courtisé et beaucoup d’agents me faisaient les yeux doux. On m’a fait miroiter des départs dans des clubs plus huppés. Je me suis laissé charmer et j’ai changé d’agent au profit d’un personnage qui comptait, dans son portefeuille client, une majorité de joueurs confirmés du championnat suisse.

Votre choix n’a pas été concluant ?

Non, c’est le moins que l’on puisse dire. La raison est toute simple : il avait trop de joueurs. Avec un nombre important de joueurs sous sa coupe, il ne pouvait pas s’occuper de moi ! Pour lui, j’étais un petit joueur vis-à-vis des autres. Je me suis retrouvé assez seul. Avec le recul, je me dis que j’aurais dû faire confiance à un agent qui avait un panel de cinq ou six joueurs dont il s’occupe vraiment.  Du coup, n’ayant pas signé de prolongation de contrat, j’étais un peu en délicatesse avec le club. Comble de malchance, je me fais une entorse et l’équipe se met à bien tourner. L’entraineur ne me fera plus jamais jouer car on ne fait pas confiance à un joueur en fin de contrat. N’ayant que très peu joué, j’ai accepté de rejoindre Biel-Bienne qui voulait faire de moi un cadre de l’équipe.

Comment s’est passé votre aventure dans ce club ?

J’ai joué deux saisons là-bas et sur le plan personnel, les choses se sont bien déroulées. Notamment lors de la saison 2014-2015 où j’ai disputé la grande majorité des matchs. Mais sur le plan collectif, les choses étaient assez compliquées et on jouait les derniers rôles. Cerise sur le gâteau, le club avait des problèmes financiers et m’avait proposé une prolongation de contrat assortie d’une diminution de salaire. La vie en Suisse est assez chère et j’aurais eu des difficultés à m’en sortir avec ma femme. J’ai donc refusé l’offre. Bien m’en a pris vu que le club a fait faillite quelques semaines plus tard. A cette période, mon ambition était de revenir en France. Je visais la Ligue 2. J’ai refusé des offres de pays exotiques pour raisons familiales. Je me suis entouré d’un agent français pour trouver un club dans l’hexagone. Mais rien hormis un essai du côté du Clermont Foot. L’essai se passe bien mais Corinne Diacre ne me retient pas car même si j’étais un excellent joueur selon ses dires, elle voulait un milieu de terrain avant tout physique. Je n’avais pas le profil.

« Je n’ai pas tiré un trait sur ma carrière ! »

Quand à 24 ans, on se retrouve sans club comme vous à cette période, que fait-on ?

J’ai gardé espoir, j’ai attendu le mercato d’hiver en espérant avoir des sollicitations. Je ne voulais pas rester sans club, de ce fait, mon agent m’a trouvé un point de chute à Oissel, près de Rouen, où il avait une connaissance. Le club évoluait alors en CFA2. J’ai fait une erreur en signant là-bas car une fois que vous signez à ce niveau, vous avez l’étiquette d’un joueur de CFA2, peu importe votre passé. Au bout de trois mois, j’ai rejoint la deuxième division américaine et le club de Charlotte. Je n’ai pu y rester que trois mois puisque mon visa a expiré ensuite. J’ai terminé la saison avec Oissel et je me suis rompu les ligaments croisés en 2016. J’ai effectué ma rééducation au centre pour sportifs de haut niveau à Cap Breton et de là, le club de Bayonne (CFA 2) m’a offert la possibilité de me relancer avec eux après m’être remis de cette blessure.

Que faites-vous aujourd’hui ?

En même temps que je jouais à l’Aviron Bayonnais, je travaillais à temps partiel dans un Nike Store. L’expérience a été concluante et j’étais plutôt épanoui dans ce que je faisais. De ce fait, j’ai eu l’opportunité de venir travailler au Nike Store Factory de Carré de Soie. J’ai accepté. Honnêtement, je commençais à en avoir marre de bouger. J’ai besoin de stabilité pour moi et aussi pour ma femme. Nous sommes mariés depuis trois ans et elle ne fait que me suivre. Je ne vais pas lui imposer un tel rythme pendant 10 ans ! Nous sommes tous les deux originaires de Lyon donc cette solution m’a semblé être la meilleure. Vous savez, le football ce n’est que du CDD. Quand vous avez un contrat professionnel, c’est sécurisant mais quand vous évoluez en amateur, la situation peut vite devenir précaire. J’ai préféré être raisonnable et jouer la sécurité avec un emploi où il y a des perspectives d’évolution intéressantes.

A 26 ans, vous tirez donc un trait définitif sur votre carrière ?

Non, je n’ai pas dit ça ! J’ai simplement fait le choix de la raison. Cet été, j’ai signé au FC Aix-les-Bains en Régionale 1, le club m’offrait un emploi à côté. Mais j’ai vite vu que c’était la galère. J’ai été contacté par beaucoup de clubs de la région que ce soit l’AS Saint-Priest ou même le FC Bourgoin-Jallieu, mon ancien club, qui a un projet sportif très intéressant. Mais ce n’est pas avec des contrats amateurs que je vais pouvoir vivre. Si dans six ou sept ans, je prends ma retraite en n’ayant enchaîné que des clubs de niveau CFA/CFA 2, j’aurais quel avenir ? Je n’aurais pas pu mettre d’argent de côté et j’aurais des perspectives de reconversion assez restreintes. Ce n’est pas ce que je souhaite. Alors certes j’ai 26 ans mais je veux déjà préparer l’avenir. Je suis lucide, je ne suis plus si jeune que ça donc je ne me fais pas d’illusions particulières. Maintenant, si demain un club professionnel que ce soit français ou dans les pays limitrophes, m’appelle et souhaite me recruter, j’irais avec plaisir. Je suis disponible. Mais je ne remettrai pas tout en question pour un plan galère.

« En acceptant un CDI à Nike, j’ai joué la carte de la sécurité »

Dans quel état physique vous trouvez-vous ?

Je me suis très bien remis de ma blessure. J’ai retrouvé la pleine possession de mes moyens. Forcément, quand un joueur a eu une rupture des ligaments croisés, les clubs sont réticents. C’est un peu le cancer du football. Mais je peux faire des tests pour montrer que ce mauvais souvenir est derrière moi. Je garde le rythme et la forme puisque j’ai pris une licence à l’US Meyzieu, le club de la ville où je réside actuellement. Les conditions d’entraînement sont parfaites puisque nous utilisons les terrains de l’académie des jeunes de l’OL.

Pour vous faire remarquer, la solution ne serait pas de signer dans un club de CFA puis de garder votre emploi à Nike comme c’était le cas à Bayonne ?

Non car ce sont deux choses impossibles à compiler. A Bayonne, je pouvais le faire car j’étais à temps partiel. Ici, j’ai signé un CDI à 35h par semaine et je travaille certains soirs et les samedis. Si c’est pour jouer un match sur six ce n’est pas la peine. J’ai connu tellement de déboires dans ma carrière, qu’aujourd’hui j’ai vraiment envie de jouer la carte de la sécurité. J’occupe un poste à potentiel et j’en suis satisfait. Ma femme a également trouvé un CDI dans le coin. Seul un projet solide et stable dans un bon club pourrait me décider à bouger de nouveau.

Quelle fonction occupez-vous dans le Nike Store Factory de Carré de Soie ?

Je suis arrivé en tant que simple vendeur. A Nike, ils appellent ça un « athlète ». Au-dessus de moi, il y a le « coach » assimilable à un poste de manager ainsi que l’assistant du directeur et le directeur. Les choses se passent bien et j’ai de plus en plus de responsabilités. Même si pour le moment, le titre de ma fonction n’a pas changé, on va dire que j’assiste mon coach et je dirige quelques vendeurs. Je suis son référent numéro un. Ma zone de travail se porte sur l’ensemble de la partie homme. J’ai déjà eu des entretiens avec la direction de mon magasin et ils voient en moi, une personne qui peut évoluer. L’ouverture d’un nouveau point de vente Nike est prévue en 2018 dans les alentours de Lyon, donc cela peut être une opportunité d’évolution intéressante. En tout cas, je suis très épanoui dans ce que je fais. Il y a beaucoup de clients dans le magasin donc il n’y a aucune routine. Même si quand je vois certaines connaissances et certains amis, ils me demandent tous pourquoi je suis ici et non sur un terrain, je ne regrette absolument pas mon choix. Je suis très fier de travailler pour Nike.

« A Nike, j’ai des opportunités d’évolution intéressantes. Je ne regrette pas mon choix »

En magasin, les choix sont-ils totalement orientés par le siège ou avez-vous une certaine liberté de mise en place ?

Forcément, il y a des directives de la part du siège. Il y a des personnes compétentes qui œuvrent pour proposer un merchandising cohérent et des magasins attractifs donc tout le monde ne peut pas faire son magasin à sa sauce sinon cela partirait dans tous les sens. Après, quand nous sommes en rupture de stock, ce qui est fréquent sachant que nous commercialisons des anciennes collections où il n’y a pas forcément de réapprovisionnement, nous avons la liberté de choisir les produits que nous souhaitons mettre en avant. Cela doit répondre à une certaine logique de stock et de cohérence en fonction des rayons.

Faut-il être un adepte de la marque pour travailler dans un Nike Store ?

Non mais on va dire que c’est vivement conseillé (rires). Personnellement, j’ai toujours perçu Nike comme la marque de sport de référence. J’ai toujours joué au football avec des chaussures Nike au pied. Aujourd’hui, forcément le fait d’y travailler fait que je suis pleinement imprégné par la marque. Mais pour moi, le fait d'occuper cet emploi correspond à une sorte de continuité de ma vie de sportif. J’œuvre pour une marque sportive, dans un magasin de sport, donc pourquoi je ne serais pas considéré comme un sportif ? (Rires).

2 commentaires
  1. butalorsyouarefrench - mer 15 Nov 17 à 11 h 14

    Bravo pour ce super article qui fait très bien ressortir le côté humain de ce joueur.
    Mathieu Salamand a su magistralement rebondir après avoir bien analysé ses échecs, en laissant de côté son égo.
    Il n'a pas atteint les sommets, mais c'est un homme heureux et bien dans sa peau.
    Ce qu'il nous dit sur la formation à la lyonnaise est tout à fait réconfortant.

  2. Tengen - ven 17 Nov 17 à 14 h 49

    Je trouve qu'il ressort de cet entretien une certaine franchise et un retour lucide sur ce qui n'a pas fonctionné, mais en même temps Mathieu semble assez naïf ^^

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