Depuis plus d’un mois le PSG ne cesse de défrayer la chronique avec le transfert de Neymar qui suscite aussi les critiques de Jean-Michel Aulas. Face à l’argent qatari, l’OL dispose d’un modèle économique solide pour pouvoir exister.
On l’appelle « le transfert du siècle ». Personne ne s’y attendait vraiment et surtout pas le FC Barcelone qui pensait avoir blindé le contrat de Neymar en y insérant une clause de départ à 222 millions d’euros. Dans l’espoir de remporter un jour le la Ligue des champions, le PSG a déboursé cette somme colossale pour s’attacher les services de son bourreau brésilien ces dernières années en C1. Si l’arrivée de cette star internationale ne peut-être que bénéfique pour l’exposition de la Ligue 1 à travers le monde, ce transfert pose réellement un problème d’équité. Jean-Michel Aulas ne s’est jamais caché pour le rappeler, alors qu’il estime aussi que Paris vient d’assommer la concurrence dans le championnat de France. L'Olympique lyonnais peut cependant continuer à rivaliser. Avec Maître Thierry Granturco, avocat à la Cour et spécialiste de droit du sport, analyse.
« Aulas exprime à voix haute ce que tout le monde pense à voix basse »
De tous les acteurs du championnat de France, c’est celui qui s’est montré le plus réticent au transfert de Neymar au PSG. Jean-Michel Aulas n’a jamais eu sa langue dans sa poche, même en ce qui concerne les affaires extérieures à son club. S’il reste conscient que l’arrivée du Brésilien marque un tournant pour la Ligue 1, le président lyonnais parle ces dernières semaines, « d’un dangereux système de dérégulation économique ». Ancien joueur de l’OL mais surtout avocat aux Barreaux de Paris et de Bruxelles et spécialiste de droit du sport, Maître Thierry Granturco rejoint la pensée du boss rhodanien. « Je comprends les interrogations de Jean-Michel Aulas. L’Europe du foot doit se poser les mêmes questions. Il exprime à haute voix ce que tout le monde pense à voix basse. Il y a des interrogations au niveau de l’UEFA, des grands clubs européens », nous a-t-il confié. Des interrogations qui se sont traduites par l’ambiance qui a régné ce jeudi à Madrid lors d’une réunion du comité exécutif de l’Association européenne des clubs (ECA). Le président du FC Barcelone Jospep Maria Bartomeu et celui du Paris Saint-Germain Nasser Al-Khelaïfi ne se seraient même pas adressés la parole. JMA, assis à côté de son homologue catalan et de Andrea Agnelli le président de la Juventus, ne parle pas officiellement d’un front anti-PSG mais avoue que l’aigreur envers le club de la capitale française règne au sein des plus grands clubs européens. Il a été un des premiers à s’offusquer. « Je pense que Jean-Michel Aulas a raison de critiquer le transfert de Neymar, lance Me Granturco. Le PSG réalise des opérations dont on a du mal à comprendre le contenu, ils affichent un budget à 550 millions d’euros mais on a du mal à savoir comment leurs dépenses rentrent dans leur budget. Comme c’est un club qui est adossé à un Etat, la politique économique n’est pas très lisible. » Paris pourrait aller encore plus loin en recrutant Kylian Mbappé contre une somme qui pourrait grimper jusqu’à 180 millions d’euros.
Un championnat à deux vitesses
Avec son armada, le PSG fait office de favori logique pour le titre de champion de France. S’il faudra encore sept ans aux Parisiens pour imiter le grand Lyon des années 2000, les clubs de Ligue 1 vont certainement bientôt subir la loi du Paris-Saint Germain. « Sous l’ère qatari, le PSG s’est fait voler deux fois le titre mais désormais je pense qu’ils le prendront à chaque fois », souffle Maître Thierry Granturco. L’avocat et le spécialiste de droit du sport va plus loin : « Pour les autres clubs de Ligue 1, il faut considérer que la deuxième place est la première. » Jean-Michel Aulas a déjà rejoint cette analyse, puisque le président lyonnais considère désormais qu’il ne reste plus qu’une place directement qualificative pour la Ligue des champions, à savoir la deuxième. « Ça met les autres clubs dans une situation assez délicate, souligne Me Granturco. Si le projet du PSG était un projet construit dans la durée il n’y aurait rien à dire. Là ce n’est pas le cas. Au contraire de l’OL qui récoltait les fruits d’un projet bien pensé lors des sept années où ils ont été champions. » Marseille qui souhaite revenir sur le devant de la scène, Monaco qui dispose d’une vraie stratégie ou encore l’OL qui aimerait se rappeler au bon souvenir de ses sept glorieuses, font face à « la pyramide économique inversée » des Franciliens et de leur actionnaire qatari. Avant de construire un projet, Paris a d’abord dépensé. « La Ligue 1 n’est pas encore mûre pour ça. Au contraire de la Premier League qui était prête avec Manchester City et leurs fonds d’Abu Dhabi », glisse l’ancien joueur de l’Olympique lyonnais. S’il y est déjà parvenu grâce à Zlatan Ibrahimovic, le PSG pourrait à nouveau faire tomber des records, cette fois sur le terrain. De quoi assommer encore un peu plus la concurrence.
« Lyon, le plus beau projet qu’on ait en France »
Face aux ressources presque illimitées du Paris Saint-Germain, l’Olympique lyonnais tente de rivaliser. Bien que « le PSG est un vrai concurrent sportif et un faux concurrent économique », comme l’indique Maître Thierry Granturco, l’OL souhaite dans les années à venir conquérir à nouveau le titre de champion de France et gagner une coupe d’Europe. Son projet semble lui permettre de poursuivre ce rêve. « Il n’est pas exclu que l’OL arrive à faire ce que Monaco a fait la saison dernière. Avec Lyon, il y a peu de surprises, c’est un club avec une pérennité dans la politique sportive », murmure l’avocat. Une politique sportive qui porte déjà ses fruits. Lyon dispose du meilleur centre de formation de France depuis cinq ans, est le seul club français propriétaire de son stade, n’a terminé hors du podium que quatre fois lors des 20 dernières années et vient se qualifier pour la 21e fois consécutive en coupe d’Europe. Ne manque plus qu’un titre qui échappe aux Lyonnais depuis 2012. Le Trophée des champions et la Coupe de France étant les deux derniers trophées ajoutés au long palmarès rhodanien.
Le club de la capitale des Gaules semble en plus avoir pris un virage cet été en vendant à prix d’or les meilleurs joueurs de son cru pour recruter des jeunes à fort potentiel. « De manière rationnelle, Lyon a de loin le plus beau projet qu’on ait en France, s’exclame Me Granturco. Sans équivalent c’est l’un des plus beaux projets européens, remarquable et remarqué à l’étranger, notamment par les gens de l’économie du sport. » Une seule ombre au tableau peut freiner le développement de l’OL : l’absence de Ligue des champions. « Le projet lyonnais est construit pour évoluer en C1. C’est un Bayern de Munich en devenir, c’est le modèle qui s’apparente le plus à ce que Lyon peut devenir », pense le spécialiste de droit du sport. Et le septuple champion de France va devoir lutter face à une féroce concurrence pour s’installer durablement dans la plus prestigieuse compétition européenne, ne restant à priori qu’une place directement qualificative. Pour y arriver le plan semble tout tracé. « Pour rivaliser il faut que Lyon continue son développement sans attraper une chimère », affirme l’ancien joueur de l’Olympique lyonnais. Et d’essayer de prouver que son modèle économique est le plus vertueux.

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