Joan Hartock OL
Olympique Lyonnais’ Joan Hartock (C) practices during the start of a training session, on June 29, 2009, at the Gerland stadium, in Lyon. AFP PHOTO PHILIPPE MERLE (Photo by PHILIPPE MERLE / AFP)

Joan Hartock : « Je suis déçu de ne jamais pu avoir ma chance avec l’OL »

Arrivé à l’Olympique lyonnais en 2004, Johan Hartock n’a jamais eu l’occasion de porter le maillot lyonnais en compétition officielle. Après sept ans passés à jouer avec l’équipe réserve, le portier d’1m90 a poursuivi sa carrière à Brest puis Quevilly Rouen. Aujourd’hui âgé de 34 ans, le Martiniquais entamé une reconversion en tant que conseiller commercial dans le secteur de l’assurance. En parallèle, il continue, pour le plaisir, à garder les cages de l’US Ducey Isigny (R1).

Olympique-et-Lyonnais : Joan, vous avez signé à l’Olympique lyonnais à l’été 2004. Pourquoi le club a-t-il misé sur un gardien de 17 ans alors que le club vivait ses plus belles années ?

Joan Hartock : Je jouais sur mon île natale en Martinique où je gardais les cages de la sélection à 17 ans. J’ai fait la connaissance de Bernard Lama. Il a clairement été un mentor pour moi. En partie grâce à lui, j’ai pu décrocher des essais avec des gros clubs français comme Lens, Lille et Lyon. J’ai effectué plusieurs essais à l’OL et ils ont tous été concluants. A partir de là, j’ai décidé de rallier Lyon. C’était quelque chose d’incroyable pour moi. J’étais encore un gamin mais je rejoignais le club numéro 1 en France et l’un des meilleurs clubs européens. En signant à l’OL, j’ai réalisé un rêve.

Comment vos parents ont vécu votre départ ? Ce n’est pas facile de laisser partir un enfant à des dizaines de milliers de kilomètres…

Je sais que mes parents ont eu un vrai pincement au cœur de me voir partir. Mais ma famille a toujours été bienveillante à mon égard. Quand j’ai eu cette opportunité de rejoindre l’OL, j’ai eu une vraie discussion avec mon père. Il a été honnête et m’a dit que, quoi qu’il arrive, il respecterait ma décision. Mais il m’a laissé le choix car c’est ma vie, mon destin et c’était mon rêve. Personnellement, j’ai pris une vraie claque également. Partir du cocon familial avec tout le confort qui va avec n’est pas chose aisée. Surtout à 17 ans. Mais c’était pour jouer avec des joueurs que je voyais quelques mois plus tôt à la télévision. Encore une fois, j’ai poursuivi un rêve. La première fois que j’ai vu un match de Champion’s League à la télévision, c’était un match de l’OL. Et là, j’allais jouer pour ce club !

Quel était le projet du club vous concernant ?

L’idée était que j’intègre le groupe pro tout en continuant ma formation. Je n’avais que 17 ans et j’avais tout à apprendre. Le club souhaitait que je fasse mes gammes en équipe réserve, sous la houlette de Robert Valette. Puis, suivant mes performances et les opportunités, j’imagine que le club ne se fermait aucune porte me concernant. Après, sur un poste spécifique comme celui de gardien, si on ne profite pas d’opportunités telles que des blessures, des suspensions ou d’une potentielle méforme, il est très compliqué d’avoir une chance au plus haut niveau.

Comment se sont passés vos premiers jours au sein du club ? L’intégration étant quelque chose de primordial quand on arrive dans un groupe.

J’ai débarqué à Lyon durant l’été 2004 donc je n’ai pas trop été dépaysé par le climat (Rires). Rémi Garde est venu me chercher à l’aéroport de Saint Exupéry. Pour la petite histoire, il était accompagné de Giovane Elber. C’était déjà quelque chose d’incroyable. J’ai directement enchainé par la préparation estivale. Quand je me suis présenté au groupe, j’étais vraiment stressé. C’était très impressionnant. Ensuite, plusieurs joueurs m’ont pris sous leurs ailes comme Sidney Govou, Florent Malouda puis il y a eu l’arrivée d’Eric Abidal aussi. On faisait pas mal de choses en dehors du football. Cela m’a vraiment aidé à m’intégrer.


« Bernard Lacombe m’a dit de ne jamais porter de vert »


On sait que les préparations estivales ne sont jamais de tout repos, surtout à Lyon. Quelles ont été vos premières impressions ?

J’ai vraiment galéré (Rires). C’était le très haut niveau, tout simplement. Mais je ne parle pas forcément qu’en termes de football. L’exigence se situait également au niveau des repos, de l’alimentation et de tout ce qui est en lien avec la performance d’un joueur. Mais j’étais vraiment déterminé à apprendre et à progresser. J’étais prêt à faire tous les efforts pour réussir.

Quand un nouveau joueur arrive à l’Olympique lyonnais, il est, de suite, mis au parfum de la rivalité avec l’AS Saint-Etienne. Cela a-t-il été votre cas également ?

Quand j’ai vu Bernard Lacombe, c’est l’une des premières choses dont il m’a parlé. Il m’a dit, peu importe les circonstances, tu ne porteras jamais de vert (Rires). J’ai rapidement été mis dans le bain de cette rivalité. Même en équipe réserve, les derbys étaient les rencontres où il y avait le plus d’affluence. Le terrain n°10 de la Plaine des Jeux était plein à craquer. C’était vraiment une belle expérience. Même à ce niveau-là, on sentait que l’on avait une obligation de résultat. On devait leur mettre cher (rires). C’est vraiment le plus gros derby en France. Dans la suite de ma carrière, j’ai connu des Brest-Guingamp mais c’était à des années lumières d’un Lyon-Saint-Etienne.

Après votre engagement du côté de l’OL, Bernard Lama a-t-il continué de vous suivre ?

Oui, je l’avais parfois au téléphone. Je suis même allé le voir en Guyane. C’est une personne qui a eu beaucoup d’importance pour moi.

Au fil des années et malgré votre statut de numéro 3, comment voyez-vous votre évolution et la perception du club à votre égard ?

Encore une fois, le poste de gardien est vraiment spécifique donc ce n’est pas forcément facile d’avoir une visibilité. Ce n’est pas comme un joueur de champ qui peut rentrer 10 ou 15 minutes en fin de match pour faire ses preuves. Mais en tant que jeune joueur, mon objectif était vraiment de progresser et d’enchaîner les matchs en équipe réserve. Puis je m’entrainais tous les jours avec Grégory Coupet, qui était le meilleur gardien français, le tout sous la houlette de Joël Bats. Je ne pouvais pas rêver mieux à ce moment-là. Après, il y avait du monde devant moi et je n’avais aucune expérience. Mais quand on n’a pas beaucoup de perspectives, c’est vrai que ne n’est pas toujours évident à gérer.


« Claude Puel a freiné ma progression »


Avez-vous senti qu’à un moment vous auriez pu avoir votre chance ou pas du tout ?

J’effectuais mon travail en équipe réserve. J’ai beaucoup appris notamment quand on allait jouer contre les équipes du sud de la France où les ambiances étaient, même en CFA, assez chaudes. Maintenant, il y avait devant moi Grégory Coupet puis Hugo Lloris et Rémy Vercoutre. Hormis une hécatombe, j’étais bloqué. Après coup, je me dis que j’aurais dû demander à être prêté pour me faire remarquer. J’ai sûrement été un peu trop discret aussi. Je voyais les années passer et mon statut qui n’évoluait pas mais j’étais encore jeune donc j’espérai avoir les portes s’ouvrir. Ce qui n’a jamais été le cas. Surtout qu’à la fin de mon aventure lyonnaise, les rapports se sont vraiment dégradés avec Claude Puel, le coach de l’époque.

Que s’est-il passé avec Claude Puel ?

Je voyais que je stagnais donc j’ai demandé à être prêté. Il y avait Boulogne-sur-Mer qui était prêt à m’accueillir. Il a été un peu évasif surtout qu’il y avait eu une blessure au niveau des gardiens. Donc il n’a pas voulu que je parte par sécurité pour que j’occupe momentanément le poste de numéro 2. J’ai été un peu déçu surtout que c’était une blessure bénigne. Je suis resté et je suis retombé dans mon quotidien de numéro 3. Puis un jour, il est venu me voir en me disant qu’il voulait faire monter Mathieu Gorgelin en numéro 3. Il avait davantage d’appétence pour lui que pour moi ou que pour Anthony Lopes par exemple. J’ai vraiment mal réagi. Il y a eu un vrai clash entre nous car il m’a bloqué et il a freiné ma progression. Pour quoi au final ? Me dire qu’il ne comptait pas sur moi. Je pense qu’il n’a jamais cru en moi…

Tout au long de votre aventure lyonnaise, vous avez été entraîné par Joël Bats, qui reste une référence en la matière. Que retenez-vous de votre collaboration avec lui ?

C’est une personne très attachante et cela se ressentait à la fois au niveau des entraînements mais surtout au niveau des rapports humais que nous avions avec lui. Pour l’anecdote, chaque mois de décembre, il invitait tous les gardiens du groupe professionnel au restaurant. Outre ses qualités d’entraîneur et le fait que l’on a chacun progressé sous sa coupe, c’est vraiment sa personnalité qui m’a marqué. Je me souviens qu’il avait des problèmes de rotule mais qu’il continuait à faire des frappes. Je lui avais fait la remarque et il m’avait dit que tant qu’il serait debout, il continuerait à taper le ballon (rires). Cela symbolise le personnage qu’il est.

Vos nombreuses années en équipe réserve vous ont permis de côtoyer plusieurs éducateurs ainsi que de nombreux joueurs du centre de formation. Quelle est votre vision de la formation lyonnaise ?

Quand on voit tous les joueurs formés à l’OL, qui jouent aujourd’hui au plus haut niveau, on ne peut que louer la qualité de la formation lyonnaise. Je pense sincèrement que c’est l’une des meilleures académies d’Europe avec le Barça et sa célèbre Masia. Il y a plusieurs explications à cela. Déjà, je parlerai de l’exigence. Ensuite, le bassin lyonnais est riche de beaucoup de bons clubs et possède donc un réservoir de jeunes qui ont énormément de qualités. Puis le club mise beaucoup sur le recrutement des jeunes. Il y a des recruteurs qui sillonnent la région mais aussi la France entière pour trouver des jeunes susceptibles d’intégrer l’OL. Enfin, la qualité des installations et du centre du formation permettent vraiment aux jeunes de s’épanouir. Après, tout est une question d’opportunités. On peut être un très bon jeune mais ne jamais évoluer au plus haut niveau.


« Je me sens champion »


Au cours de votre aventure lyonnaise, l’OL a glané quatre championnats de France et une coupe de France. Sachant que vous n’avez pas disputé ces compétitions, ces titres ne sont pas officiellement inscrits à votre palmarès. Mais vous sentez-vous champion avec l’OL ?

Comme vous l’avez évoqué, sur le papier, je ne suis pas champion. Mais je faisais partie du groupe et les mecs ont tout fait pour que je sois champion. Je me souviens que Sidney Govou a tout fait pour que j’ai le même statut et les mêmes primes que ceux qui avaient joué. Il est allé, en personne, négocier avec le président Aulas. Personnellement, je me sens champion car j’ai pris part à ces différentes aventures au côté du groupe.

Comme tout gardien lyonnais des années 2000, vous avez subi les coups francs de Juninho. Que retenez-vous de ces séances ?

C’était toujours très intense ! En tant que gardien, c’était compliqué, on ne va pas se le cacher (rires). Mais cela m’a permis de progresser et de mieux lire certaines trajectoires par la suite. On va dire que cela a été vraiment bénéfique au niveau de l’expérience. Les séances duraient généralement entre 30 et 45 minutes. Maintenant, on évoque Juninho mais je peux vous dire que Clément Grenier, Miralem Pjanic et Ederson n’étaient pas maladroits dans cet exercice également.

Après sept ans passés à l’Olympique lyonnais, vous quittez le club en 2011 à l’issue de votre contrat. Que gardez vous en mémoire de votre période lyonnaise ?

Je suis très fier d’avoir joué à l’OL. J’ai grandi en tant que joueur et en tant d’homme. Après, il est évident que je suis frustré de la façon donc cela s’est terminé. Je suis également déçu de ne jamais pu avoir ma chance même sur un match de Coupe de France. J’aurai aimé porter les couleurs du club au plus haut niveau. J’aurais aimé faire une carrière à la Bernard Lama et je pense que j’aurais pu le faire à l’OL. Je voulais vraiment montrer mes qualités. Je pense que le fait de rester aussi longtemps dans l’antichambre sans avoir ma chance a freiné ma carrière. Mais je suis de nature positive donc ce n’est pas la frustration qui domine. Maintenant, sortir de l’OL est aussi un gage de qualité. C’est un label d’excellence. Il fallait que je montre tout ce que j’avais appris au contact de grands joueurs.

Est-ce que le fait d’être natif d’un département d’outre-mer comme la Martinique, vous donne encore plus envie de réussir en France ?

Je ne dirais pas plus envie mais disons que c’est toujours une fierté d’être une sorte de porte-drapeau de notre île. Après, on sait que la France a toujours fait confiance aux joueurs d’outre-mer et aux joueurs d’origine africaine. Mais pour nous, c’est important de montrer que la Martinique n’est pas uniquement une destination de vacances.


« Je ne vois pas le même OL entre l’Europa League et la Ligue 1 »


Avez-vous continué à suivre l’OL après votre départ ?

Bien sûr ! Je suis un pur lyonnais à vie. J’ai toujours des contacts avec certains anciens joueurs comme Sidney Govou, Clément Grenier mais aussi avec Wendie Renard. Depuis que je suis parti, c’est vrai que le club a changé de dimension avec un nouveau stade et de nouvelles infrastructures. J’aurai aimé vivre ce changement.

Malgré ce changement de statut, le club rhodanien n’a plus remporté le moindre titre depuis une coupe de France en 2012. Comment expliquez-vous 10 ans de disette au niveau du palmarès ?

Il y a eu beaucoup de changements depuis la période faste du club. Peut être trop. Ce que je retiens personnellement, c’est la stabilité du staff que ce soient des entraineurs adjoints à l’intendant en passant par les médecins et les kinés. On a longtemps eu les mêmes visages. Aujourd’hui, il y a beaucoup de turnover sur ces postes. Après, chacun aura son avis sur la question. Ce que je vois aujourd’hui et même depuis plusieurs années, c’est qu’il y a beaucoup de talents à l’OL mais cela s’accompagne de nombreux problèmes d’égo. A mon époque, tout le monde ne s’entendait pas de façon idyllique mais sur le terrain, on se battait tous ensemble et on donnait tout. Je ne sais pas si c’est vraiment le cas actuellement.

Vous avez côtoyé Anthony Lopes qui n’a que trois ans de moins que vous. Quel est votre avis sur l’évolution de l’international portugais ?

Anthony c’est un sanguin qui a la gagne en lui. Au fil du temps, c’est devenu un véritable pilier du club. Je ne pense pas me tromper en disant que c’est devenu un monument, à l’instar de Grégory Coupet notamment. Mais je ne suis pas surpris car j’ai toujours cru en lui. A l’époque, Claude Puel lui préférait Mathieu Gorgelin, ce qui aurait pu le freiner dans sa carrière. Personne au sein du club ne comprenait ce choix car Anthony était sincèrement meilleur. Je craignais que l’OL ne le conserve pas du fait de sa taille, qui a longtemps été un sujet le concernant. Mais il n’a jamais baissé les bras. Il a eu cette opportunité de jouer à la suite d’une blessure de Rémy Vercoutre et il l’a saisi.

L’OL occupe actuellement une décevante 10e place de Ligue 1 mais le club est toujours en lice en Europa League. Comment voyez-vous cette fin de saison ?

J’espère vraiment que les Lyonnais vont aller au bout de cette Europa League. Ce ne sera pas facile mais rien n’est impossible. Il manque au club une coupe d’Europe. Je me rappelle encore nos déceptions après Porto, le PSV Eindhoven ou le Milan AC où l’on n’a pas su contenir la pression de l’événement. A chaque fois on sentait que c’était possible et ce n’est pas passé. En Ligue 1, l’OL doit arriver à enchaîner car 10e c’est compliqué. Mais, quand je regarde les matchs, je ne vois pas la même équipe entre l’Europe League et la Ligue 1. C’est ça le plus incompréhensible. Même au niveau du jeu, il y a des différences majeures. En tout cas, ça me fait mal de voir le club classé aussi bas en championnat.

Vous concernant, après l’OL, vous avez porté les couleurs de Brest puis de Quevilly Rouen. Aujourd’hui vous gardez les buts de l’US Ducey Isigny (R1). A 34 ans, comment voyez-vous votre reconversion ?

J’ai tout donné au football et je joue désormais pour le plaisir. A 34 ans, je pense désormais à ma reconversion. Il y a quelques mois, j’ai réalisé une formation de développeur web. Actuellement, je découvre le métier de conseiller commercial dans le milieu de l’assurance. Aujourd’hui, je n’ai pas forcément envie de rester dans le monde du football. Mais peut-être que j’y reviendrai un jour.

3 commentaires
  1. westkanoute - mer 30 Mar 22 à 18 h 27

    Merci à la rédaction pour ces entretiens passionnants.

  2. JUNi DU 36 - mer 30 Mar 22 à 19 h 32

    Il aura même pourris la vie de certains jeunes ce crispé 😡 Qu'est ce qu'il aura fait mal au club 😠
    Très bonne interview 👍
    C'est top ce qu'a fait Sidney pour les primes 👏

  3. OLVictory - jeu 31 Mar 22 à 10 h 22

    Hartock a eu de la chance d'être pistonné par Bernard Lama, ça lui a permis de prendre la place d'un de nos jeunes du centre de formation, sans que ça soit forcément justifié par les performances sportives. On n'a pas oublié.

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