OL : "Le foot féminin français ne peut pas s’endormir", prévient Sonia Bompastor

Invitée de Tant qu’il y aura des Gones, lundi, Sonia Bompastor a livré un constat lucide sur l’évolution du football féminin en France. L’entraîneure de l’OL appelle à une structuration plus profonde.

Jeudi, au Parc OL, l’Olympique lyonnais a rendez-vous avec son destin contre la Juventus Turin. Celui de rester encore en vie dans cette campagne de Ligue des champions et d’aller décrocher ce fameux ticket pour les demi-finales. Mais, cette rencontre n’a pas qu’un intérêt sportif pour les Fenottes. Ce duel contre les Turinoises doit également servir de vitrine au football féminin français, à un peu moins de 100 jours de l’Euro 2022 en Angleterre. Plaque tournante de la discipline depuis une dizaine d’années, la France donne l’impression de stagner et de ne pas avoir surfé sur la Coupe du monde 2019, organisée à domicile. Un constat qu’ont pointé du doigt Amandine Henry et Ada Hegerberg ces derniers jours. 

Au plus près du terrain, les deux stars de l’OL observent une vraie stagnation au niveau de l’évolution du football féminin dans l’Hexagone. Avec le club lyonnais mais aussi le PSG, demi-finaliste de la Ligue des champions la saison dernière, la France devrait être l’une des locomotives européennes. Après dix ans de règne lyonnais, elle est désormais bien loin dans la hiérarchie, dépassée par l’Espagne ou l’Angleterre qui ont réussi à professionnaliser un peu plus leur championnat.

"Le temps d’avance qu’on avait avant, on ne l’a plus notamment au niveau européen avec des pays comme l’Espagne ou l’Angleterre qui travaillent énormément et qui nous sont peut-être passés devant. Il faut qu’on analyse bien la situation pour avancer, a noté Sonia Bompastor, lundi, dans Tant qu’il y aura des Gones. Après, il faut avancer en étant le plus juste possible. On parlait de l’offre et la demande et la situation chez les hommes et les filles n’est pas la même et il faut avancer en adéquation avec notre manière de fonctionner. Mais effectivement, il ne faut pas s’endormir."


Une D1 qui pousse vers le bas ?


Au milieu des années 2010, les stars du ballon rond féminin se bousculaient au portillon pour rejoindre l’OL. Le club de Jean-Michel Aulas reste toujours une place forte mais avec la progression de formations comme le Barça, Chelsea ou même Arsenal, la concurrence est désormais plus rude pour attirer les meilleures. Dimanche, Lindsey Horan regrettait que dix ans après son passage au PSG, la D1 Arkéma soit toujours un championnat hétérogène où l’OL et le PSG sont encore capable de passer des 7-0.

Le championnat de France ne serait-il pas en train de niveler vers le bas l’OL et le PSG ? Sans taper dessus, Bompastor concède qu’il reste beaucoup à faire en France pour voir une vraie compétitivité et appelle les clubs professionnels à plus investir dans les sections féminines. Le seul moyen pour plus d’attractivité et donc plus de revenus.

"On n’a plus de question à se poser, il faut avancer, poursuit la coach lyonnaise dans TKYDG. Ça commence par la Fédération mais aussi par la structuration des clubs. On a encore des stades sur la D1 Arkéma qui ne correspondent pas au haut niveau d’exigence ou la retransmission télévisuelle. C’est encore du bricolage pour que Canal Plus puisse diffuser les matchs. Quand on manque de place au niveau des infrastructures, des vestiaires, on privilégie les garçons. Ce sont des petites décisions prises bout à bout qui peuvent améliorer les choses."


La Fédération et les clubs doivent mettre les moyens


A Lyon, on a vite compris que la section féminine pouvait être une belle vitrine pour le club et Jean-Michel Aulas n’a pas rechigné à mettre les moyens. Son audace a été récompensée mais il est encore trop seul. Juvisy a notamment été obligé de se rapprocher du Paris FC afin de survivre. Troisième du championnat, le club francilien est peut-être l’exemple à suivre pour bon nombre de clubs à la recherche de moyens. Un effort qui passe aussi par des décisions venues de tout en haut avec notamment une Fédération Française de football plus active. A écouter l’entraîneure de l’OL, c’est le chemin qui est en train d’être pris mais il reste encore long. 

"Notre président est impliqué dans des groupes de travail à la FFF donc cette prise de conscience, elle existe. Je rejoins Amandine (Henry) en disant qu’il faut structurer les choses. Si on ne structure pas bien, ça va être un coup d’épée dans l’eau et on va repartir en arrière. Il faut une volonté des présidents, des personnes politiques pour donner les moyens de se structurer et permettre aux clubs professionnels d’accompagner ce développement."

Après avoir eu presque dix ans d’avance sur son temps, la France, certainement pas aidée par la crise du Covid-19, a appuyé sur le recul frein. Elle doit maintenant retrouver sa marche en avant afin de tirer tout le monde vers le haut et pas seulement les clubs professionnels. Le vivier des jeunes joueuses est important notamment dans la région lyonnaise, il ne manque qu’à mettre les bons ingrédients pour faire prendre toute cette mayonnaise.

6 commentaires
  1. JUNi DU 36 - mar 29 Mar 22 à 11 h 32

    Quand on voit le tout petit nombre de femmes qui font parti de la FFFM je ne suis pas étonné de la lenteur de cette progression. Il n'y a guère que depuis 2 ans que le chiffre a monté. Et encore quand je dis monté c'est poussé le truc par les cheveux 😬
    Petit historique des femmes au sein de la FFFM
    -Avant 1992 aucune femme
    - Entre 93-95 et 2005-2011 Marilou Duringer-Erckert uniquement comme membre.
    - Depuis 2011 seul 8 femmes se sont retrouvé dans diverses fonctions :
    -Brigitte Henriques ( Secrétaire puis vice présidente déléguée)
    -Laura Georges ( secrétaire général)
    -Pauline Galère, Marie Barsacq, Hélène Schrub (Membres)
    -Aline Riera ( trésorière)
    -Florence Hardouin ( Directrice général)
    -Nathalie Boy de la tour (membre de droit)
    Elles restent encore très très très minoritaire. C'est pas normal que ce monde tjrs autant machiste et antifeministe de la FFFM soit en majorité très proche des 100 % 👎 Pas étonnant que ça n'avance pas et que seul l'ol et Paris se retrouve dans des situations de gagnants en permanence, ils ont investit de l'argent privé que non pas les autres clubs.

    Pourquoi pas vers une fédé féminine complètement indépendante de la FFFM...
    Et bien sûr avec des hommes dedans. Faire autre chose que ce que les hommes ont fait uniquement que pour eux.

  2. mmc1789 - mar 29 Mar 22 à 15 h 40

    Je suis globalement en accord avec ton post .. il est clair, au vu de la politique FFF, que cette dernière souhaite l'élimination par l'argent des petits clubs, ne donnant pas de moyens aux filles .. Là où il pourrait y avoir une forme d'équilibre pour permettre, via une allocation de moyens, de faire perdurer des clubs qui marchent et développer la vitrine pour attirer des moyens ..

    Et le sexisme de ses dirigeants vu à travers quelques articles de presse (https://www.mediapart.fr/journal/france/291121/au-tribunal-la-fff-est-accusee-de-discriminer-des-femmes) porte préjudice à la totalité du foot

    Par contre, de l'argent privé que n'ont pas les autres clubs .. si, justement pour certains .. mais que les gros clubs choisissent de mettre ailleurs
    Que vise Bordeaux en tentant de virer son entraineur que les filles ont soutenu ?????

    L'ASSE fait des efforts avec un club en D1
    L'OM, en D1 il y a qq saisons, n'y est plus .. en perdition en D2 .. cherchez l'erreur
    Nice, dans la même poule est 2e .. mais en D2 aussi .. pas de moyen à Nice (avec ou sans I...S) ..

    1. Dede passion 69 - mar 29 Mar 22 à 16 h 39

      + 69 !!!👍

      100% d'accord avec notamment l'allusion avec d'autres clubs pros que tu cites, et bien d'autres encore qui s'en fou*ent totalement du foot féminin. Pas assez rentable !
      De tous petits clubs historiques survivent comme Soyaux, mais Juvisy par exemple , a dû être repris par le Paris FC, sous peine de disparaitre.

      Alors oui, merci à JMA d'avoir été visionnaire, et il a été bien récompensé, avec nos filles en vitrine du club.

    2. JUNi DU 36 - mar 29 Mar 22 à 17 h 37

      C'est pour ça qu'une fédé indépendante sur le foot féminin avec des femmes et des hommes à sa tête serait la bienvenue pour changer les choses, et en même temps "obliger" certains clubs à investir dans cette voie.
      Bien sur dede pour JMA il a assuré. Par contre son soutient au président de la FFFM afin de réduire le championnat à 10 clubs je trouve ça très petit de sa part, j'appelle ça de la régression, faire marche arrière. Au contraire il faut faire en sorte en y mettant plus de moyen d'augmenter le nombre de clubs au fil du temps.
      Il faut arrêter de donner le pouvoir entièrement à ces hommes là qui ne font que retarder le processus.

      1. XUO - mar 29 Mar 22 à 17 h 43

        ......Oulala, t'as dit " en même temps ". Emmanuel t'a briefé ?

      2. JUNi DU 36 - mar 29 Mar 22 à 17 h 48

        😂😂

        Très bon lien mmc1789 👍 Si Mediapart n'était pas la à fourrer son nez partout des tas de choses passeraient à l'as en toute tranquillité.

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