Le lyonnais Philippe Violeau (G) est à la lutte avec l’anglais Ray Parlour d’Arsenal (D), le 13 février 2001 au stade de Gerland à Lyon, lors de la rencontre Lyon/Arsenal comptant pour le 3e tour de la Ligue des Champions. AFP PHOTO GERARD MALIE Lyon’s Philippe Violeau (L) fights for the ball with Arsenal’s Ray Parlour 13 February 2001, during their European Champions League match in Lyon. AFP PHOTO GERARD MALIE AFP/AFP/GERARD MALIE/STF/GM-mpr/lk / AFP PHOTO / GERARD MALIE

Philippe Violeau : « J’avais un vrai rôle de cadre à l’OL »

Arrivé entre Rhône et Saône en 1997, le natif de Challans (Vendée) a participé activement à la montée en puissance de l’Olympique Lyonnais. Milieu défensif de devoir, le joueur formé à Niort aura disputé 269 rencontres en six saisons dans la capitale des Gaules, raflant une coupe de la Ligue, deux trophées des Champions et trois titres de champions de France. A 47 ans, il n’a rien perdu de son sens du placement puisqu’il s’est reconverti en conseiller de gestion de patrimoine. Une réussite car depuis août 2010, il a créé sa propre structure avec Romain Battiston, le fils de Patrick. Entretien.

Olympique-et-Lyonnais : Philippe, vous arrivez à l’Olympique Lyonnais au cours de l’été 1997 en provenance de l’AJ Auxerre. A cette époque, le club bourguignon jouit d’une côte plus élevée que celle de l’OL. Qu’est ce qui a motivé un tel choix de votre part ?

Philippe Violeau : J’arrivais en fin de contrat avec l’AJ Auxerre, or, le club m’a fait une proposition de prolongation trop tardive à mon goût. Quand un club souhaite faire signer un nouveau bail à un joueur, il se manifeste assez tôt dans la saison. Ce ne fut pas le cas. Je ne cache pas que j’ai été un peu déçu par l’attitude des dirigeants auxerrois. L’OL s’est manifesté et m’a fait une belle proposition, meilleure que celle d’Auxerre. J’ai senti que les Lyonnais avaient vraiment envie de me recruter. Après, certes il y a eu ce doublé coupe-championnat avec Auxerre en 1996, mais la saison suivante, on ne termine que sixième. L’OL était un peu moins prestigieux à cette période mais c’était un club qui montait en puissance. Comme je suis un homme de défi, j’ai relevé ce challenge.

Vous avez été formé à Niort avant d’évoluer à Auxerre. Vous arrivez à Lyon dans une ville à la population municipale seize fois supérieure. Comment avez-vous vécu ce changement d’environnement ?

Très bien. Auxerre est une petite ville où tout le monde se connait plus ou moins. Lyon est une grande ville où il fait vraiment bon vivre. La beauté de la ville et la sympathie qui y règne m’ont agréablement surpris. L’OL est d’ailleurs à l’image de la ville. J’ai découvert un club très familial, peut-être même davantage qu’à Auxerre. Je me rappelle, tout le monde au club se côtoyait à Tola Vologe, des jardiniers aux joueurs en passant par les administratifs. Des collations étaient organisées entre tout ce petit monde. Tout le monde était derrière l’équipe et œuvrait pour elle. Il y avait une véritable osmose. Ma famille et moi, nous nous sommes toujours bien senti à Lyon. D’ailleurs, nous aurions très bien pu revenir habiter dans la région à la fin de ma carrière.

Quel est le projet sportif que les dirigeants lyonnais vous présentent pour vous convaincre de venir ?

L’OL est un club avec une histoire, avec trois coupes de France remportées dans les années 1960-1970. Quand je suis arrivé, l’objectif du club était de devenir une équipe majeure du championnat de France. La saison précédente avait été un peu tumultueuse avec l’éviction de Guy Stéphan au profit de Bernard Lacombe. Clairement, je suis arrivé à une période où le club voulait préparer un avenir radieux et souhaitait terminer régulièrement dans les premières places du championnat. Le tout avec des joueurs de valeurs, à l’image du club. Cette volonté collait parfaitement avec mon profil. Ce n’est pas parce que j’arrivais d’Auxerre et que j’avais déjà un petit palmarès que j’étais quelqu’un. Je ne me suis jamais pris pour un autre. Je suis venu à Lyon sans statut particulier, avec l’unique volonté de jouer pour aider le club à grandir.

« Bernard Lacombe était très proche des joueurs »

Quel rôle vous confie Bernard Lacombe, sachant qu’un milieu de terrain défensif se doit d’être aussi bien un travailleur qu’un taulier ?

Oui c’est totalement ça. Je devais être un point d’ancrage au milieu de terrain. Mais mon rôle ne s’arrêtait pas à mes performances. Je devais parler aux joueurs, les aider, tout en amenant mon expérience. Je n’avais que 27 ans à mon arrivée mais je comptais près de 250 matchs au niveau professionnel. Cela me correspondait bien car c’est dans ma nature de parler et d’aider les autres. A cette période, l’OL comptait énormément de joueurs formés au club comme Ludovic Guily, Cédric Bardon, Florent Laville, Christian Bassila, David Linarès, Frédéric Kanouté ou encore Joseph-Désiré Job. Tous ces garçons avaient un potentiel certain. Mais qualité ne rime pas forcément avec finalité. Pour ces jeunes, il fallait jouer mais il fallait aussi être encadré pour progresser et passer des paliers. La progression de chacun se fait aussi grâce aux autres et au collectif. Le football est un sport d’équipe donc on a besoin de tout le monde. Les jeunes apportent leur fougue et leur jeunesse alors que les moins jeunes amènent leur expérience et leur gestion des moments clés. La réussite symbolise un bon amalgame entre tout le monde.

Parmi les jeunes de l’époque, peu ont vraiment percé à l’Olympique Lyonnais. Selon vous, le problème venait d'un manque de confiance de la part du club ou des joueurs qui n’avaient pas le niveau nécessaire pour s’imposer réellement en équipe première ?

Quand on est jeune, il faut jouer pour progresser, c’est indéniable. En revanche, il faut également faire preuve de patience et saisir sa chance quand elle arrive. Je pense qu’à cette période, les joueurs formés au club n’ont pas saisi leur chance et ont fait preuve d’impatience. Mais leur choix de quitter Lyon n’a pas forcément été mauvais puisque certains se sont révélés ailleurs. Ce sont des comportements que l’on retrouve aujourd’hui et de manière encore plus amplifiée. Désormais, un joueur de 17-18 ans qui n’a pas le temps de jeu qu’il souhaite, décide d’aller voir ailleurs. Nous sommes tous des compétiteurs mais il faut prendre le temps de grandir. En tout cas, à l’OL, j’ai le souvenir de jeunes joueurs à l’écoute. Il y avait une bonne complicité entre eux et les plus anciens. Forcément, il y a eu quelques frictions mais cela existe dans n’importe quel groupe. En tout cas, je pense qu’il y avait davantage de respect des jeunes envers les anciens à cette époque que maintenant. Mais c’est, avant tout, un phénomène de société et non pas qu’un problème lié au football. La société nous rend moins respectueux, moins vertueux mais plus individualiste.

Quel type d’entraîneur était Bernard Lacombe ?

C’était un entraîneur très proche des joueurs. Il a son caractère et n’hésitait pas à taper du poing sur la table quand cela était nécessaire. Au-delà de ça, c’est une personne de valeurs, qui amenait à tout le groupe cette lucidité indispensable au football de haut niveau. Il nous disait de nous remettre sans cesse en question car les bonnes périodes ne durent pas éternellement.

« On avait une vraie mentalité de gagneur »

De l’extérieur, on avait l’impression qu’il était davantage présent pour dépanner après le limogeage de Guy Stéphan plutôt que par volonté. D’ailleurs, il ne restera que trois et demi au poste d’entraîneur…

Il avait forcément un minimum de volonté d’occuper ce poste sinon il ne l’aurait pas fait mais au fil du temps, il vivait de plus en plus mal la pression liée à ce métier qui n’est vraiment pas facile. Il faut être fait pour ça. Je pense que Bernard Lacombe ne se sentait pas vraiment dans son élément dans ce rôle-là. C’est la raison pour laquelle, il a souhaité revenir à un poste de directeur sportif en 2000, échangeant sa place avec celle de Jacques Santini.

Après un exercice 1997-1998 encourageant avec une sixième place en championnat, une demi-finale de coupe de France et une élimination en seizième de finale de la coupe UEFA par l’Inter Milan, la saison 1998-1999 est encore meilleure avec une troisième place en championnat et une élimination en quart de finale de la coupe UEFA contre Bologne. Comment se matérialise sur le terrain, cette montée en puissance ?

Comme je l’ai dit, il y avait un vrai projet d’avenir lorsque je suis arrivé. Le club a pris le temps de progresser. La réussite ne se construit pas en un jour. Nous pouvions nous appuyer sur un vrai esprit d’équipe. La première saison, le fait de disputer et de gagner la coupe Intertoto, nous a lancé de la meilleure des façons. Le fait de jouer une coupe d’Europe, même si ce n’était que l’UEFA, a permis de faire grandir à la fois les joueurs et le club. On n’avait pas à rougir de cette élimination contre Milan. Mais cette première saison n’était que les prémisses de la suite. Il a fallu confirmer et c’est ce que l’on a fait l’année d’après avec cette belle troisième place qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des champions. C’était une grosse satisfaction. On avait la possibilité de toucher l’excellence en disputant cette compétition. On s’appuyait toujours sur notre force principale : le groupe.

Sur le plan national, qu’est-ce que cela signifie de terminer sur podium ?

Cela vient couronner le travail de toute une équipe avec l'opportunité de disputer la Ligue des champions la saison suivante. C’était forcément quelque chose de spécial sachant que le club n’y a jamais goûté au cours de son histoire. En France, on sentait que l’OL avait de plus en plus son mot à dire et que l’on commençait à faire peur. Avec les victoires, les joueurs prenaient vraiment conscience de leurs qualités. On avait surtout développé une vraie mentalité de gagneur. On avait cette volonté de toujours gagner et on a su l’inculquer aux jeunes. Cette mentalité sera à la base des succès futurs du club. L’appétit ne vient pas en mangeant dans le football, mais en gagnant (rires).

« Maribor restera à jamais comme le plus gros échec de l’OL »

L’été 1999 marque un tournant dans l’histoire de l’OL avec de lourds investissements réalisés pour les recrutements de Sonny Anderson (FC Barcelone) et Tony Vairelles (RC Lens), ainsi que l’arrivée de l’international français Pierre Laigle. Étiez-vous au courant de la volonté des dirigeants de recruter de tels joueurs ?

Non. Dans un club, chacun à son rôle et doit s’y tenir. Les joueurs sont sur le terrain et les dirigeants décident de mettre en place une stratégie et s’y tiennent. Cela dit, en étant totalement lucide sur notre groupe, on savait très bien que l’on devait se renforcer pour passer un cap. Il y avait de la qualité dans notre effectif mais avec une troisième place en championnat, on plafonnait. On a fait avec nos moyens. Il fallait apporter du talent supplémentaire. Les arrivées, notamment celles de Sonny Anderson et de Tony Vairelles, ont fait beaucoup de bruit sur le plan médiatique. L’OL n’était plus perçu de la même manière. Certes, le club et les dirigeants ont pris un risque mais il était nécessaire pour continuer à progresser. Ces investissements sont aussi le symbole de la réussite de la gestion de Jean-Michel Aulas. En interne, les joueurs recrutés avaient un état d’esprit identique à celui du groupe. Cela a facilité leur intégration rapide. Malgré l’ampleur médiatique liée au prix de leurs transferts, Sonny Anderson et Tony Vairelles sont restés eux-mêmes, des garçons simples.

Le club prend un nouveau virage et se donne les moyens de ses ambitions avec la volonté annoncée de se qualifier pour les phases de poule de la Ligue des champions. Dernier obstacle : les Slovènes de Maribor. Malgré un statut de favori, l’OL tombe de très haut et se fait éliminer. Comment expliquez-vous une telle désillusion ? Peut-on évoquer un manque d’humilité ?

Il est évident que lorsque le tirage au sort nous désigne Maribor comme adversaire, on croit plus que jamais en nos chances. Je ne dirais pas que l’on a manqué d’humilité, ce serait un peu trop exagéré mais il est certain que l’on n’imaginait pas une seconde se faire éliminer. Malheureusement, c’est la cruauté du sport pour celui qui perd et la beauté du sport pour celui qui gagne. Cet échec nous a fait terriblement mal. On a joué de malchance lors de ces deux matchs et on n’a sans doute pas mis tous les ingrédients nécessaires pour se qualifier. Mais je le répète : on n’a pris personne de haut ! On était les premiers déçus. Une pluie de critiques s’est alors logiquement abattue sur nous. Cela a été assez chaud avec les supporters que ce soit à notre retour à l’aéroport ou le lendemain à l’entraînement. Ils ne comprenaient pas cette élimination. On était en pleine progression et cela nous a mis un sacré coup dans les fesses. Mais personne n’est infaillible, on a pu le constater avec l’équipe de France contre le Luxembourg… Maribor restera à jamais comme le plus gros échec de l’OL.

Comment peut-on se remettre d’un tel affront ?

Il y a deux écoles : soit on se remet au travail et on se donne les moyens de réussir, soit on se morfond et on peut faire une croix sur notre saison. On a choisi la première option. Dans notre malheur, on avait une chance : ce n’était que le début de la saison. Jean-Michel Aulas nous a remis les idées en place en tapant du poing sur la table. Mais il a aussi su nous remotiver immédiatement. Entre joueurs, nous avons dialogué et chacun a assumé ses responsabilités. On s’est serré les coudes et on s’est remis immédiatement au travail. Il ne faut pas tergiverser dans ces moments-là.

« Bernard Lacombe a fini épuisé par le métier d’entraîneur »

Malgré un nouveau couac européen contre le Werder Brême, l’OL termine une nouvelle fois à la troisième place du championnat, synonyme de nouveau tour préliminaire de Ligue des champions. Peut-on parler de saison réussie malgré tout ?

La saison est positive oui mais on reste un petit peu sur notre faim. Sur le plan européen, ce n’était clairement pas notre année. En championnat, cette troisième place renforce notre image d’équipe qui compte. Cela démontre aussi notre régularité. Finir troisième alors qu’on a touché le fond après Maribor prouve les qualités morales et mentales de ce groupe. Certaines équipes ne s’en seraient jamais remises. Pas nous. On devait rebondir et faire quelque chose de bien à la fois pour le club et pour les supporters.

A l’issue de l’exercice 1999-2000, Jacques Santini et Bernard Lacombe échangent leur poste, respectivement de directeur sportif et d’entraîneur. Comment vivez-vous ce changement ?

Personnellement, je le vis plutôt bien car c’est un changement qui intervient en interne entre deux personnes que l’on connait bien. Je pense que Bernard Lacombe était au bout du rouleau. Il a fini épuisé par ce métier d’entraîneur. C’est un amoureux de football et on sentait que ce n’était pas le football qu'il aime. La nomination de Jacques Santini est apparue comme naturelle. La transition a été très bien réalisée. Après, on a découvert un autre Jacques Santini. Forcément, un directeur sportif ne peut pas se comporter de la même façon qu’un entraîneur. Un directeur sportif est à l’écoute de états d’âme de chacun, il n’a pas le même discours ni le même rôle qu’un entraîneur. Mais le gros avantage est que l’on ne partait pas dans l’inconnu et que l’on savait qu’il y aurait une certaine continuité.

L’OL décide également de s’internationaliser avec les recrutements d’Edmilson (Brésil), Claudio Caçapa (Brésil), Eric Deflandre (Belgique), Patrick Müller (Suisse) ou encore Marc-Vivien Foé (Cameroun). Comment ont-été perçues ces arrivées au sein du vestiaire ?

Forcément, cela a changé un peu la face du vestiaire mais à l’instar de Sonny Anderson, Tony Vairelles et Pierre Laigle, l’OL cherchait à recruter à la fois des joueurs de qualités mais surtout de joueurs qui avaient un état d’esprit proche de celui du groupe. Cela a grandement facilité leur intégration tout en préservant la notion de groupe. Tous ces joueurs étant internationaux, on peut dire que l’OL a continué de se donner les moyens de ses ambitions.

« Un derby, on sait ce que c’est uniquement après l’avoir vécu »

A l’image de la saison précédente, l’OL dispute le tour préliminaire de Ligue des champions. Cette année, ce sont les Slovaques de Bratislava qui se dressent sur la route des Lyonnais. Le spectre de Maribor est-il revenu ?

Bien évidemment. Un an plus tard, nous n’avons pas oublié. D’ailleurs, je pense que même aujourd’hui cet échec contre Maribor est encore dans les mémoires. Forcément, à l’heure d’affronter Bratislava, on a ce petit doute qui plane. Une nouvelle fois, nous avions cette étiquette de favori et une nouvelle fois, nous avions tout à perdre. Dans le sport, comme dans la vie, il n’y a rien de facile.

L’Olympique Lyonnais tient finalement son rang et se qualifie pour la première fois pour les phases de poule de Ligue des champions. Avez-vous la sensation de rentrer dans l’histoire du club ?

Non car selon moi, l’histoire s’écrit uniquement avec des titres. Je perçois davantage cette qualification comme une marche supplémentaire de franchie. Cela n’a pas été simple mais on a su marquer à des moments clés pour s’offrir une qualification logique. On peut dire que cela nous a motivé pour la suite de la saison. Pour autant, je ne pense pas que cela a effacé l’affront de Maribor. Les victoires lavent les défaites mais ne les effacent pas.

Dans la lignée de la qualification en Ligue des champions, vous réalisez un début de saison très positif avec en point d’orgue une nouvelle qualification pour la seconde phase de poule de cette même compétition. Autre fait marquant, la victoire dans le derby face à Saint Etienne à l’ultime seconde sur un but de Christophe Delmotte (le 21 décembre 2000). Quel était votre ressenti lors de ce match ?

Personnellement, c’était l’un de mes premiers derbys puisque depuis mon arrivée à l’OL, Saint-Etienne évoluait en Ligue 2. N’étant pas Lyonnais de naissance, ni formé au club, on m’a forcément beaucoup parlé de ce derby. Or, avant de jouer ce match, même si on est sensibilisé, on ne sait pas ce que cela représente vraiment. Un derby, on sait ce que c’est uniquement après l’avoir vécu. C’est un match particulier avec une atmosphère et une ambiance particulière. J’ai entendu des gens me dire : « A ta place contre Saint-Etienne, je ferais ça ou ça... ». Mais personne n’est à notre place. Un derby se joue certes, mais il doit se gagner. Ce soir-là, c’était une rencontre très disputée sur le terrain. Le scénario joue en notre faveur puisque l’on marque le but de la victoire sur notre dernière action. C’était incroyable…La ferveur était exceptionnelle. Le football sort vraiment vainqueur de ce type de match. Forcément à la fin, on ressent beaucoup de joie et de fierté.

« On a commencé à écrire l’Histoire récente du club en gagnant la coupe de la Ligue »

Au printemps, l’OL réalise son premier gros exploit en Ligue des champions en terrassant le Bayern Munich à Gerland (3-0). Malheureusement, Lyon ne se qualifie pas pour les quarts de finale du fait d’une différence de buts particulière défavorable par rapport à Arsenal. Peut-on parler de regrets ou de satisfaction par rapport au parcours réalisé ?

Je vais dire un petit peu des deux (rires). Il y a cette victoire à Gerland contre le Bayern Munich mais également ce match nul à Arsenal obtenu à la dernière minute grâce à un but d’Edmilson. Je pense que ce sont les premiers exploits de l’OL dans la reine des compétitions européennes donc forcément on pouvait être fiers de nous. Mais, les coupes d’Europe se disputent aussi bien contre les gros clubs que contre des clubs moins huppés. La qualification, on l’a perd sur le terrain du Spartak Moscou où l’on ne fait que match nul. On a manqué des occasions donc sur ce match, oui, il y a des regrets. On n’était pas loin de nous qualifier. Mais ce parcours nous a servi. Quand on a goûté à ce genre de match, on veut en jouer toutes les semaines (rires). Notre groupe avait une nouvelle fois démontré sa force. Au-delà de ça, on a vu que même après avoir battu Munich, on a eu cette faculté à se remettre directement au travail. On ne s’est pas gargarisé pendant un mois. C’était le symbole d’un groupe qui souhaitait qu’une chose : gagner.

Le groupe est finalement récompensé quelques semaines plus tard avec le gain de la Coupe de la Ligue aux dépens de l’AS Monaco. Le premier titre pour l’OL depuis 1973. Vous disiez que pour rentrer dans l’Histoire du club, il fallait gagner des titres. C’est désormais chose faite…

Oui (rires). Depuis plusieurs saisons, on réalisait de bonnes performances que ce soit en championnat, dans les coupes nationales ou sur la scène européenne. Mais à chaque fois, il manquait quelque chose pour aller au bout. Lors de ce match, nous avons gagné au mental. Notre force collective et notre solidarité ont fait la différence. Alors certes, j’ai entendu dire que ce n’était qu’une Coupe de la Ligue mais qu’importe ça reste un titre majeur à mes yeux. Et ce titre fut le point de départ de tous ceux qui ont suivi ! Alors oui je pense que l’on a commencé par écrire l’histoire récente du club ce 5 mai 2001. C’était l’aboutissement pour tout un groupe.

Vous qui avez connu un doublé coupe de France-championnat avec l’AJ Auxerre en 1996, parlez-nous de la ferveur qui régnait le lendemain de votre victoire à l’Hôtel de Ville de Lyon et sur la place des Terreaux.

C’était incroyable. On avait l’impression que tout Lyon était présent ce jour-là. Forcément cela n’avait rien à voir avec ce que j’avais connu à Auxerre, là c’était puissance dix ! Alors même si ce n’était qu’une Coupe de la Ligue, ce trophée était attendu depuis tellement d’années qu’il y a eu un engouement exceptionnel. Sur le plan sportif, ce titre matérialisait notre montée en puissance et notre progression depuis plusieurs saisons. On est passé d’une équipe crainte à une équipe qui gagne. Ce n’est pas la même chose. On peut dire que l’on a pris un nouveau virage. D’autant plus que l’on termine deuxième du championnat cette saison, du coup on se rapprochait de plus en plus du titre de champion de France.

« Contre Lens, j’ai marqué le but le plus important de ma carrière »

Ce fameux titre de champion arrive l’année suivante, lors de la saison 2001-2002 avec cette finale OL-Lens à Gerland lors du dernier match. A quel moment le groupe a-t-il pris conscience que le titre était jouable ?

Cela faisait plusieurs saisons que l’on était dans le coup au classement. Sans parler de titre, on souhaitait poursuivre sur notre lancée en terminant au moins sur le podium. Malheureusement, on a réalisé une première partie de saison plutôt moyenne, ce qui nous a fait accumuler pas mal de retard. Franchement avec dix points de retard sur Lens qui carburait à plein régime, on ne pensait pas une seule seconde au titre. Puis je ne sais plus à quel moment précis cette réunion a eu lieu, mais Jean-Michel Aulas a pris la parole devant nous et nous a dit que le titre était jouable à condition de compter moins de trois points de retard avant le dernier match. Il avait déjà cette « finale » dans la tête. Je pense que ce discours a eu pour conséquence une prise de conscience collective. Après, il faut dire aussi que le parcours lensois nous a bien aidé. Sur la fin, ils ne gagnaient plus un match. On revenait comme un boulet de canon alors qu’eux, ils avaient un boulet aux pieds. Du coup, le doute s’est installé chez eux, ils ont eu peur et ils ont perdu leurs moyens. Cette saison-là, on n’a pas été très performants dans les coupes nationales et sur le plan européen. Du coup, en seconde partie de saison, on travaillait uniquement pour le match du week-end. Je pense que cela nous a aidé puisque l’on était encore frais en fin de saison.

La volonté prémonitoire de Jean-Michel Aulas devient réalité puisque l’OL reçoit Lens pour le dernier match de la saison avec seulement un point de retard. Comment abordez-vous cette « finale » ?

On abordait ce match sereinement car notre improbable retour sur Lens, nous avait donné beaucoup de confiance. En plus, on avait l’avantage de jouer sur notre terrain et devant notre public. On avait tout pour nous. Puis on ne pouvait pas avoir fait tout ce chemin pour échouer à la dernière marche. Alors oui, il y a eu une petite vidéo réalisée par le club avec des messages d’encouragement de tous nos proches. Mais très sincèrement, il n’y avait pas besoin de grands discours pour nous motiver. Je pense même qu’il n’y aurait même pas eu besoin de tableau noir ce jour-là (rires).

Racontez-nous comment vous vivez ce match historique pour vous et pour l’OL. D’autant plus que vous inscrivez le but du break.

On était confiants et prêts pour ce match. Maintenant, il n’y a qu’une seul vérité qui compte, c’est celle du terrain. De ce fait, il fallait jouer ce match et surtout le gagner. Sidney Govou nous place rapidement sur orbite en ouvrant la marque. On ne pouvait pas rêver meilleur départ mais dans le même temps, il restait encore la quasi-totalité du match à disputer. Donc il fallait continuer. C’est ce que l’on a fait. J’ai la chance de doubler la mise quasiment dans la foulée. Sincèrement, c’est le but le plus important de ma carrière, même si je n’en ai pas inscrit des masses (rires). J’avais un rôle défensif certes mais sur cette action, j’ai eu le flair. J’ai vu Pierre Laigle sur le côté gauche et comme je connaissais la précision de son pied gauche, j’y ai cru et je me suis infiltré dans la défense nordiste. Ce n’était pas un but si facile à marquer mine de rien (rires). J’aurais très bien pu mal reprendre le ballon et l’envoyer dans le Virage Nord (rires). Le but de Jacek Bak avant la pause nous remet un peu les pieds sur terre mais ne nous fait pas douter. La réalisation de Pierre Laigle pour le 3-1 est vécue comme une libération. En fin de match, on a compris que c’est bon car Lens était impuissant mais on a maintenu notre concentration jusqu’au bout pour terminer en apothéose avec ce titre. Honnêtement, je pense que l’on n’était pas les meilleurs sur le plan technique, mais notre mental et notre force collective nous faisaient gagner les matchs qu’il fallait.

« Capitaine ou vice-capitaine, mon rôle ne changeait pas »

Quels souvenirs gardez-vous de l’ambiance à Gerland ce soir-là ?

C’était tout simplement exceptionnel. On était confiants nous, en tant que joueurs, mais le public a parfaitement joué son rôle. Le scénario a aussi permis à tout le monde d’y croire assez rapidement. Les gens sautaient, chantaient : « On est les champions ! ». Alors certes, tant que le match n’est pas terminé, il n’est jamais gagné mais là, tout le monde sentait bien que Lens ne reviendrait pas. Ce titre, c’est aussi celui du public.

Vous aviez déjà remporté la Ligue 1 avec l’AJ Auxerre en 1997, quelle saveur possède ce titre pour vous ?

Les deux sont différents car ce sont des clubs différents, deux villes différentes, deux groupes différents et deux parcours différents. On ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable. Ce que je peux dire, c’est que ce titre obtenu avec l’OL est vraiment particulier et possède vraiment un caractère historique. En effet, c’était le premier pour le club, le premier pour cette grande ville qu’est Lyon et surtout le premier obtenu de cette manière. Cette dernière journée était vraiment un événement exceptionnel. Puis à mes yeux, le championnat reste le plus beau titre qu’un club peut remporter car c’est une compétition d’endurance qui récompense la régularité sur plusieurs mois. On est rarement champion par hasard.

Depuis votre arrivée à l’OL, cinq saisons se sont alors écoulées, comment caractérisez-vous votre rôle ? N’avez-vous jamais été déçu de ne pas avoir été nommé capitaine ?

Au cours de ma carrière, je n’ai jamais cherché à être mis en avant. C’est ma personnalité qui veut ça. Je n’étais pas capitaine mais j’étais vice-capitaine, ce qui me permettait de porter parfois le brassard. Quand je l’avais, j’étais vraiment très heureux mais mon rôle ne changeait pas suivant le fait que je portais ou non le brassard. De par mon poste, j’étais au milieu de tout le monde donc j’avais un vrai rôle de conseiller. On peut dire que j’avais un vrai rôle de cadre. Dans le football, il y a plusieurs types de leaders : les leaders techniques et les leaders par la parole. Je rentrais dans cette seconde catégorie. Pour autant, je n’étais pas expressif à outrance, le plus important était d’avoir les bons mots et les mots justes. Cela dit, l’arrivée de Paul Le Guen va changer certaines choses…

« Paul Le Guen préférait le profil plus athlétique de Mahamadou Diarra au mien »

C’est-à-dire ?

On va dire qu’officiellement, mon rôle de vice-capitaine était toujours d’actualité. Officieusement, j’ai bien compris que Paul Le Guen ne comptait pas vraiment sur moi. Il ne me l’a pas dit pas explicitement mais ses choix et ses actes allaient dans ce sens. Dès que l’on perdait un match, je me retrouvais sur le banc le match d’après, peu importe ma prestation lors de cette défaite. Pire, quand on s’est fait éliminer de la coupe de France à Libourne-Saint-Seurin, j’ai la sensation d’avoir pris pour tout le groupe. Je sors du match aux alentours de l’heure de jeu alors que le score est de 0-0. Par la suite, on encaisse un but à la suite d’une erreur et on perd le match 1-0. Derrière, je n’ai plus joué pendant deux mois ! Sans aucune explication… Forcément je n’ai pas très bien vécu cette situation. J’ai rapidement compris qu’il préférait le profil plus athlétique de Mahamadou Diarra, qui venait d’arriver. Mais j’aurais aimé de la transparence de sa part.

Pourtant vous disputez tout de même 41 matchs au cours d’une saison où l’OL termine de nouveau champion. Qu’est ce qui a fait que vous êtes revenu dans les plans de Paul Le Guen ?

On a connu un trou d’air au début de l’année 2003. Les mois de janvier et février ont été assez délicats. Je n’étais pas aligné à cette période. Comme les choses ne tournaient pas en notre faveur, il a fallu faire quelques ajustements et je suis rentré de nouveau dans l’équipe pour ne plus la quitter. Je pense honnêtement que si l’on ne fait pas une série négative, je n’aurais jamais reporté le maillot de l’Olympique lyonnais. J’ai vraiment été marqué par l’attitude de Paul Le Guen, on a eu que très peu d’échanges alors que j’entamais ma sixième année ici et que j’étais vice-capitaine. Je n’ai pas vraiment compris. J’étais encore davantage déçu car c’est quelqu’un qui évoluait à mon poste lorsqu’il était joueur et on avait un peu le même profil. C’était l’un de mes modèles.

Vous retrouvez grâce aux yeux de Paul Le Guen qui décide de vous aligner pour la  fin de la saison. L’OL revient de façon assez improbable sur l’AS Monaco et finit par coiffer les Monégasques au poteau pour s’offrir un second titre de champion de France d’affilé. Comment expliquez-vous ce nouvel épilogue heureux ?

Une nouvelle fois, je dirais que le mental a fait la différence. On ne peut pas dire que l’on a outrageusement dominé nos matchs mais quand on a compté jusqu’à dix points de retard sur Monaco, on a tout fait pour n’avoir aucun regret. Pour cela, il fallait gagner nos matchs. Si on ne faisait pas le boulot nous-même, on n’avait plus aucune chance.  Mais nous n’avions plus notre destin entre nos pieds. On n’aurait jamais été champions sans la défaillance de l’AS Monaco. Après, notre dynamique de victoires n’est pas étrangère à la série négative des Monégasques. Le scénario de la saison précédente s’est un peu répété. Heureusement pour nous. Personnellement, il est vrai que je n’ai plus quitté l’équipe à partir du moment où Paul Le Guen avait décidé de me refaire confiance. Après, même lors de ma mise à l’écart, j’ai toujours joué mon rôle en dehors du terrain et je me suis toujours entraîné sérieusement. Je ne suis pas du genre à faire la tête. La notion de groupe est très importante à mes yeux et il fallait la préserver.

« Ma volonté était de terminer ma carrière à l’OL »

Après cette saison 2002-2003 couronnée de succès sur le plan collectif mais un peu délicate sur le plan personnel, vous prenez la décision de partir. Les fraîches relations avec Paul Le Guen sont-elles la cause de votre départ ?

Oui mais je tiens à préciser que même avec nos différents, je ne souhaitais pas partir. J’avais encore deux ans de contrat. D’ailleurs, je fais la préparation l’année suivante et je débute même le championnat. L’OL avait enregistré le départ de Sonny Anderson lors de l’intersaison donc étant vice-capitaine, c’est donc moi qui a hérité du brassard. Je suis titulaire lors du premier match à Lille. Nous passons un peu à travers au cours d’une première période où l’on encaisse deux buts. A la mi-temps, Paul Le Guen me lance : « Philippe tu arrêtes ! ». Et il me remplace sur le champ. J’ai vécu ça comme un manque de respect. J’avais 33 ans, je n’étais plus un gamin. Cet épisode a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’ai compris que les choses se passeraient de la même façon que la saison précédente. Pourtant, j’étais déterminé à me battre pour regagner ma place, je ne suis pas quelqu’un qui lâche facilement. Mais Guy Roux m’a appelé à cette période pour me manifester son intérêt.

Pourtant, à l’inverse de 1997, l’OL est, cette fois, bien plus attrayant qu’Auxerre. Qu’est-ce qui vous a vraiment convaincu de partir de Lyon ?

Disons que j’avais 33 ans et je voyais bien qu’avec Paul Le Guen, mon temps de jeu allait diminuer au fil de la saison. Or, je sentais que j’avais encore de belles années devant moi. Guy Roux m’a présenté son projet et souhaitait me donner un rôle central dans l’encadrement des jeunes joueurs de son équipe. J’ai fait le choix du temps de jeu. Un footballeur est malheureux quand il ne joue pas. De plus, je jouais à un poste où il est nécessaire d’enchainer les rencontres sinon on est vite dépassé. Puis quand on n’a pas la confiance d’un entraîneur, c’est vraiment difficile. Après, l’OL ne m’a pas mis dehors non plus, le club ne souhaitait pas que je parte. Ma volonté était aussi de terminer ma carrière à Lyon. Je venais d’ailleurs d’acheter une maison avec ma femme. Mais tous les facteurs que j’ai évoqué ont fait qu’un départ était la meilleure décision. J’étais sincèrement triste de partir après tous les bons moments que j’ai connu à Lyon. Mais dans le même temps, je suis parti avec le sentiment du devoir accompli. J’ai beaucoup donné pour l’OL et le club me l’a bien rendu. Puis le fait que j’ai joué en début de saison avec Lyon m’a permis d’être également champion de France cette année-là (rires).

En parlant de retour, le hasard du calendrier fait que vous retrouvez Gerland le 13 septembre avec Auxerre. Comment avez-vous vécu vos retrouvailles ?

C’était forcément un moment particulier avec beaucoup d’émotions. J’ai eu le droit à un accueil très chaleureux et j’ai été très touché par cela, aussi bien de la part du club que des supporters. Globalement, cela a toujours été particulier quand j’ai rejoué contre l’OL.

« A l’OL, j’ai vécu les plus belles années de ma carrière »

A l’Olympique Lyonnais, vous avez côtoyé beaucoup de milieux de terrain de qualité comme Juninho, Eric Carrière, Mahamadou Diarra, Marc-Vivien Foé ou Vikash Dhorasoo. Avec quel joueur vous sentiez-vous le plus à votre aise ?

Je pense que peu importe les joueurs, cela s’est toujours plutôt bien passé. Puis moi, j’étais au service des autres donc mon objectif était de toujours m’adapter aux joueurs avec lesquels j’étais aligné. Je n’étais pas là pour être mis en avant puis je n’aime pas forcément ça. Je sais ce que j’ai fait. Alors certes je suis l’antithèse parfaite des milieux de terrain au physique impressionnant mais je pense avoir pas mal tiré mon épingle du jeu quand même. Je me suis appuyé sur mes qualités. Mais il est vrai que Juninho avait un talent rare.

Puis avant qu’il devienne un tireur d’élite dans le domaine des coups francs, il ne faut pas oublier que vous en aviez, vous aussi, marqué quelques-uns…

(Rires) Oui, j’aimais bien frapper les coups de pied arrêtés. Cela a commencé avec Auxerre mais comme il y avait Corentin Martins, je n’en tirais pas souvent. Quand je suis arrivé à Lyon, j’en frappais davantage. Je me souviens d’ailleurs que l’on faisait des concours de coups francs à l’entraînement avec Sonny Anderson.

Vous avez été formé à Niort, vous avez gagné votre premier titre de champion de France puis fini votre carrière à Auxerre et vous avez joué pendant six ans à l’OL. Quel club vous a le plus marqué ?

C’est délicat de répondre car on ne peut pas comparer. Mais à l’OL, j’ai vraiment vécu les plus belles années de ma carrière que ce soit au niveau sportif ou au niveau de la vie tout simplement. Puis on avait vraiment un bon groupe et un noyau d’amis avec Grégory Coupet, Florent Laville et Christophe Delmotte. On est toujours régulièrement en contact, encore aujourd’hui.

« J’ai été déçu par le comportement général du collectif lyonnais la saison dernière »

Parlons désormais du présent, que pensez-vous de cet Olympique lyonnais actuel ?

Cette nouvelle équipe me plaît plutôt bien. La saison passée, j’ai été déçu par le comportement général du collectif. Je trouvais que les joueurs ne se faisaient pas violence. Il y avait du talent certes mais il n’était pas mis au service du collectif. J’ai le sentiment que cela a évolué cette saison. Maintenant, je pense qu’il faut faire preuve de patience. Il y a beaucoup de nouveaux joueurs donc tout ne peut pas fonctionner du jour au lendemain. J’ai la sensation que l’on en demande un peu trop à cette équipe pour le moment. L'OL est un très bon club pour faire évoluer ses joueurs. Après avoir connu des années vastes puis des années un peu moins florissantes, le club se reconstruit avec son nouveau stade et avec des nouveaux joueurs. Sincèrement, j’ai le sentiment que Lyon peut légitimement viser le podium de Ligue 1 cette saison et espérer un beau parcours européen.

Pourtant, on a les exemples récents de Sergi Darder et Emanuel Mammana qui n’ont pas forcément progressé à l’OL, en dépit d’un potentiel certain …

Sergi Darder est un joueur que j’apprécie beaucoup mais de son propre aveu, le football français était peut-être un peu trop exigeant pour son jeu basé sur la technique et la qualité de passe. Pour Mammana, je pense qu’il a manqué de patience. Il aurait dû se battre pour gagner sa place. Avec la multiplication des matchs, je pense qu’il aurait eu sa chance. J’ai toujours pensé que l’OL était le club parfait pour s’épanouir. Les infrastructures sont excellentes, le club est ambitieux et le cadre de vie est idéal. A mes yeux, pour les joueurs qui ne se sont pas épanouis ici, le problème se trouve ailleurs que dans le sportif.

Après le résultat nul de ce week-end à Angers (3-3), l’OL occupe la huitième place de la Ligue 1. Bruno Genesio est plus que jamais décrié. Comprenez-vous le florilège de critiques qui s’abat sur lui ?

J’ai beaucoup de mal avec les critiques que subit Bruno Genesio car je trouve que depuis sa prise de fonction, le travail est plutôt bien fait. Maintenant, c’est à lui d’amener son équipe à la plénitude de l’envie. Je pense que tout le monde doit prendre sur lui. Mais c’est le football, il y a beaucoup d’exigence et d’impatience. Un bon entraîneur doit savoir gérer habilement la pression.

« L’OL manque de joueurs d’expérience et de cadres »

Dans un entrejeu que vous connaissez bien, l’OL se dirige vers une paire Lucas Tousart – Tanguy NDombele, deux jeunes joueurs très prometteurs mais dénués d’expérience au plus haut niveau. Quel est votre avis sur le milieu de terrain actuel de l’OL ?

La saison passée, Lucas Tousart a vraiment gagné sa place et s’est imposé comme un joueur fiable. Il a tout pour confirmer son potentiel cette saison. A lui de poursuivre sur cette voie. Maintenant, je suis convaincu que l’on n’a pas vu le vrai Tousart encore. Sa marge de progression reste importante. Quant à NDombele, il a fait forte impression à Paris et il peut s’imposer comme un joueur majeur de l’OL. Pour le moment, il reste un joueur à potentiel. Je pense que cet OL-là manque véritablement de joueurs d’expérience et de cadres. Avoir du talent et des jeunes à potentiels c’est bien mais il est également primordial d’avoir des joueurs pour encadrer et pour savoir gérer les moments clés d’un match ou d’une saison. Seule l’expérience apporte cela. Ce manque va porter préjudice au club.

Evoquons désormais votre reconversion. A l’issue de votre carrière, vous vous êtes dirigé vers le rôle d’entraîneur. Mais cela n’a duré que quelques mois. Pourquoi ?

Quand je me suis engagé avec Auxerre, le club m’avait promis un projet de reconversion de cinq ans au sein du club. Cela a pris plus de temps que prévu parce que j’ai joué un an supplémentaire. Quand j’ai arrêté, je suis devenu entraîneur des moins de 16 ans avec Christian Henna. J’ai pris mes fonctions tardivement car ma femme venait de donner naissance à nos deux jumeaux et l'un des deux a dû se faire opérer. Donc je suis resté à son chevet le temps que tout rentre dans l’ordre. Alors, certes, ce métier d’entraîneur me plaisait beaucoup car j’aime conseiller et encadrer mais je ne voyais quasiment pas mes bébés. J’ai donc préféré stopper cette activité pour raisons familiales. Ce n’est pas possible de compiler entraîneur et être présent pour ses enfants. J’avais passé presque 20 ans sur les terrains. Je devais me consacrer à ma famille. Je n’ai pas fait des enfants pour ne pas les voir grandir.

Du coup, vous changez votre fusil d’épaule et vous devenez conseiller en gestion de patrimoine. Comment avez-vous eu cette opportunité ?

J’ai longtemps géré mes intérêts seul. Sur la fin de ma carrière, j’ai fait confiance à un gestionnaire qui a été convaincu par le travail que j’avais fait depuis le début de ma carrière. Du coup, il m’a ouvert la porte pour le rejoindre dans son équipe. J’avais pris du plaisir à gérer mes intérêts du coup je me suis dit que c’est un métier dans lequel je pourrais m’épanouir. C’est aussi parce que j’avais cette opportunité que j’ai pu arrêter sereinement mon rôle d’éducateur à l’AJ Auxerre. Du coup, je me suis engagé avec cette personne pour qui j’ai travaillé durant trois ans. Dans cette structure, œuvrait également Romain Battiston, le fils de Patrick. Le courant est bien passé entre nous et nous avons décidé de monter notre propre structure « Battiston, Violeau et associés » en août 2010.

« Les footballeurs sont déconnectés de la réalité »

Comment décririez-vous votre métier ?

On a, avant tout, un métier de conseil. Le fait d’être indépendant est notre principale force car nous avons une vision objective des choix d’investissement pour nos clients. Cela nous permet de répondre le mieux possible aux situations et aux demandes de nos clients. On peut très bien proposer des produits Axa ou Generali sur de l’assurance car on n’est affilié à aucun groupe. On possède la liberté de choisir les produits que l’on propose du coup nos conseils sont dénués de tout intérêt personnel. De plus, on n’a pas d’intermédiaire entre nous et nos clients, de ce fait, c’est beaucoup plus simple pour prendre des décisions.

Quels sont vos typologies de clientèle ?

J’ai passé beaucoup d’années dans le milieu du football et comme Romain Battiston possède un nom qui parle également, on n’a pas mal de footballeurs qui nous font confiance. Je pense entre 35 et 40. Cela me permet de garder un pied dans le football (rires). Nos relations sont basés sur de l’échange. Suivant les besoins de chacun, on peut se rencontrer tous les trimestres. Nous avons une certaine expérience dans le domaine du football donc nous maîtrisons les besoins à la fois présents et futurs. Après, nous avons aussi des clients lambdas et des chefs d’entreprise. Mais notre portefeuille doit rester limité pour que l’on fasse du bon travail. Aujourd’hui, nous avons fait le choix de ne pas faire de communication liée à notre activité. Cela nous permet de développer notre notoriété par l’unique biais du bouche-à-oreille. Nous souhaitons être ventés uniquement pour la qualité de notre travail.

Vous qui côtoyez des footballeurs sur un sujet sensible qui est l’argent. Pensez-vous que la profession de footballeur déconnecte les joueurs de la réalité ?

Oui complètement. Le joueur voit sa vie et ses revenus à l’instant T sans forcément penser à l’avenir. Or, il y a une autre vie après le football et cette autre vie peut arriver plus rapidement que prévu. Il faut avoir conscience que beaucoup de choses s’arrêtent à la fin d’une carrière. Il faut être prêt à ne plus recevoir la reconnaissance et la notoriété que l’on a quand on est joueur. Nous sommes présents pour sensibiliser les joueurs à cela. Au-delà de notre rôle de conseiller, nous avons un vrai rôle social auprès d’eux. Après, il ne faut pas croire que tous les footballeurs gagnent des millions par mois. Ceux-ci ne représentent même qu’une niche. Les revenus des joueurs sont certes confortables par rapport à d’autres professions mais une carrière est assez éphémère. Il faut faire les bons choix pour ne pas se retrouver dans la galère à l’issue de la carrière sportive. Les investissements et la reconversion doivent être deux enjeux très importants pour un footballeur encore en activité.

Si vous étiez toujours footballeur, auriez-vous aimé être conseillé par une personne comme vous ?

(Rires). Je ne peux pas répondre autre chose que oui. Si pour le moment les affaires marchent bien, cela signifie que nous travaillons bien. Après, je ne cherche pas la reconnaissance. Je suis très heureux de ma reconversion et en plus j’ai le temps de profiter de ma famille.

11 commentaires
  1. Naka De Lyon - mer 4 Oct 17 à 17 h 32

    Je vais vais me lire ca pepere ce soir mais en voyant la photo une grosse grosse grosse pensée pour Marco......
    On t'oublie pas le lion .

  2. Gonzo - mer 4 Oct 17 à 18 h 21

    "....Maintenant, je pense qu’il faut faire preuve de patience. Il y a beaucoup de nouveaux joueurs donc tout ne peut pas fonctionner du jour au lendemain. J’ai la sensation que l’on en demande un peu trop à cette équipe pour le moment."

    Encore un vieux con qui n'a rien compris, sûrement... 😉

    1. le_yogi - mer 4 Oct 17 à 19 h 12

      Il y a certes des choses qu'on peut mettre sur le dos de la fameuse "mayonnaise qui doit prendre", il y en a d'autres qui le sont moins. Par exemple les joueurs qui ne font pas d'efforts défensifs, qui veulent tout faire tout seul sans donner le ballon, pour parler de problèmes spécifiques à cette année. Ou bien une certaine nonchalance face aux adversaires un peu moins prestigieux, une apathie générale qui suit bien souvent nos ouvertures du score associée à une extrême fragilité psychologique, qui pour le coup sont des problèmes qu'on retrouve depuis plusieurs saisons. Et ça, même Génésio le reconnaît, donc c'est pas une énième attaque gratuite de supporter comme tu l'insinues à chaque fois !

      Tu comprendras bien que ça puisse faire grogner, surtout avec cette propagande orchestrée en haut-lieu pour essayer de nous faire croire que tous les voyants sont au vert. Je vois ce que tu essayes de faire sur ce forum, d'amener de la tempérance, du recul, tout ça, c'est bien, et encore heureux qu'il y a des gens comme toi. Je ne remets pas en cause ta bonne foi, mais ne tombe pas non plus dans l'écueil d'une posture qui consiste systématique à aller à l'encontre de l'opinion majoritaire, et à défendre le club coûte que coûte là où des carences de gestion, et des enfumages bien en règle, sont parfois flagrants.

      1. Gonzo - mer 4 Oct 17 à 20 h 13

        Ce n'est pas ce que je fais non plus 😉

        J'ai d'ailleurs dit exactement la même chose à propos de l'attitude de certains joueurs, et des gueulantes de Pep. Relis !

        Et pas ma faute si je ne suis pas souvent d'accord avec la pseudo majorité de ce site, je ne me positionne jamais par rapport à elle. Il m'arrive même d'adherer !

        Mais en ce moment, c'est rare...

      2. Gonzo - mer 4 Oct 17 à 20 h 19

        "A chaque fois", "systématique"....

        Serais-tu toi aussi dans le binaire ?

    2. dugenou - mer 4 Oct 17 à 21 h 21

      surement un pro Génésio comme toi ou moi!:)

  3. Gonzo - mer 4 Oct 17 à 20 h 16

    Encore un qui parle de lui en disant "on"....

    Je ne suis pas là pour te plaire, mon poulet 😉

  4. OLVictory - mer 4 Oct 17 à 20 h 27

    ventés ou vantés ? 😆

  5. ol-91 - mer 4 Oct 17 à 20 h 28

    Le mythe de l'attaquant défenseur ! À mon humble avis, cet animal doit être en voie d'extinction. Je ne crois pas que nous ayons la capacité de le développer. Si les attaquants étaient en place (normal) ils ne peuvent que redescendre sur les talons des contre-attaquants. On peut se rappeler des mauvais tacles, souvent dangereux, de nos avant-postes ! Même Lacazette n'a pas évité les cartons, et même rouge. Je ne les blâme pas d'être prudents. Après, si on vient à défendre à 10... on a vite compris que ce n'est pas chez nous un système gagnant.

    1. Altheos - jeu 5 Oct 17 à 12 h 24

      L'aspect défensif ce n'est pas que le tacle.
      Le pressing, le repli, le fait de suivre au plus près l'adversaire, se positionner pour couper les lignes de passes, et j'en passe, tout ça, c'est du boulot qui doit être fait en 1er lieux par les attaquants à la perte du ballon.
      Et à Lyon, ils sont trop peu à faire ces efforts là.

  6. orangecj85 - jeu 5 Oct 17 à 13 h 02

    Le comportement défensif de cette année est mieux en rapport à la saison dernière:
    -Fekir montre l'exemple, je le trouve assidue, applique et impliqué à la récupération
    -Mariano exerce constamment un pressing sur les défenseurs adverses (parfois je pense qu'il y perd en lucidité il s'use beaucoup un peu comme Licha)
    -Bertrand Traoré joue vraiment le rôle de piston qui monte, qui descend, il tacle et gêne le latéral ou milieu adverse.
    -Côté gauche Memphis ou Aouar sont également impliqués avec peut-être moins d'efficacité que le côté droit.

    Mais dans l'ensemble, l'équipe a une meilleure attitude sur cette aspect par rapport à l'an dernier.

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