Nes & Cité, Aulas : leur combat pour les banlieues

Mercredi 20 avril, nous réalisions une interview croisée de Jean-Michel Aulas et Abdel Belmokadem qui luttent ensemble pour l'emploi dans les banlieues.

Mercredi 20 avril, le Parc OL accueillait l'événement Jobs & Cité Stadium organisé par Nes & Cité. Durant toute une journée, les demandeurs d'emplois, souvent issus des banlieues lyonnaises, ont peu rencontrer des entreprises dans un « cadre qui casse les codes » selon les propres mots de l'organisateur Abdel Belmokadem. Cet ancien boxeur a préféré abandonner la politique pour se lancer dans le combat de sa vie : « se battre pour les 95 % qui le méritent dans les banlieues ». Pour lui, l'intégration passe avant tout par la valeur travail. Il y a dix ans, son chemin croise celui de Jean-Michel Aulas et Patrick Bertrand DG de Cegid. Les deux hommes d'affaires lui ouvrent son réseau et lui apportent leur confiance ce qui permettra à Abdel d'attirer d'autres entreprises. Avec l'âge, le président de l'OL, Jean-Michel Aulas commence à dévoiler certaines facettes cachées de sa personnalité. Discret sur ce soutien, il s'est livré à nous le 20 avril lors d'un entretien croisé avec Abdel Belmokadem. Les deux hommes semblent diamétralement opposés, pourtant, ils se voient tous les deux comme des entrepreneurs sociaux. Se présentant comme un laïque républicain, Abdel Belmokadem refuse tout financement du Qatar pour raison idéologique : « Ils sont venus me voir, je les ai jetés par la fenêtre ». Extraits.

Lyon Capitale : En 2001, vous avez fondé l’entreprise Nes & Cité puis lancé différents événements, comme Jobs & Cité Stadium, afin d’aider les jeunes qui sont exclus du marché du travail. Essayez-vous d’être un modèle pour ces personnes en difficulté ?

Abdel Belmokadem : Non, surtout pas. On nous a tellement bassinés avec les modèles comme Zidane ou Benzema, moi j’en peux plus. Les vrais modèles, ça doit être le gamin qui a réussi son permis, celui qui obtient son diplôme, qui va à Sciences Po. Mais je vais vous dire, en France, ça dérange de voir un bougnoule illettré se bouger pour l’emploi, alors qu’en Suisse ou en Angleterre, c’est bien perçu. J’ai défendu un projet de tour de France des stades de l’Euro 2016 pour avoir des financements du Gouvernement. On n’a rien eu. Le gagnant, c’est un mec avec un réseau politique qui a créé deux emplois. À la fin, on m’a offert un ballon, une fumisterie totale.

Concrètement, comment se déroule votre action ?

A. Belmokadem : En 2005, j’ai vu un camion et je me suis dit qu’on pouvait l’aménager pour en faire un espace dédié à l’emploi. Je suis allé voir des politiques, qui ont rejeté le concept. Quelques semaines plus tard, Zyed et Bouna sont morts, les politiques se sont excusés. On a fait le tour des quartiers – c’était pire que le tour de France : un quartier par jour pendant trois ans. En 2006, on a lancé Jobs & Cité Stadium : mon objectif était d’organiser des forums pour l’emploi dans les stades. Dix ans plus tard, on a vu défiler plus de 20 000 personnes, 6 000 ont trouvé un emploi. Des entreprises comme EDF, April, Casino nous ont fait confiance et viennent recruter. Les gens qui ont trouvé du boulot grâce à nous sont autant d’ambassadeurs qui renvoient l’ascenseur. On décline en petit format, on fait des Jobs & Cité cafés, dans les restaurants, chez l’habitant, dans un club de boxe avec des entretiens sur le ring. Ce qui m’intéresse, c’est tout ce que les gens ne voient pas, en marge des forums. On a des équipes de nuit qui tournent entre 22h et 1h du matin : ils vont voir les gamins dans les halls d’immeuble et tentent de les convaincre de venir.

Cela fait des années que vous soutenez les actions menées, à travers Jobs & Cité, par Abdel Belmokadem et vous ne l’avez jamais fait savoir...

Jean-Michel Aulas : Il y a une conviction profonde. Je crois beaucoup à certaines règles, comme l’ouverture, la transparence, la solidarité. Quand on veut être entrepreneur, vous vous heurtez à l’image d’Épinal qui montre d’un côté le capitalisme, s’opposant au socialisme. Je suis convaincu que la réussite entrepreneuriale vient de la réussite sociale et de cette main tendue vers des start-up, les entreprises, vers la création d’emploi. Il faut une adhésion de principe tournée vers les gens qui incarnent ces valeurs, comme Abdel. Je le connais depuis longtemps, l’homme me plaît tout comme ce qu’il a initié. Il a été capable de mobiliser les forces pour des causes réelles qui devraient mobiliser tout le pays. Il a su montrer son savoir-faire dans la durée et a prouvé qu’il pouvait avoir des résultats. [...] Au travers de l’exemplarité d’Abdel, on met du soleil dans les yeux de ceux qui pensent que ça n’est pas possible, que les chemins d’accès à l’emploi, à la crédibilité, à la reconnaissance, sont fermés. Son engagement permanent et son bilan accréditent la thèse que ce qu’il fait n’est pas vain. On est dans des cas concrets, on donne de l’espoir, de l’envie. Moi-même, je repars de cette manifestation avec une envie décuplée. Je sais que l’engagement que l’on donne pour l’OL et Cegid, je le donne à travers des relais comme Jobs & Cité. Des causes nobles, peut-être plus importantes que ce qu’on fait à l’OL ou Cegid.

Votre rencontre à tous les deux, c’est un choc des cultures ?

J-M. Aulas (qui porte un joli costume avec une belle pochette blanche) : Je dois l’enlever ? (Éclats de rire.) Ce qu’Abdel fait accrédite la thèse que l’intérieur, le cœur, est plus important que la communication qu’on pourrait en faire. Il est plus important que les relais sur le terrain soient efficaces. On a pu jouer notre rôle de crédibilité. Les choses ne se savent que maintenant, on ne pourra pas dire que je n’ai fait ça que pour qu’on en parle. Non, je fais ça parce que j’y crois. On est dans un monde ultra difficile, tout le monde ne s’en rend pas compte, car la France est un beau pays, riche, des gens ont une motivation incroyable. On doit montrer qu’accéder à l’emploi c’est possible.

Vous en pensez quoi ?

A. Belmokadem : Nous, la diversité, on n’en parle pas, on agit. Je fais allusion au comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté qui s’est tenu en avril à Vaulx-en-Velin. La réflexion, il y en a marre, ça fait vingt ans qu’on réfléchit, rien n’en sort. Nous, on est dans les résultats. Pour en avoir, il faut faire. On n’a pas le choix !

Découvrez l'intégralité de cet entretien réalisé par Razik Brikh et Florent Deligia dans le Lyon Capitale 755 de mai 2016, en vente en kiosques et sur Lyoncapitale.fr
1 commentaire
  1. florentdu42 - lun 2 Mai 16 à 17 h 10

    Pourquoi les médias nationaux n'en parlent pas?

    Remarquez, après certains vont dire que Aulas fait ça pour se faire voir, même si on vient bien que c'est le contraire

Les commentaires sont fermés

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