Paulo Fonseca en discussion avec Corentin Tolisso lors de Strasbourg - OL
Paulo Fonseca en discussion avec Corentin Tolisso lors de Strasbourg – OL (Photo by SEBASTIEN BOZON / AFP)

Un OL prisonnier de sa tactique : comment sortir de ce côté trop scolaire ?

Quand tout roule, l'OL récite idéalement sa partition. Mais lorsque l'adversaire le contre, à l'image de Lens, il semble sans solution. Très scolaire, il gagnerait à sortir davantage du cadre imposé.

Le constat est visible depuis un moment pour celles et ceux qui regardent l'OL. Mais les récentes déclarations de Nicolas Tagliafico, Corentin Tolisso et Sidney Govou (dans Le Progrès) ont mis en lumière cet aspect qui ne concerne pas uniquement l'équipe de Paulo Fonseca. Après le revers à Lens vendredi (2-1), le capitaine rhodanien a confié qu'ils "avaient travaillé des choses qui n'ont pas été respectées sur le plan tactique, on n'a pas compris certains points nous les joueurs sur le terrain." Une sortie qui nous pousse à nous interroger.

On a plusieurs fois évoqué le côté trop bon élève de l'Olympique lyonnais sous les ordres du Lusitanien. Or, quand tout va bien, à l'image du succès face à Rennes (4-0), c'est impeccable et il n'y a rien à redire. Sauf qu'il est régulièrement confronté à un rival qui contrarie fortement ses plans, comme le Paris FC (0-0) ou les Sang et Or. Et c'est là que le bât blesse. Car bien souvent, lorsque cela arrive, il ne parvient pas à se défaire de ce côté stérile, comme s'il n'avait qu'une seule corde à son arc.

Au-delà du dispositif, c'est un problème de fond auquel il est confronté. "Les joueurs sont devenus beaucoup trop scolaires. Ça manque de personnalité, de libre arbitre, de folie. On a besoin d'avoir des footballeurs d'instinct, un facteur X, qui, sur un dépassement de fonction, va faire une différence, réclamait notre consultant Nicolas Puydebois dans Tant qu'il y aura des Gones lundi. Désormais, tout est aseptisé car avec la vidéo, tu connais par cœur l'adversaire et le coach t'explique tout ce que tu dois faire. Tu es téléguidé. Sauf que ce sport demande des erreurs, et c'est comme ça qu'ils progresseront car à force de les répéter, ils en feront moins."

L'ancien gardien, trois fois champion de France entre 2003 et 2005, poursuit sa réflexion. "Aujourd'hui, il y a des fondamentaux à mettre dans un match. De l'envie, de l'impact, dans l'aspect technique, l'état d'esprit... Et derrière, il y a la stratégie. Je trouve qu'actuellement, c'est trop aseptisé, il y a beaucoup de préparation et peut-être trop de tactique, estimait-il. Normalement, on a les réflexes au bout de quatre mois (depuis la reprise). Tu n'as pas besoin de revoir le plan de jeu à chaque fois. Évidemment, il y a certaines adaptations à avoir, mais ils ont la base, les circuits de passes, les ressorties..."

Une déclaration en écho à Paulo Fonseca, qui regrettait que sa formation n'ait pas réussi à appliquer son plan à Bollart. "On avait préparé une façon de presser, de défendre, d’être rigoureux, et ce que l’on a fait était loin de ce que l’on avait travaillé, observait le technicien de 53 ans. On avait des problèmes défensivement, parce qu’on était loin, on ne pressait pas bien. Et après, avec le ballon, on forçait sur les côtés tout le temps." L'OL est parvenu à se défaire des griffes lensoises à partir de l'heure de jeu, mais c'était insuffisant, malgré des entrants qui ont amené autre chose.

Pensionnaire de l'académie lyonnaise de 2018 à 2024, Baptiste Monveneur a pendant six ans baigné dans cet univers de l'apprentissage tactique. Notamment avec Pierre Sage, qu'il a côtoyé. Un enseignement parfois à outrance confie-t-il. "On a tendance à penser qu'elle sert de fondation à une rencontre, mais selon moi, c'est un plus, affirmait-il. Sans elle, évidemment on se tire une balle dans le pied, on se fait manger, mais si on ne met pas les fondamentaux en premier, ça ne passera pas. J'irai plus loin, comment on déroge au cadre ? Quand j'étais au centre de formation, la stratégie prenait énormément de place. À 16-17 ans, quand tu es parmi les meilleurs, c'est positif, mais quand tu affrontes des adversaires d'un niveau équivalent, il faut autre chose. Celui qui te fera gagner, ce n'est pas le gars qui restera dans sa zone, c'est celui qui sera capable de faire le geste ou l'action décisive."

Maintenant, comment se défaire de ça, pour, dans la difficulté, parvenir à s'extraire de situations compliquées ? "C'est à la fois la responsabilité des footballeurs, mais également du coach. S'il donne un cadre trop fermé et que tu n'arrives pas à en sortir, ça donne ça. Or, ce sont les personnalités qui font les grands joueurs. Il y en avait davantage avant car il y avait plus de spontanéité, de QI foot. D'après moi, on a perdu tout ça en multipliant les consignes pour chaque phase de jeu, a remarqué Nicolas Puydebois. On les bride désormais alors qu'il n'y a rien de plus simple que de jouer au football. On l'a trop complexifié."

Est-ce que Paulo Fonseca peut offrir davantage de liberté à ses troupes, offensivement surtout ? "C'est l'école portugaise. Ils veulent gagner de cette manière-là. Quand tu as le matériel, ça va, mais sinon, c'est plus difficile", soulignait celui qui est adjoint de Kévin Garnier au Macôn 71. Autre question, a-t-il le matériel et des éléments suffisamment créatifs - par la passe ou le dribble - pour que ce soit efficace ? C'est sûr que ces profils "à la Cherki" ou "à la Endrick" manquent sans doute à l'Olympique lyonnais aujourd'hui.

Cependant, il reste des atouts à utiliser, dans d'autres aspects comme la vélocité ou la vitesse pour faire des différences. "Sur le 11, je ne demande pas aux centraux de prendre des initiatives (surtout sans Moussa Niakhaté, qui a cette capacité à la relance). Mais un Ernest Nuamah doit le faire, par exemple. Il faut trouver le bon équilibre. Car à Lens, et un peu comme au Paris FC, le schéma a été neutralisé. Donc maintenant, comment on fait quand ça arrive ? Là-dessus, l'OL est perfectible, effectivement", acquiesçait Baptiste Monveneur, qui dirige des U15 à l'AS Misérieux Trévoux.

Si l'on peut regretter cette "surintellectualisation" du ballon rond, il faut avoir conscience que cela fait partie intégrante de ce sport désormais. "C'est une réalité, mais pour autant, est-ce qu'on peut être différents des autres et tout lâcher ? Non, il n'y a plus de retour en arrière possible", résumait l'auteur du livre "À l’aube du jeu et des mots". Sans évolution, il y a fort à parier que l'on revoit ce visage de l'Olympique lyonnais scolaire, avec tout ce que cela comporte comme avantages et inconvénients. Pour le meilleur et pour le pire.

7 commentaires
  1. JUNi DU 36
    JUNi DU 36 - mar 13 Oct 26 à 9 h 14

    Bonjour
    Bien aimé l'émission, et je plussoie à tout ce qu'à dit Nico. Il a raison le football est devenue trop tactique., trop intellectuel. La plupart des matchs sont tristes, fades, sans saveurs ni piments.
    Pour Merah et Himbert je suis d'accord aussi, il va falloir à un moment donné que Fonseca les fasse jouer plus souvent. Quand je vois que le premier rentre encore bien trop tard dans le match (78e) alors qu'il est un des meilleurs de l'équipe. Quand à Himbert le gars il a carrément disparu du groupe pro.

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    Gerland Era - mar 13 Oct 26 à 9 h 21

    Je vais me faire l'avocat du diable, mais laisser les joueurs se fier à leur instinct, ça peut aussi conduire à avoir besoin d'un ballon par joueur pour que chacun joue sa partition de son côté. Donner un cadre de pensée du foot me semble nécessaire, d'abord à l'échelle de la formation des joueurs, et ensuite à l'échelle d'un groupe pro. Mais ce cadre peut être plus ou moins sophistiqué, et je pense que dans la sophistication, il doit y avoir le fait de donner les clés aux joueurs pour qu'ils varient le jeu et qu'ils soient capables de prendre eux-mêmes la décision de s'adapter au déroulement du match, au placement de l'adversaire, etc. Je prends un exemple : les ressorties de balles en 6 mètres depuis le gardien : il ne faut pas que ce soit systématique, parce que sinon, l'adversaire qui a bien étudié notre jeu et qui a joueurs qui sont volontaires sur le pressing va nous mettre en difficulté. Par contre si on est ressorti 3 fois comme ça et que sur le 4e on a bien aspiré leur équipe qui est montée haut pour nous presser, il faut pouvoir s'autoriser une relance longue pour chercher la profondeur dans leur dos.
    Mais par exemple qu'il y ait des consignes de marquage préventif voire de marquage individuel ou de respect de certaines zones pour des joueurs jouant à certains postes, ça ne peut que donner une colonne vertébrale au jeu de l'équipe. Après sur le plan offensif, je ne vois pas un joueur se dire "ah non je ne vais pas faire la passe à mon 9 qui part dans le dos de la défense parce que le coach veut qu'on fasse au moins 6 passes avant d'attaquer la surface".
    Sinon, je trouve que l'exemple d'Endrick est mal choisi, car il ne créait pas grand chose dans le jeu. Son point fort était la finition. Mais en dehors de ça, loin du but, il partait tout droit et ne faisait pas de passes et pas vraiment de dribbles non plus. C'est un pur 9 attiré par le but. Donc on ne peut pas le prendre comme exemple de joueur créatif qui fait de la place par le dribble et par la passe. Je préfère Boudache et Nakamura dans le jeu, pour animer les ailes.

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    1. JUNi DU 36
      JUNi DU 36 - mar 13 Oct 26 à 9 h 43

      Nakamura il est rentré vers la 60e et le jeu lyonnais est tout de suite devenu beaucoup plus dangereux. Ce joueur sait prendre des initiatives et des risques , ça fait du bien d'avoir quelqu'un comme lui sur l'aile, en plus il a aucun soucis à évoluer aussi à gauche ou au centre. Boudache il est fort, on a peut être enfin trouvé le remplaçant de Toko à gauche.

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  3. RBV
    RBV - mar 13 Oct 26 à 9 h 41

    Dans l'idée je suis d'accord avec ce que dit Nicolas mais les joueurs "frissons" se font quand même souvent découper et blesser chez nous, sans aucune sanction des arbitres (Fofana, Endrick...). En Ligue 1, il vaut mieux être une équipe de bourrin qui met de l'intensité plutôt que de belles danseuses...c'est comme ça.
    Perso je trouve l'équipe meilleure qu'avant quand on avait l'impression que les joueurs se découvraient en match, on se demandait ce qu'ils faisaient aux entrainements...
    Selon moi, c'est plutôt un problème mental...on a un mental de souris, ça crève les yeux : aucune révolte, on se fait marcher dessus et on en redemande (coucou le match contre le Fener...). On avait pas fait du travail mental une priorité ? Il est payé à faire quoi le "coach mental" ?

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    1. JUNi DU 36
      JUNi DU 36 - mar 13 Oct 26 à 9 h 46

      Il a peut être besoin lui aussi d'un coach mental... 😁

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  4. s.k
    s.k - mar 13 Oct 26 à 9 h 55

    Je ne pense pas le barca c’est toujours le barca
    Les équipes de Gardiola font toujours du jeu et du beau jeu
    C’est un raccourci un peu facile
    Les joueurs de talents on les voit toujours s’exprimer dire que c st devenu trop tactique et par conséquent ça bride les joueurs c’est n’importe quoi
    Vendredi il nous a tout manqué le pressing qui a fait notre force contre Rennes totalement inefficace techniquement match très faible
    Bref il nya rien de positif quand tu compares ce match à la prestation contre rennes tu ne comprends pas comment il peut avoir un tel écart entre nos 2 prestations
    Lens n’est pas ouf je ne comprends pas Thauvin nous a marché dessus
    Bref

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  5. Rockaddict
    Rockaddict - mar 13 Oct 26 à 11 h 02

    Depuis plusieurs années il manque à l'OL des joueurs de caractère, ceux qui prennent un tampon une fois mais pas deux. J'ai toujours l'impression que dans les têtes des joueurs la pensée est : la technique va nous faire gagner ce match.
    Mais à Lens,comme l'année dernière dans les deux derniers matches (et pas mal d'autres), ils se sont fait bouger sans jamais apporter du répondant. Les entraîneurs des équipes adverses l'ont bien compris, dès que tu mets de l'agressivité (souvent trop), l'équipe déjoue.
    Tu imagines un Diarra,Tiago ou Juni se faire marcher dessus?
    C'est un des axes d'amélioration de l'équipe en plus de celui de laisser un peu de créativité/folie à des moments clé du match. Ne pas être prévisibles.

    Et les faux-pieds aussi. Pourquoi un gaucher ne serait-il pas mieux à gauche pour pouvoir délivrer des centres plus facilement qu'un faux-pied droitier qui doit repiquer et ainsi être plus facilement bloquable?

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