Zacharie Labidi avec le maillot de l’OL contre Guingamp (Photo by JEFF PACHOUD / AFP)

Zakarie Labidi : "Chaque joueur formé à l’OL ne finira pas au Real Madrid"

Formé à l’Olympique lyonnais, Zakarie Labidi a effectué ses débuts en Ligue 1 sous la houlette de Bruno Genesio. Milieu de terrain prometteur, le Franco-Tunisien n’a jamais réussi à exprimer pleinement son potentiel entrevu lors de sa formation. Aujourd’hui âgé de 27 ans, il évolue au National 2 à l'AS Beauvais Oise. Après avoir déjà connu différents pays comme la Tunisie ou la Suisse, il espère donner un nouvel élan à une carrière. Natif de Villeneuve-la-Garenne en région parisienne, il nous livre également ses impressions sur la saison de l’OL, un club qui reste ancré en lui.

Olympique-et-Lyonnais.com : Vous êtes né en région parisienne mais vous avez fait le choix de rejoindre le centre de formation de l’Olympique lyonnais. Pourquoi une telle décision ?

Zakarie Labidi : Lorsque l’OL m’a repéré par l’intermédiaire de Rémi Garde et de Gérard Bonneau, je portais les couleurs de l’INF Clairefontaine. C’était en 2008. A cette époque, Lyon était le plus grand club français et sortait de 7 titres de champions de France consécutifs. Donc ça ne se refuse pas. D’ailleurs, quand j’ai eu les premiers contacts avec le club, je n’ai pas hésité. Puis, ce n’était pas commun que les recruteurs rhodaniens viennent jusqu’en région parisienne pour faire du repérage. J’étais vraiment flatté de l’intérêt qu’ils m’ont porté. J’ai donc rallié Lyon à l’âge de 14 ans.

Comment s’est déroulée votre intégration au sein du club rhodanien ?

Je dirais qu’elle s’est faite naturellement. Quand j’étais à l’INF Clairefontaine, je vivais déjà loin de ma famille. Donc, il n’y a pas eu de vraie rupture quand j’ai débarqué à Lyon car je connaissais déjà cette situation. J’étais logé au centre de formation avec les autres jeunes qui n’avaient pas la possibilité de rentrer chez eux. Je me souviens, il n’y avait qu’une trentaine de places à Tola Vologe. Honnêtement, nous avons vécu des moments incroyables au centre de formation. J’en garde un excellent souvenir. Je dirais même que c’étaient mes plus belles années. Près de 10 ans plus tard, j’ai gardé contacts avec énormément d’anciens coéquipiers.

Quelle était la principale différence entre Clairefontaine à l’OL ?

L’INF Clairefontaine est une très belle structure formatrice mais l’objectif est, avant tout, de rejoindre un centre de formation d’un club professionnel. Donc ce sont deux entités complètement différentes en termes d’organisation et de fonctionnement. A mon sens, l’INF reste un bon tremplin car on est formé avec un panel de très bons joueurs de l’Ile de France. Le but étant de se faire repérer, la performance individuelle est très importante. Dans un club, les mêmes individualités vont sortir du lot, c’est un fait. Mais le collectif est aussi important pour gagner des compétitions en jeunes. C’est l’image du club qui est véhiculée.

Qu’avez-vous retenu de votre cursus de formation à l’Olympique lyonnais ?

J’ai appris ce qu’était l’exigence. Mais je n’étais pas surpris car je savais qu’en franchissant les étapes, l’exigence allait être de plus en plus importante. J’ai côtoyé des formateurs exceptionnels comme Stéphane Roche, Armand Garrido, Alain Olio, Rémi Garde, Maxence Flachez et Bruno Genesio. Chacun a su m’apporter quelque chose. Je garde vraiment en mémoire Armand Garrido que je n’ai pas eu longtemps malheureusement car je jouais avec lui le week-end mais j’étais surclassé la semaine avec les U19. J’ai gardé pas mal de liens avec Stéphane Roche et Alain Olio aussi. Tous ces formateurs ont réussi à faire de moi un joueur complet. A mon arrivée à Lyon, j’étais simplement un joueur technique.


"J’ai parfois joué trop simple. Je ne voulais pas faire le geste de trop"


En équipes de jeunes à l’OL, on vous a vu évoluer à plusieurs postes. Quel est celui où vous étiez le plus à l’aise ?

Avant d’arriver à l’Olympique lyonnais, j’évoluais en tant qu’avant-centre. Puis, mes différents entraîneurs m’ont fait évoluer à la fois ailier gauche, milieu de terrain gauche, meneur de jeu derrière l’attaquant. J’ai pas mal bourlingué mais mon poste de prédilection reste celui de meneur de jeu. C’est là où je me sens le plus à l’aise et le plus à même de faire parler mes qualités. Je suis un joueur de collectif avant tout. Mon jeu a toujours été de faire le maximum pour l’équipe.

Au-delà de votre jeu, vous êtes également une personne au tempérament assez calme. Pensez-vous que vous n’avez pas manqué à la fois d’égoïsme dans votre jeu et de caractère à certaines périodes pour vous faire davantage remarquer ?

C’est ma façon d’être et de jouer, tout simplement. Être altruiste sur un terrain ne signifie pas que je n’aime pas marquer des buts, bien au contraire. Cela signifie que je mets mes qualités et mon jeu au service de l’équipe. Ce que je me reproche c’est que sur certaines actions, j’aurais dû prendre davantage de risques et d’initiatives. J’ai parfois joué un peu trop simple. Mais parce que je ne voulais pas faire le geste de trop. Je voulais juste être efficace. Je ne sais pas si cela a pu me desservir ou non. J’ai le souvenir de Nabil Fekir avec qui j’ai joué quelques matchs en équipe réserve. C’était un excellent dribleur, il prenait beaucoup de risques. Il n’avait pas des statistiques exceptionnelles en termes de buts et passes décisives mais il faisait énormément de différences et pesait beaucoup sur le jeu. J’aurais dû m’en inspirer.

Vous évoquiez l’équipe réserve de l’OL où vous avez évolué à de nombreuses reprises.  Pour un jeune, n’est-ce pas frustrant de jouer plusieurs années dans l’antichambre de l’équipe professionnelle ?

Frustrant non car quand on est jeune, il faut avancer étape par étape. Quand j’ai effectué mon premier match en CFA (aujourd’hui N2, ndlr), ma première volonté était de m’imposer pour, ensuite, aller chercher un contrat professionnel. L’équipe réserve me semble être une étape importante pour un jeune. En effet, c’est la première fois que l’on joue, tous les week-ends contre des mecs qui sont beaucoup plus âgés que nous donc bien plus expérimentés. C’est vraiment formateur. Quand un joueur passe des U19 à l’équipe première, même s’il est au-dessus en équipe de jeunes, il manque une étape intermédiaire. Avant d’arriver en pro, je pense que la formation se doit d’être complète. Finalement, j’ai atteint mon objectif personnel puisque j’ai signé mon premier contrat professionnel en 2013. Pour moi ce n’était pas une fin en soi. J’avais 18 ans et ça marquait un nouveau tournant dans ma carrière.

Comment étiez-vous perçu par le club lorsque vous avez signé votre premier contrat professionnel ?

Comme je l’ai évoqué précédemment, j’ai suivi un cursus de formation classique. J’étais en équipe de France de U16 jusqu’à U19 et j’ai commencé à jouer en équipe réserve à 17 ans. Ainsi, le club me percevait comme un joueur d’avenir. Je pense que le fait que l’OL me propose un contrat était une marque de confiance. En 10 ans, les choses ont beaucoup évolué pour les jeunes. Aujourd’hui, les clubs cherchent à faire rapidement signer les jeunes pour éviter qu’ils partent. En effet, même si un jeune n’a jamais évolué en professionnel, il a quand même une valeur marchande, de par son potentiel. A mon époque, c’était le début de cette ère. Mais il y avait quand même une place accordée au mérite. Après, j’avais tout à prouver, c’était à moi de montrer que professionnel n’était pas qu’un statut et que j’avais le niveau pour évoluer en équipe première.


"Hubert Fournier m’a fait payer des discussions houleuses entre le club et mon agent"


En avril 2013, quand vous signé votre contrat professionnel, l’OL avait un peu perdu de sa superbe à la fois sur le plan sportif mais aussi financier avec une stratégie visant à promouvoir les jeunes du centre de formation. Vous perceviez cela comme une opportunité de faire votre trou ?

Certes, ce n’était plus l’Olympique lyonnais qui raflait quasiment tout sur son passage mais le club n’était pas retombé dans l’anonymat pour autant ! Il y avait des joueurs comme Alexandre Lacazette, Bafétimbi Gomis, Jimmy Briand, Clément Grenier ou encore Yoann Gourcuff. L’équipe avait toujours les ambitions de jouer les premiers rôles. Donc même si ce n’était plus le grand OL, c’était un OL compétitif. Quand on est un joueur offensif, c’était compliqué d’avoir du temps de jeu. Je me contentais des entraînements et je m’inspirais des qualités de chacun. Après, j’avais l’opportunité d’évoluer tous les week-ends en équipe réserve avec des mecs comme Maxime Blanc, Nabil Fekir, Clinton N’Jié ou Alassane Pléa. C’était du haut niveau également.

L’exercice 2014-2015 est marqué par l’arrivée d’Hubert Fournier au poste d’entraineur du club rhodanien. Cela a-t-il eu un impact sur vous ?

Cela n’a pas eu un impact significatif cette année-là en tout cas. Il me conviait aux entraînements du groupe pro mais je continuais à jouer en équipe réserve. Je faisais tout pour être performant en CFA (meilleur buteur du club avec 8 buts, ndlr) pour que l’on me donne ma chance en professionnel. Finalement, cela a été le cas lors de l’intersaison 2015-2016. J’ai joué les matchs de préparation contre Villareal, le PSV Eindhoven, le FC Sion et le Milan AC. Le coach m’avait fait évoluer au poste de latéral gauche. Forcément, ce n’était pas mon poste de prédilection donc c’était un peu frustrant mais j’étais fier de jouer avec cette équipe. Je m’étais plutôt bien senti et j’étais l’un des jeunes qui avait le plus joué avec Aldo Kalulu. Hubert Fournier semblait content de moi…

Pourquoi ne vous a-t-il jamais fait confiance en Ligue 1 alors ?

Même s’il semblait content de moi, j’ai la conviction qu’Hubert Fournier ne comptait pas sur moi. J’avais demandé à être prêté pour bénéficier de temps de jeu mais le club souhaitait que je reste. Ce que j'ai fait mais je n’ai pas joué. Il y a eu des discussions tendues entre mon agent et le coach. De fait, je n’avais même plus la possibilité de m’entraîner avec le groupe pro. Je suis retombé dans un certain anonymat.

Vous n’étiez plus trop en odeur de sainteté avec Hubert Fournier ?

Non et ce n’était pas facile à vivre. J’ai laissé mon agent parler avec le coach et le club afin de trouver un compromis qui convienne à tout le monde. Ce qui n’a pas été le cas. Quand vous êtes professionnel et que vous n’avez plus accès au groupe de l’équipe première, ce n’est pas facile. On m’a demandé d’être performant avec la réserve, ce qui fut le cas. Mais, à aucun moment, je n’ai été réintégré au groupe pro. J’ai rapidement compris que j’allais payer les discussions un peu houleuses avec mon agent. Puis les résultats étaient défavorables pour l’OL à ce moment-là. Ce qui n’a rien arrangé. Mais je n'ai aucun regret. Heureusement qu’il est parti. Pour le club et pour moi. Bruno Genesio a su être juste avec moi, lui.

Finalement, à 21 ans et près de trois ans après avoir signé votre contrat professionnel, vous effectuez vos débuts en Ligue 1 à Lille, le 21 février 2016 (défaite 1-0). Bruno Genesio, à la tête de l’équipe, vous fait rentrer en remplacement de Jordan Ferri. Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?

Mon premier sentiment reste la fierté car j’ai attendu ce moment pendant longtemps. Quand vous signez professionnel à 18 ans et que vous jouez votre premier match à 21 ans, c’est long. L’arrivée de Bruno Genesio au poste d’entraîneur a été une bonne chose pour moi. Lorsqu’il décide de me faire rentrer lors de ce match, tout est contre nous. Sofiane Boufal avait ouvert le score en première période puis Christophe Jallet avait écopé d’un carton rouge peu après l’heure de jeu. Je rentre à 10 minutes de la fin sans aucun complexe. Gaëtan Perrin était rentré 10 minutes plus tôt que moi et on avait essayé d’amener un peu de fougue. Mais finalement, on a terminé le match à 9 après l’exclusion de Clément Grenier en fin de partie. On a fini par perdre cette rencontre 1-0 mais ça reste un excellent souvenir pour moi.

Au prix d’une deuxième partie de saison incroyable, l’OL décroche la 2e place du championnat. Quels ont été les ingrédients de cette réussite selon vous ?

Nous sommes redevenus un groupe. L’arrivée de Bruno Genesio nous a fait beaucoup de bien et tout le monde se donnait à fond pour lui. Il y a aussi eu un effet nouveau stade avec l’entrée au Parc OL. Les victoires se sont enchaînées et le président Aulas n’a jamais cessé de nous dire que l’on pouvait aller chercher cette deuxième place. Je me souviens qu’il l’a répété après notre succès à domicile contre le PSG (2-1) au cours duquel j’avais disputé quelques minutes. Le groupe a su reprendre confiance et nous étions épanouis. Dans le football, tout va très vite.


"Je me suis reposé sur mes acquis alors que j’aurais dû redoubler d’efforts"


De votre côté, malgré trois apparitions lors de cette seconde partie de saison, vous décidez de quitter le club en fin de saison. Pourquoi avoir fait un tel choix ?

Comme je l’ai évoqué précédemment, je souhaitais déjà quitter le club à l’intersaison précédente afin de bénéficier de davantage de temps de jeu. Mon souhait était d’être prêté et de revenir ensuite. Après, historiquement, les dirigeants de l’OL n’aiment pas trop les prêts. Les joueurs prêtés sont rarement intégrés au projet la saison suivante. Quand l’OL prête un joueur, c’est qu’il ne compte pas vraiment sur lui en règle générale. Mais je voulais être prêté malgré tout. Le souci est que j’étais en fin de contrat en juin 2017. Donc l’idée était que je prolonge puis que je parte en prêt. Finalement, les choses ne se sont pas passées comme telles. Ainsi, j’avais le choix de rester à l’OL sans garantie de temps de jeu ou alors de résilier mon contrat de partir. C’est ce que j’ai fait. Mais je suis parti de l’OL avec beaucoup de tristesse.

C’est-à-dire ?

Je suis très attaché à l’Olympique lyonnais, encore aujourd’hui. J'ai la sensation que j’aurais pu apporter quelque chose au club. Je me considère comme un joueur ayant l’ADN OL. J’ai eu cette chance de sortir de l’une des meilleures académies d’Europe. J’ai grandi en tant que joueur et en tant d’homme. J’aurais aimé rendre à l’OL, ce que le club m’a apporté. Mais je devais faire un choix et je n’avais aucune garantie de jouer. Je n’ai, sans doute, pas été assez méchant, dans le bon sens du terme. Je n’ai pas assez fait parler de moi à l’OL. J’aurais sûrement dû être plus égoïste parfois.

Vous avez choisi de rallier la Ligue 2 et le Stade Brestois. Qu’est ce qui vous a séduit dans le projet breton ?

A cette période, Brest était entraîné par un ancien de l’OL, Jean-Marc Furlan. Il sait que l’OL est une bonne école. Le club m’avait déjà contacté plusieurs fois et je n’avais pas assez joué en Ligue 1 pour me permettre de refuser une offre d’un club ambitieux de Ligue 2. Le fait d’être un joueur libre était également intéressant car je pouvais être partie intégrante d’un projet sur plusieurs saisons. Il y avait beaucoup d’attentes autour de moi quand j’ai signé à Brest, du fait que j’arrivais en provenance de l’OL. Mais je suis tombé de haut. Je pense que je vivais dans le passé. J’étais en Bretagne, mais dans ma tête, j’étais encore à l’OL.

Aujourd’hui, vous avez 27 ans et vous portez les couleurs de l’AS Beauvais en N2. Quel regard portez-vous sur votre carrière sachant que vous avez également joué pour le Stade Nyonnais en Suisse et pour le Club Africain en Tunisie ?

J’aurais pu mieux faire mais ce qui est fait, est fait. Je suis une personne qui ne vit pas avec des regrets sinon je n’avancerai pas. J’ai eu l’occasion de partir à l’étranger. J’ai encore appris en tant qu’homme. Aujourd’hui, j’ai 27 ans et ma carrière est loin d’être terminée. Mon ambition est de remonter la pente, peu importe les sacrifices que je devrais réaliser pour cela. J’ai la chance d’avoir toujours vécu de ma passion. J’ai encore l’opportunité de pouvoir rebondir. Après, c’est important de dire que chaque joueur formé à l’OL ne finira pas au Real Madrid comme Karim Benzema. Quand on est à l’OL, on est dans une bulle et dans un certain confort. Inconsciemment, je pense que je me suis reposé sur mes acquis alors que j’aurais dû redoubler d’efforts. Quand on ne perce pas, la claque peut faire très mal.


"Les jeunes joueurs ne sont pas préparés à subir des échecs"


L’OL doit-il davantage suivre ses jeunes selon vous ?

Ce n’est pas un problème de club mais de contexte du football actuel. J’évoque l’OL car c’est mon expérience personnelle mais je pense que c’est pareil ailleurs. Un jeune qui signe pro a déjà un beau confort de vie par rapport aux autres jeunes de son âge. Quotidiennement, on s’entraîne avec des joueurs qui ont une vie de rêve et qui sont globalement en réussite à la fois sportive et sociale. Mais, nous, jeunes joueurs, nous n’avons pas encore cette vie-là. Donc, nous sommes bercés dans une certaine illusion et nous vivons au rythme des grands joueurs. A aucun moment, on n’envisage l’échec car nous n’avons pas été formé ni éduquer à cela. Pour un jeune joueur, un échec est très vite arrivé. Entre une blessure, un changement de coach ou une certaine nonchalance, les causes d’un échec sont multiples. Et psychologiquement, c’est très compliqué de rebondir après ça.

Cela a été le cas pour vous ?

Je suis passé par des moments compliqués au cours de ma carrière. Comme je l’ai expliqué, j’étais sans doute trop dans ma bulle à l’OL. Quand on s’entraîne aux côtés de grands joueurs, c’est compliqué de se dire que l’on ne sera pas à leurs places un jour. On pense que les choses vont se faire naturellement et inconsciemment, on travaille peut-être moins. L’échec et les défaites font partie du sport et ça, on doit en avoir conscience. Ce qui n’est pas forcément le cas quand on est un jeune joueur qui sort de l’une des meilleures académies d’Europe. On n’est jamais vraiment préparé à vivre un échec surtout quand on est jeune. Personnellement, j’ai la chance d’avoir pu continuer ma carrière. Mais imaginez un jeune qui n’obtient pas de contrat alors qu’il a tout sacrifier pour le football. Comment réagit-il à 18 ou 19 ans ?

A quel moment avez-vous pris conscience que votre carrière n’avait pas pris le tournant que vous espériez ?

Quand j’ai rallié la Tunisie et le Club Africain, j’ai compris que j’étais en situation d’échec car j’avais très peu de propositions. Cela fait mal de se dire que très peu de clubs nous souhaitent. Surtout que mon expérience tunisienne s’est plutôt mal passée donc c’était encore pire ensuite. Je ne m’attendais pas à un échec si cuisant. Malgré tout, je n’ai jamais pensé à arrêter le football. C’est mon métier et avant tout ma passion. Tout cela m’a montré sur qui je pouvais compter. Entre ma famille et mes amis, j’ai eu la chance de ne jamais avoir été vraiment seul. J’ai vu qui était présent par intérêt. C’est, pour moi, une véritable leçon de vie.

Vous êtes issu de la génération 1995 au même titre que Farès Bahlouli. Finalement, on a l’impression que vos deux carrières semblent suivre la même trajectoire avec pas mal de déceptions mais un rebond toujours d'actualité. Vous le percevez comme tel ?

C’est vrai qu’il y a quelques similitudes avec Farès, avec qui je suis resté en contact. Maintenant, il a quand même connu pas mal de grands clubs comme Lille ou l’AS Monaco. Dernièrement, il a su rebondir dans le championnat ukrainien. Il est évident que j’ai envie de suivre cette trajectoire. Comme je l’ai dit, je n’ai que 27 ans et je recherche une seconde carrière. J’ai connu des Nabil Fekir, des Anthony Martial qui font une grande carrière mais j’ai aussi connu des joueurs qui ne jouent plus au football aujourd’hui. On a chacun des qualités que l’on exploite plus ou moins. Je reste lucide et j’ai conscience de la chance que j’ai de vivre de ma passion. L’essentiel est d’être heureux. Je ne vis pas dans le regard et dans les critiques des autres. Mes ambitions restent intactes.


"Je recherche une seconde carrière"


La région Auvergne Rhône-Alpes et plus précisément le bassin lyonnais regorgent de bons clubs qui évoluent au même niveau que votre club actuel (N2), comme le GOAL FC, l’AS Saint-Priest ou  Lyon-La Duchère. Pourquoi ne pas être revenu proche de Lyon ?

Mon objectif était avant tout de retrouver un club français après des expériences mitigées à l’étranger. J’ai de bons rapports avec certains clubs d’Auvergne Rhône-Alpes mais revenir proche de Lyon n’était pas une priorité absolue pour moi. Beauvais m’a offert la possibilité de me relancer et c’est ce que je compte faire. Il nous reste un dernier match à jouer samedi contre Sainte-Geneviève. Nous sommes, pour le moment, 3es du championnat donc la saison est plutôt positive sur le plan collectif. Sur un plan individuel, je reste un peu sur ma faim car j’ai connu pas mal de petites blessures. Malgré tout, je suis toujours ambitieux. Je vais rencontrer mes dirigeants pour voir de quoi l’avenir sera fait.

Vous êtes né en région parisienne, vous jouez en région parisienne mais vous avez été formé à l’OL. Vous êtes plutôt OL ou PSG ?

Clairement, je suis un supporter de l’OL. D’ailleurs, on m’appelle souvent "le Lyonnais" (rires). Mes années de formation m’ont donné ce côté lyonnais et je ne rate que très rarement un match de l’OL.

Que pensez-vous de la saison lyonnaise, achevée ce samedi à la 8e place de Ligue 1 ?

Comme tout supporter lyonnais, je suis déçu des résultats. Mais je ne suis pas surpris d’un tel classement. Il a manqué beaucoup de choses à l’OL pour faire mieux cette saison. Tout d’abord, de la grinta. Je trouve qu’il y a un manque de talents et de joueurs capables de surprendre les adversaires pour faire la différence. Ensuite, il y a des manques criants sur certains postes. Il n’y a aucun ailier, il n’y a pas de deuxième attaquant derrière Moussa Dembélé hormis Tino Kadewere mais il n’a plus joué dans l’axe régulièrement depuis son transfert du Havre. Puis défensivement, il y a de vraies lacunes. L’OL était trop faible pour prétendre à mieux.

Dans la grisaille de cette saison, l’émergence de jeunes joueurs comme Malo Gusto et Castello Lukeba doit vous faire plaisir vous en tant qu'ancien joueur…

Bien évidemment ! C’est toujours plaisant de voir des jeunes joueurs tirer leur épingle du jeu. Maintenant, il faut aussi avoir conscience qu’ils ont profité des lacunes de leurs adversaires directs pourtant internationaux. Mais ils ont su saisir leurs chances et c’est tout à leur honneur. A une certaine époque, ils n’auraient pas eu l’occasion de jouer donc c’est bien que l’OL ait fait confiance à ces deux joueurs qui ont vraiment réaliser de belles performances. Mais quand on se dit que nos deux meilleurs défenseurs ont 18 ans et une demi-saison de Ligue 1 derrière eux, c’est problématique quand même. Surtout quand l’effectif est composé d’éléments comme Jérôme Boateng, Léo Dubois, Jason Denayer, Emerson ou même Damien Da Silva.


"Il manque des joueurs avec un vrai ADN OL"


Etiez-vous séduit par l’arrivée de Peter Bosz sur le banc lyonnais ?

Oui j’étais optimiste car c’est un entraîneur qui a une belle philosophie de jeu. Malheureusement entre avoir une philosophie et la mettre en pratique, il a y parfois un écart. Mais je pense qu’il n’a pas eu les joueurs qu’il voulait et surtout qui collaient à son plan de jeu. J’ai du mal à jeter la pierre au coach. J’ai davantage la sensation que c’est le recrutement qui a été raté avec des joueurs comme Boateng ou Shaqiri qui n’ont jamais retrouvé le niveau qui était le leur ailleurs. Le recrutement d’Henrique était inutile car on doit avoir meilleur au sein du centre de formation. Puis il manque des joueurs avec un vrai ADN OL. C’est primordial de renouer avec ça selon moi. Aujourd’hui, hormis les joueurs formés au club, qui possède cet ADN OL ? Pas grand monde.

Tout au long de la saison, on a vu un Lyon irrégulier. Comment l’expliquez-vous ?

On a l’impression que c’est le syndrome de l’OL depuis plusieurs saisons maintenant. J’ai le souvenir d’un Lyon capable de battre des grandes équipes d’Europe comme Manchester City et la Juventus de Turin mais de perdre trois jours plus tard contre une modeste équipe de Ligue 1. Cela est souvent synonyme d’un manque d’envie. Cette équipe ne met pas la même motivation à chaque match. Les joueurs n’ont pas un esprit de conquête total. Aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression que l’OL est devenu un club "tremplin" pour aller plus haut.

Qu’entendez-vous par là ?

J’ai le sentiment que les joueurs qui signent à l’OL ne veulent pas marquer l’histoire du club. Et ce n’est pas la communication corporate de certains joueurs qui me fera changer d’avis. Ils cherchent simplement à se montrer pour signer dans un club plus huppé. D’où le fait que l’OL performe dans les grosses affiches et déçoive dans les rencontres à sa portée. Alors que l’OL devrait être un club capable de remporter des titres chaque année. Cela fait désormais 10 ans que le club n’a plus rien gagné. Quand je vois que Lille était champion de France la saison passée et que Nantes remporte la coupe de France cette saison, je me dis qu’il y a largement la place pour l’OL. Mais la mentalité des joueurs doit évoluer.

Les contreperformances hexagonales du club ont longtemps été masquées par un beau parcours en Europa League. Quand on voit que c’est Francfort qui a triomphé dans cette compétition, les regrets lyonnais sont légitimes non ?

Oui, sur le papier. Mais un match de football ne se joue pas sur le papier. Sur le terrain, l’OL ne méritait pas de gagner cette compétition ni même d’aller en finale. Les Lyonnais n’ont pas su répondre présent que ce soit en Europa League et en Ligue 1.

Cette 8e place synonyme de non-qualification en coupe d’Europe est-elle un mal pour un bien pour vous ?

Je l’espère ! Finalement, je me dis qu’avec cette place décevante, des choses vont devoir changer. S’il y avait eu une qualification en coupe d’Europe, cela aurait été l’arbre qui cache la forêt. Là, personne ne peut se cacher ! Je pense que le renouveau lyonnais passe par cet ADN OL et une réduction de l’effectif. L’absence de coupe d’Europe est un coup de massue pour les finances du club mais c’est la conséquence de beaucoup de maux. Il ne faudra pas se tromper sur le recrutement. Aujourd’hui, retrouver des joueurs avec un vrai état d’esprit compatible avec les ambitions du club. Mais je reste optimiste pour la saison prochaine que je suivrais avec toujours autant de passion.

14 commentaires
  1. Lyon1950 - jeu 26 Mai 22 à 9 h 25

    Merci pour cette longue interview digne de ce nom, qui ne dure pas qu'un paragraphe ou deux avec des questions inintéressantes.

    Ca a l'air d'être un bon gars, avec la tête sur les épaules, altruiste dans le jeu. Il est regrettable que cela ne soit pas ce genre de joueur qui réussisse.
    Sans doute n'était-il pas assez talentueux. Des jeunes bons au foot, j'en ai vu beaucoup jouer sur des terrains de sport, dans des clubs amateurs, même dans des cités. Je ne crois pas que beaucoup soient devenus pro...

    Il n'empêche qu'on voit encore le mal que causent certains agents.

    Et que "Nous sommes redevenus un groupe" (lors d'une saison où nous avons remonté en 2e partie pour finir 2e) est capital, chose que nous n'avons plus. Je sais que c'est l'évolution du foot, de la société même, mais les équipes qui triomphent ont la plupart du temps un esprit d'équipe.

    "Après, historiquement, les dirigeants de l’OL n’aiment pas trop les prêts. Les joueurs prêtés sont rarement intégrés au projet la saison suivante" : confirmation de ce que nous sommes nombreux à penser.

    "Quand on est à l’OL, on est dans une bulle et dans un certain confort. Inconsciemment, je pense que je me suis reposé sur mes acquis alors que j’aurais dû redoubler d’efforts" : n'est-ce pas, la plupart des joueurs de l'équipe pro ?

    Je trouve son analyse de la saison lyonnaise très lucide. Mais nous n'avons manifestement personne dans le club qui pense pareil.
    Et il a raison pour le recrutement à venir. Il faut cesser de croire ou d'espérer qu'on recrute des sauveurs : cela aurait dû être le cas avec Boateng pour la défense, Shakiri pour l'offensif, vu leur palmarès. Bon, ils étaient cramés... Mais si l'on remplace des partants, peut-être faudrait-il songer à penser aux jeunes lyonnais, et si nous prenons des joueurs de l'extérieur, prendre de vrais battants qui jouent pour l'équipe avant tout. Enfin... si le projet est de rebâtir une équipe, et plus de se reposer sur des individualités.

    Petites coquilles repérées par hasard pour "Je garde vraiment en mémoire Armand Garrido qui je n’ai pas eu longtemps" : que, et pour "On n’est jamais vraiment préparer" : préparé (voire préparés).

  2. ObjectifEurope - jeu 26 Mai 22 à 10 h 00

    Superbe interview.

    Bravo.

    C'est ce genre de personne qu'il faudra faire revenir au club. Cela fera réfléchir aussi les jeunes qui pour certains se croient déjà arrivés lorsqu il signe pro.

  3. Darn - jeu 26 Mai 22 à 10 h 15

    C'est pas "FC Beauvais Oise" ; mais ASBO. Je le sais, c'est ma ville lol.
    "Après, historiquement, les dirigeants de l’OL n’aiment pas trop les prêts. Les joueurs prêtés sont rarement intégrés au projet la saison suivante. Quand l’OL prête un joueur, c’est qu’il ne compte pas vraiment sur lui en règle générale. " Qui sur le site avait eu une formule du genre "joueur prêté..." En tout cas, il confirme !

    Bon l'interview est absolument fantastique ; elle devrait être lue par les jeunes du centre, et même de n'importe quel centre de formation, mais aussi par les joueurs. Labidi n'a pas plus vu que nous n'ayons vu, mais sa parole me semble plus légitime.

    Enfin, j'ai le sentiment qu'on a là un type sain, humble, lucide ; sa trajectoire l'y a peut-être aidé mais ce n'est pas le cas de tout le monde (coucou Ben Arfa). Il me plaît bien ce petit jeune.
    Il faut que j'essaie de voir un match de l'ASBO pour espérer le voir !
    Bon ben c'est mort, c'est ce samedi 18h, dernier match, à Beauvais, mais pas disponible... Espérons qu'il reste la saison prochaine...

  4. OLVictory - jeu 26 Mai 22 à 11 h 11

    Il confirme tout ce que les supporters savent et tout ce que les dirigeants de l'OL voudraient bien cacher.
    C'est assez rassurant de vérifier qu'on ne se trompe pas tant que ça.
    Si je prolonge sa réflexion, pour que Bosz réussisse la saison prochaine, il faudra lui donner les joueurs dont il a besoin. Sinon c'est une erreur grossière de le conserver. D'ailleurs, à la place de Bosz, je ne resterais pas à l'OL dans de mauvaises conditions, il mettrait sa réputation en péril.

  5. chiesa for ever - jeu 26 Mai 22 à 12 h 39

    Déjà que sa réputation est comme qui dirait fortement impactée par son dernier exercice dont il est un des principal responsable...Mais bon ya pas que lui dans l'affaire un bon coup de balai....le ménage qu'on attends depuis 10 ans déja et qui n'arrive toujours pas...

  6. Poupette38 - jeu 26 Mai 22 à 13 h 47

    Bel Interview de Labidi . Beaucoup de vérités

    Il était entré en jeu pour les dernières minutes lors de notre victoire contre le psg 2 1 sur la merveille de but de S.Darder, celui de M.Cornet pour ouvrir le score n'était pas mal non plus .

    C'était à notre entrée au Groupama début 2016, nous n'étions pas très bien classé avec le coach H.Fournier, B.Génésio avait repris les rênes et jusqu'à 7 gones sur le terrain l'OL avait terminé 2e de L1 .

    On entrait au Groupama et d'emblée, la musique de la LDC avait retentie dans le stade .

    Les temps ont bien changé 😥

  7. Juni forever OL - jeu 26 Mai 22 à 14 h 06

    Il envoie du lourd et a le même avis que nous tous ici dans le café du commerce
    Très intéressant !!

  8. Olyonn@is - jeu 26 Mai 22 à 15 h 00

    Non ???C'est vrai ??Il a inventé l'eau chaude Labidi

    1. Darn - jeu 26 Mai 22 à 15 h 34

      Tu étais son assistant non ?

      1. Olyonn@is - jeu 26 Mai 22 à 15 h 50

        Je pense plutôt que c'était toi.

      2. Darn - jeu 26 Mai 22 à 18 h 41

        Merci pour ta pensée !

  9. Mym’b - jeu 26 Mai 22 à 16 h 48

    Merci 0&L pour ce super interview, et à Zakarie biensure !
    J'ai trouvé ça très interessant, et ça fait plaisir d'avoir des nouvelles de nos petits jeunes, qu'ils finissent au Réal ou pas... Et bien qu'il ne se soit pas imposé à l'OL, que son parcours ne soit pas celui dont il a revé, il fait quand même partie de ceux qui sont devenus pros, et qui vivent de leur passion ( et il en a conscience, ce qui est chouette). Bravo à lui et respect ! Je lui souhaite de se rapprocher de son rêve et de retrouver l'élite, il a encore du temps.

  10. OL-91 - jeu 26 Mai 22 à 17 h 30

    Le jour où le club formera tous ses joueurs pour le top 5, il n'aura plus besoin d'avoir lui-même une équipe de L1.

  11. juninho pernambucano - jeu 26 Mai 22 à 18 h 12

    Lui il était annoncé comme un très bon joueur, sur les tablettes de grand club...

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